Disclaimer : on ne parlera qu'une fois de Yannick Noah dans cet article. Car il faut arrêter de penser que dès qu'un joueur français obtient un semblant de résultats, il va devenir le fameux "successeur" du dernier vainqueur français en Grand Chelem.
Arthur Fils a souvent hérité de cette mention. Mais pendant plusieurs mois, il a dû se battre avec des problèmes de dos qui avaient causé son forfait avant le troisième tour de Roland-Garros, et qui l'avaient handicapé jusqu'à voilà quelques semaines. Car il n'avait disputé que deux matchs entre mai 2025 et février 2026.
À ce sujet - Dernier Français en lice dans le tableau masculin, Arthur Fils, blessé, déclare forfait
Désormais parfaitement relancé, il est en possession d'un bilan de 11-4 sur l'année 2026. Et il n'y a pas eu à rougir sur ses quatre défaites, concédées face à Félix Auger-Aliassime, Alex De Minaur, Carlos Alcaraz et Alexander Zverev. Même si la rouste ramassée en finale à Doha a paru dure à avaler...
À ce sujet - Fils surclassé en finale de l'ATP 500 de Doha en 50 minutes par Alcaraz
Retour en force sous-évalué
Pourtant, c'est bien l'ATP 500 de Doha qui a marqué son grand retour sur le devant de la scène. Enchaîner deux succès de patron sur Jiří Lehečka et Jakub Menšík (qui venait de faire tomber Sinner), tous deux classés dans le top 20, pour atteindre la finale, c'est la perf' que l'on attendait pour lui. Mais ce parcours de haut niveau a été balayé par son échec retentissant en finale, alors que ce jour-là, Carlos Alcaraz était juste injouable.
Néanmoins, la pression était réelle au moment d'aborder le Sunshine Double. Pour une raison simple : la saison passée, Arthur Fils avait atteint les quarts de finale à Indian Wells et à Miami. Pas moins de 360 points en jeu, et si l'enchaînement avait été mal maîtrisé, il aurait carrément pu quitter le top 50.
Pas de quoi lui faire peur : en Californie, il a réédité sa performance de l'an dernier, atteignant les quarts de finale avant de chuter sans avoir à rougir contre Zverev. Mais surtout, il a dominé Félix Auger-Aliassime en 8e de finale après un match extrêmement solide. Il n'avait pas battu de Top 10 depuis son retour au jeu, c'est désormais chose faite.
Signe que malgré une blessure, on peut quand même être régulier : il va défier une des révélations des temps récents, Valentin Vacherot, en 8e de finale du Masters 1000 de Miami. S'il l'emporte, il deviendra le seul joueur à avoir atteint les quarts de finale des deux tournois du Sunshine Double en 2025 et en 2026 (il est déjà le seul à en avoir atteint les 8e de finale).
Il faut frapper fort
Une telle régularité peut-elle être récompensée au niveau du classement ? La France attend un joueur dans le top 10 depuis 2019, Gaël Monfils étant le dernier à avoir bénéficié de ce statut. Certains s'en sont approchés, comme Ugo Humbert, ou Arthur Fils lui-même, qui était 14ème mondial au moment de Roland-Garros l'an dernier.
Cette pression est toujours là au fur et à mesure que l'attente grandit. La France dispose d'un Grand Chelem et d'un Masters 1000 (seuls les États-Unis sont également dans ce cas), et de 11 joueurs dans le top 100 à l'instant T. La fameuse densité tricolore souvent vantée, mais qui n'amène guère de résultats.
Pourtant, la France du tennis est prompte à s'enflammer. L'an dernier, après son parcours dans le Sunshine Double, un quart de finale à Monte-Carlo et une demi-finale à Barcelone (battu par Carlos Alcaraz dans les deux cas), Arthur Fils est arrivé à Roland-Garros avec tout le poids du tennis tricolore sur son dos. Un dos qui a fini par lâcher, et une pression qui a peut-être permis à une certaine Lois Boisson de s'illustrer, parce que c'est toujours plus facile quand on n'est pas attendu.
Arthur Fils, lui, est attendu. Depuis son sacre à l'Orange Bowl en 2020. Mais quand on regarde les Français qui ont gagné ce tournoi de référence chez les juniors… Hugo Gaston, Laurent Lokoli, Gianni Mina pour ne parler que des temps récents, n'ont jamais confirmé ces promesses. Et chez les garçons, au XXIᵉ siècle, peu importe la catégorie d'âge, on ne trouve qu'un seul vainqueur de Grand Chelem dans la liste (Juan Martín del Potro).
Les attentes ont été revues à la baisse quand Arthur Fils était sur la touche pour raison médicale. Mais elles reviennent au triple galop à chacune de ses victoires. Et forcément, l'entrée dans le top 10 revient sur le tapis. Et à l'instant T, il compte près de 2300 points de retard sur le n°10 mondial, Daniil Medvedev. Sachant qu'un succès en Grand Chelem rapporte 2000 points, on vous laisse faire le calcul.
La régularité ne paye pas totalement. Pour aller se rapprocher du Top 10, il faut un résultat qui claque. Une finale en Masters 1000, ou une demie en Grand Chelem. Cela tombe bien, la porte est ouverte à Miami. Après son retentissant succès sur Stefanos Tsitsipas en 16e, le Français a un boulevard pour aller à minima en demi-finale, voire mieux. Hormis Taylor Fritz, personne ne fait réellement peur dans sa moitié de tableau.
Mais un tel parcours ne sert pas qu'à engranger les points : il sert également à envoyer un message. Plus les années avancent, plus les jeunes stars déferlent sur le circuit ATP. La moitié du Top 10 actuel n'a pas plus de 25 ans. Bien évidemment, Arthur Fils n'est pas trop vieux : il va avoir 22 ans en juin. Mais déjà, en France, on ne parle plus que d'un certain Moïse Kouamé, et on met de côté celui qui, voilà encore un an, était le tennisman tricolore le plus prometteur. C'est l'occasion de frapper fort : le Top 10 attendra, mais les résultats, eux, doivent continuer d'affluer.
