On peut choisir de voir le verre à moitié plein pour les Cleveland Cavaliers : ils ont réussi à surmonter une saison délicate et à éviter une explosion en plein vol, ont remporté deux game seven et ont retrouvé les finales de conférence pour la première fois depuis la deuxième ère LeBron James. Voilà pour le positif.
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Pour le reste... la saison s'est conclue la nuit dernière par une humiliation contre les New York Knicks. Un sweep en bonne et due forme avec en point d'orgue cette rouste de 37 points à domicile. Le bilan est sombre, l'avenir pessimiste, les perspectives peu reluisantes : Cleveland pourra-t-il échapper à un démantèlement cet été ?
Projet bancal ?
La saison dernière, les Cavs avaient assumé leurs ambitions en saison régulière, terminée à la première place. Une issue logique pour un effectif dense, ambitieux, une mécanique bien huilée pour gagner des matchs en mode automatique. Mais quand la route a commencé à s'élever, Cleveland ne répondait plus.
Perdre, cela arrive toujours. Perdre quand on a l'avantage du terrain, pourquoi pas. Mais perdre ses deux premiers matchs à domicile, cela équivaut à se tirer une balle dans chaque pied. C'est pourtant ce qui s'était passé en demi-finale de conférence, quand les Cavs ont été emportés par la tornade Pacers. Une déroute 4-1 passée sous silence : ce groupe ne pouvait pas en rester là.
Mais après les discours mielleux du media day, les problèmes sont apparus : une série de 8 défaites en 11 matchs entamée fin novembre, et déjà, les doutes surgissaient quand Cleveland n'apparaissait pas dans le top 6. Des critiques légitimes entouraient le projet : les Cavs possèdent tout simplement la plus grosse masse salariale de la NBA.
212 140 929 $ cette saison, un chiffre qui passera à 222 210 758 $ durant la prochaine. Cela ne concerne que les contrats garantis, en admettant que James Harden active sa player option. Visiblement, cela semble être la tendance.
Le problème Harden
Une énième fois dans sa carrière, The Beard cristallise les tensions. C'est lui que les Cavaliers ont choisi peu avant la trade deadline, n'hésitant pas à sacrifier un des fleurons de leur reconstruction : Darius Garland. Une fois encore, on peut avoir un discours pragmatique : avec lui, les Cavs ont franchi un tour de plus. Mais les chiffres ne mentent pas : 27 points à 5/19 au tir, ce sont des stats cumulées sur les deux game seven contre les Raptors et les Pistons.

Mais contre les Knicks, ce fut encore pire : 16 points, 4.8 rebonds, 3.0 passes, 38.9 % au tir, 17.9 % à trois points. Un impact abyssal. Non, aucun cap n'a été franchi avec Harden aux commandes, un fait récurrent. Mais moins que son arrogance, qui l'a poussé à déclarer, après le match, en conférence de presse :
"Oui, ça fait 4-0, et ils nous ont dominés dans la série, mais je ne pense pas qu’on ait vraiment eu l'occasion de leur montrer notre meilleure version, vu les circonstances. Parce que je pense sincèrement qu'on est la meilleure équipe, mais dans la série, ça ne s’est pas vu."
Et comme si cela ne suffisait pas, quand il a fallu aborder son cas personnel, là encore, la réponse fait hurler.
"Je pense que je m’en suis plutôt bien sorti. Je ne m’évalue pas par rapport au shoot. En venant ici, je devais remplir les rôles qui devaient être remplis. Défensivement, j’ai été extrêmement solide, en attaque j’ai obtenu des tirs ouverts pour mes coéquipiers et je me suis intégré à un système qui était déjà mis en place."
Ce n'est pas la première fois qu'Harden est recruté pour permettre à une franchise de gravir les dernières marches vers le succès. Cela a toujours été un échec cuisant : sa seule finale NBA remonte à 2012. Et encore, il était le sixième homme du Thunder. Depuis, tout n'a été que désillusions. Et malgré tout, une franchise a sacrifié un joueur encore jeune, All-Star, aimé par la fanbase, considéré comme le point de départ de la reconstruction, pour un joueur qui n'a jamais prouvé qu'il pouvait faire gagner le titre (ni même aller en finale) à une franchise.
Un choix qui avait interloqué en février, et il n'aura fallu que trois mois pour comprendre pourquoi.
Les augures sont bien sombres
Mais bien évidemment, cela n'est pas l'échec d'un seul homme : c'est un projet tout entier. Depuis cinq ans, Jarrett Allen et Evan Mobley sont associés dans la raquette des Cavs. Et depuis cinq ans, on se pose la question de leur complémentarité réelle. Très peu de souvenirs de matchs avec les deux au top niveau en même temps, avec toujours cette désagréable impression que les deux intérieurs se marchent sur les pieds.
Plusieurs entraîneurs se sont essayés à rendre cette raquette fonctionnelle, mais le constat est clair : c'est un échec. Le fait que les deux aient été All-Stars, mais pas en même temps, veut tout dire : l'heure est venue de séparer un duo qui coutera 78 millions la saison prochaine. Puisque Mobley est DPOY et considéré comme le futur de la franchise, on voit mal Allen rester dans l'Ohio. Mais si cela arrive, Mobley sera-t-il installé en pivot ?
Au milieu de tout ça : Kenny Atkinson, qui était salué jusqu'aux playoffs 2025 (comme en a témoigné son titre de Coach Of the Year 2025), mais qui a usé une grande partie de son crédit. Mais qui compte bien user et abuser de cette finale de conférence pour conserver sa place, comme il l'a expliqué en conférence de presse.
"C'était le but : franchir une nouvelle étape… Nous avons surmonté un obstacle sur lequel nous bloquions".
Quant à la raison d'une performance si décevante en finale de conférence ?
"Je vais vous dire ce qui n’a pas aidé : perdre ces deux game 6 (contre les Raptors puis les Pistons)… Il faut savoir saisir ces occasions… La densité et la fréquence des matchs. On n’a jamais eu deux jours de repos… Ça a joué un rôle, mais je ne dirais certainement pas que c’est la raison pour laquelle on a perdu."
Oui, c'est un fait, deux séries en sept matchs, ce n'est pas la préparation idéale pour une finale de conférence, surtout quand l'équipe adverse sort d'un sweep. Mais c'est de sa responsabilité en tant que coach, et il tente clairement de la fuir. Bien évidemment, les cadres sont venus au soutien pour réaffirmer leur confiance en leur head coach. Mais déjà, les rumeurs vont bon train pour un éventuel remplacement. À fortiori quand on sait que New York est en finale avec un coach arrivé à l'intersaison.
La clé Donovan Mitchell
L'ancienne star du Jazz est le seul sur lequel il n'y aura rien à dire concernant ces playoffs, et encore plus sur ces finales de conférence. 27.3 points à 47.5 % au tir et 37.8% à trois points contre les Knicks, un rôle de leader d'attaque renforcé, un statut clair de star, d'option n°1, de meilleur joueur de l'équipe, et ce depuis quatre ans et son trade en provenance de Salt Lake City.
En conférence de presse, il ne s'est pas dérobé au moment où la question de son avenir est arrivée sur la table.
"J'adore cet endroit. Je ne sais pas comment le dire autrement, mais j'adore cet endroit. Nous avons une affaire à régler. Cette ville mérite un titre et nous allons continuer jusqu'au bout".
Spida a un an de contrat à 50 105 628 $ la saison prochaine, puis une player option à 53 817 156 $ pour la saison 2027/2028. Mais ce n'est pas tout : cet été, il pourra signer une extension avec sa franchise (272 millions sur quatre ans, soit 68 millions l'année)... ou bien attendre 2027. Il pourra alors re-signer pour 5 ans pour 350 millions l'année, avec une no-trade clause en prime…

… ou alors refuser sa player option et signer où bon lui semble. On en a vu, des joueurs déclarer qu'ils voulaient rester pour signer ailleurs. Au mois de juillet, Donovan Mitchell aura un moyen de pression sur sa franchise : il pourra menacer de ne pas lever sa player option et ainsi se retrouver libre 12 mois plus tard. Mais s'en servira-t-il pour forcer son management à retailler l'équipe, ou pour obtenir un ticket de sortie ?
Miami est sur le coup (comme d'habitude), Houston devrait entrer dans la danse avec beaucoup d'assets, et d'une manière générale, qui ne serait pas intéressé par un des dix meilleurs joueurs de la ligue ? On peut imaginer que les Pistons aimeraient l'associer à Cade Cunningham et former ce qui deviendrait immédiatement le meilleur backcourt de la ligue. Et ce n'est qu'un exemple.
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Et cette décision va sans nul doute tout conditionner. Les finances sont exsangues, les capacités d'amélioration de l'équipe assez maigres, et si le franchise player met les voiles, le projet Cavs sera sans doute voué à être écroulé ipso facto pour tout reconstruire autour d'Evan Mobley. Sans compter les rumeurs incessantes selon lesquelles LeBron James pourrait s'offrir un dernier baroud d'honneur dans son Ohio Natal, l'été sera chaud à Cleveland.
On pourrait croire qu'une finale de conférence devrait vous mettre dans une situation confortable. Après tout, les quatre derniers finalistes NBA issus de l'Est (Heat, Celtics, Pacers et maintenant Knicks) ont tous été battus en finale de conférence la saison précédente. Mais on ne voit plus en ces Cavs une équipe qui fait peur. Puisse le temps inverser ce jugement. Et de toute façon, comme le dit le grand philosophe James Harden, "si vous ne mettez pas vos tirs, vous ne battez personne." À méditer.
