Flashscore : Bonjour Irvin, le ping vous a-t-il manqué durant les fêtes de fin d'année (rires) ?
Personnellement, ça ne me manque pas trop quand je coupe. Même quand j'ai été blessé, par exemple, pendant assez longtemps. Ce qui me manque au bout d'un moment, c'est plutôt la sensation quand je fais des matchs, la sensation de pression. Ça, je pense que c'est ce qui me manque, personnellement. Mais de toucher la balle, de s'entraîner, etc., ça, ça ne me manque pas. Je peux couper et j'ai pas de problème avec ça.
FS : Vous êtes l'un des Français à suivre cette saison avec de très belles performances en Bundesliga...
Pour le moment, c'est mon meilleur bilan. J'ai changé de club cette année. J'ai été 4 ans à Mühlhausen avant. J'avais fait de très bonnes performances, mais pas de manière régulière. Et là, pour l'instant, ça se passe vraiment bien. Avec Brême, le coach est super. Je joue bien, on est premiers du championnat, l'équipe tourne bien, donc très content de la première partie de saison.
FS : À bientôt 26 ans, vous semblez parfaitement épanoui outre-Rhin dans votre nouveau club de Brême, un choix de carrière que vous ne regrettez certainement pas ?
Non. Après, ce n'était pas facile parce que je me sentais bien dans ce club, ça faisait 4 ans, et c'est vraiment un club très familial. En général, je suis bien tombé en tant que joueur dans les clubs. Sachant que je pouvais rester si je voulais au club, mais j'ai préféré partir. C'était plutôt un choix fait en fonction de ma santé, parce qu'avec mes hanches, je ne voulais plus faire beaucoup de déplacements entre mon centre où je m'entraîne et les matchs. Mais l'aspect sportif a aussi compté.
FS : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos blessures à la hanche ?
Je me suis fait opérer deux fois des hanches. Une fois à droite, une fois à gauche, et je me suis arrêté à peu près six mois ou un peu plus. Durant mes deux ans à Mühlhausen, il y a deux moitiés de saison où je n'ai pas joué du tout, car j'étais en rééducation. Et après, ça te suit dans tous les cas, même maintenant. Des fois, j'ai forcément des douleurs si je m'entraîne beaucoup ou en fonction de l'exercice. Il faut toujours que je fasse attention à ça.
FS : Cela signifie-t-il que vous dépassez vos espérances du début de saison ?
Oui, un peu. Je ne pensais pas atteindre ce bilan personnel (six victoires et une défaite, ndlr), parce que généralement, je joue en position 2. Je joue directement sur les adversaires les plus forts qui évoluent souvent dans le top 15 mondial. Donc c'est très dur d'enchaîner des grosses performances. Donc oui, forcément, je ne m'attendais pas à ça. J'ai engrangé de la confiance, ce qui m'a aidé pour battre des joueurs moins bien classés. Je pense que ça dépend beaucoup de qui tu joues, et après, il faut vraiment être très constant sur les autres joueurs, parce qu'en moyenne, ça joue quand même assez fort.
FS : Pensez-vous que cela est également dû à votre profil ? Vous êtes gaucher, très bon serveur, agréable à regarder grâce à votre jeu esthétique, l'Allemand Benedikt Duda (12ᵉ mondial) en a fait les frais...
C'est un avantage, forcément, parce qu'il y a un peu moins de gauchers qui jouent sur le circuit, en Bundesliga particulièrement. J'avais déjà joué Duda il y a un ou deux ans et j'avais perdu 3-0. J'étais sorti du match en n'ayant pas l'impression d'avoir fait un mauvais match. Là, pareil, je perds le premier set 11-4. Le coach m'a aidé sur la vision du jeu, l'aspect tactique. Ça aide un peu d'être gaucher, mais il faut tout de même jouer le match.
FS : Vous avez donc fait un très bon match ?
Oui et depuis que je suis parti à Brême, le coach essaie un peu, pas de changer tout mon jeu, mais ma vision de jeu, de changer un peu ce que je fais d'habitude. Je trouve vraiment que ça m'apporte beaucoup. C'est vraiment de petites choses, mais ça fait vraiment une grosse différence à la fin, quand je suis à la table. Je le ressens en première partie de saison, où il y a plein de joueurs que j'ai battus, alors que je n'aurais pas enchaîné les victoires comme ça il y a un ou deux ans.
FS : Cela concerne vos schémas de jeu notamment ?
Oui, mais c'est aussi en fonction de ma hanche. Avant, j'avais modulé un peu mon jeu en fonction de ma hanche, parce que souvent j'avais des douleurs. Je pouvais le faire, mais je n'allais pas vraiment à fond en coup droit. Je ne mettais pas tout mon poids sur la jambe gauche, parce que ça pouvait procurer des douleurs sur la fin de l'entraînement. Il y a plein de petites choses comme ça, où je ne faisais pas mon geste complet à cause de mes hanches pour les protéger inconsciemment. Pour l'instant, c'est un problème qu'on a fixé. Là, je n'ai plus du tout de douleurs et je peux m'entraîner beaucoup plus qu'avant. J'essaie de changer un peu quelque chose dans mon jeu pour qu'il soit plus performant.
FS : Cela part aussi un peu de la tête, mentalement votre équipe et vous êtes en confiance, donc moins d'hésitation de manière générale. Quel est votre état d'esprit, visez-vous le titre désormais ?
On prend les matches les uns après les autres, car c'est 50-50. On a battu les meilleures équipes et on a perdu contre des équipes qui sont du milieu de tableau. L'objectif dès le début de saison, c'était de jouer les playoffs. Pour l'instant, on est bien parti. On verra si on y est ou pas et comment ça se déroule.
FS : Une dynamique bienvenue pour le Werder Brême après une période plus difficile ?
Le club a gagné une fois le championnat d'Allemagne (en 2013, ndlr) et une fois ils ont perdu contre Pontoise en finale de Ligue des champions. Donc il y a un petit héritage quand même.
FS : Fan Zhendong est certes arrivé en début de saison, mais le circuit international prend logiquement le dessus en visibilité...
Forcément, on a envie qu'on parle de nous sur le championnat. Après, je pense que tous les championnats ont des problèmes spécifiques. Soit le côté marketing, le côté site web par exemple. Là, on n'a même plus les matches retransmis en direct. C'est disponible que dans les pays qui parlent allemand. Il y a déjà 80 % des personnes qui ne vont pas payer, sans parler des non-germanophones. Je pense que niveau visibilité, on perd énormément. Après, je n'ai pas vraiment les solutions, mais oui, on voudrait qu'il y ait plus de visibilité, que les gens découvrent plus. Contre Duda par exemple, j'ai vu que ça avait un peu plus fait parler. Je trouve que ça fait plus de bruit maintenant. Et c'est le fait aussi qu'en France, tout le monde joue très bien. L'effet des JO, l'effet des Lebruns, ça se développe beaucoup. On est quand même sur la bonne voie.
FS : Avant le Werder Brême, vous avez évolué quatre ans à Mühlhausen, l'Allemagne est donc un pays que vous connaissez bien désormais ? À l'image de ce qu'a vécu notamment Simon Gauzy ?
Oui, après l'avenir va être différent. Je ne suis pas dans la même situation que Simon. Je connais très bien le pays maintenant, puisque j'y suis depuis dix ans. C'est un pays que j'apprécie où je me sens bien. Après, je ne sais pas encore ce que je ferai plus tard. J'ai beaucoup appris là-bas. J'étais parti pour apprendre, mais dans tous les cas, plus tard, je reviendrai en France pour jouer en Pro A parce que j'ai toujours voulu y jouer. C'était mon rêve.
FS : En France, vous êtes licenciés à Chartres, afin de pouvoir disputer les Championnats de France auxquels vous vous êtes qualifiés en octobre à l'issue du premier tour de Critérium Fédéral...
Oui, les Frances c'est toujours important pour tous les Français. Forcément, c'est un objectif prioritaire. Tu peux aussi te montrer. Pour ma part, personne ne me voit durant toute l'année, donc ça me tient à cœur de performer là-bas. Pour l'instant, ça ne s'est pas passé comme prévu chaque année. J'espère que cette année, je pourrai faire quelque chose de mieux que ce que j'ai fait les saisons précédentes. Le public ne te connait pas parce qu'il suit principalement le championnat français et l'équipe de France. Si tu joues en Allemagne, il faut que tu sois très haut classé mondialement ou que tu sois en équipe de France, ce qui n'est pas mon cas. En WTT, je n'ai jamais très bien performé. J'ai un peu de mal sur le circuit. C'est vraiment très différent du championnat. C'est le même sport, mais dans deux environnements très différents. J'ai beaucoup de mal pour l'instant à performer là-bas.
FS : Vous venez de l'Île-de-France, avez-vous connu un parcours typique ?
Oui, j'ai commencé à Eaubonne à l'âge de 5 ans et j'y ai joué jusqu'à 15-16 ans. Après, je suis parti à Nantes, au pôle France, de mes 15 à 18 ans. Et durant ces années-là, j'ai joué un an à Issy-les-Moulineaux et un an à Rouen. Et ensuite, je suis parti en Allemagne.
FS : Qu'est-ce qui vous a motivé à faire ce choix-là ?
Ce sont mes coaches que j'avais autour de moi qui m'ont dit que je pouvais aller là-bas. C'est ce qui se faisait le mieux à ce moment-là. C'est là où il y avait tous les meilleurs Européens. Donc, forcément, je me suis dit qu'il fallait aller là-bas. Et j'avais fait quelques stages à Ochsenhausen, où j'avais rencontré aussi Michel Blondel. Et ça s'était très bien passé. Donc, je me suis dit, pourquoi pas, on essaye. On verra, au pire des cas, si ça ne se passe pas bien la première année, je rentrerai en France. Pour moi, c'était un choix assez facile. Ça m'a paru assez logique.
FS : En 2025, vous avez fait quelques sorties WTT, mais vous n'avez pas eu l'occasion de vous révéler au grand public. Est-ce l'un de vos objectifs pour 2026 ?
Oui, mais je vois ça avec un peu plus de hauteur. Comme pour tous les joueurs, c'est une des nations fortes, ce n'est pas facile de jouer en WTT. C'est beaucoup d'investissement. Un tournoi, c'est 1 000 euros. Sachant qu'il faut faire au minimum 8 tournois dans la saison pour comptabiliser tous tes points, le maximum des points. Ça fait vite une grosse somme d'argent. Pour l'instant, c'est en réflexion. Je voulais vraiment bien commencer avec mon nouveau club vu qu'on avait l'objectif d'aller en play-off, je voulais forcément très bien commencer et montrer que j'étais présent. C'est un objectif rempli. Maintenant, on va voir la suite.
FS : Ces dernières années, la Pro A a pris un nouvel élan, seriez-vous intéressé pour revenir jouer dans l'Hexagone si l'occasion se présentait ? À Chartres ?
De base, j'avais signé avec Chartres en Pro A. L'année où je suis venu, ils sont redescendus en Pro B. Après, on avait été champion d'automne pour remonter. J'avais signé deux ans. Mais il y a eu le COVID, donc saison blanche. J'ai dû faire ma deuxième année où on a regagné le championnat. Et à ce moment-là, j'ai eu l'offre en Allemagne. Je l'attendais depuis toujours et je l'ai eue cette année-là. C'est pour ça que je suis parti en Allemagne. Depuis, ils sont redescendus en Pro B. Mais ce n'est pas un objectif de jouer à ce niveau-là. Peut-être dans le futur s'ils sont en Pro A. Sinon, non, je n'ai pas d'opportunités. J'avais discuté un peu l'année dernière avec un club de Pro A, mais ça ne s'est pas fait.
FS : Vous préférez vous laisser du temps...
Oui. Pour l'instant, vu que je m'entraîne en Allemagne, c'est un peu compliqué toujours de jouer dans un autre pays. Avec les trajets, c'est vraiment compliqué. Donc, du moment que je m'entraîne en Allemagne, je pense que je resterai en Allemagne. Plus tard, si je m'entraîne en France, je jouerai en France. Pour le moment, je pense que je resterai en Allemagne. J'ai signé deux ans. Je ne cherche pas vraiment de long trajet entre là où je m'entraîne et les matchs. Donc, ça, c'est vraiment important pour moi.
FS : Que pouvons-nous vous souhaiter pour 2026 ?
Essayer d'aller chercher ce titre avec Brême et une bonne prestation aux Championnats de France. Et la santé, forcément.
