Interview Flashscore - Adrien Fourmaux : "Je veux pouvoir jouer le titre"

Adrien Fourmaux en Arabie saoudite en novembre 2025.
Adrien Fourmaux en Arabie saoudite en novembre 2025.NIKOS KATIKIS/DPPI VIA AFP/Flashscore

Le compte à rebours est lancé. Dans moins de dix jours, les moteurs hurleront sur les routes insidieuses du Monte-Carlo et les fumigènes éclaireront de nouveau l’obscurité d’ordinaire ambiante. Pour Adrien Fourmaux, ce premier rendez-vous de l'année est déjà le point de départ d'une saison charnière.

Flashscore a pu échanger avec le pilote français pour discuter de ses objectifs en 2026, mais aussi de l’image du WRC, galvaudée selon lui. Accommodant et fidèle à l’image qu’on lui prête entre les spéciales, le Nordiste nous a accordé une entrevue depuis le quartier général de Hyundai Motorsport en Allemagne, plongé dans la grisaille hivernale. Avant la lumière ? 

Flashscore : Vous sortez des tests hivernaux préparatifs au Monte-Carlo. Les retours sont-ils positifs ? 

Adrien Fourmaux : C’est très positif. Personnellement, j’ai eu de bonnes conditions avec neige et glace le matin et ça a fondu toute la journée. On a pu rouler sur du très mouillé, qui a ensuite séché. Et en fin de journée il s’est mis à pleuvoir de nouveau, puis à neiger en haut de la spéciale. Les conditions étaient tops. 

On a bien travaillé sur la voiture pour l’asphalte pendant l’hiver et on a fait des steps intéressants. Maintenant, on se sent prêts, on a aussi poussé les pneumatiques car c’est très important. Donc plutôt positif ! 

À l’aube de la saison 2026, quels enseignements tirez-vous de votre première saison chez Hyundai ? 

Forcément après une année dans une équipe, on est tous familiarisés. Sur chaque rallye, on sait un peu plus les setups qui ont fonctionné ou pas. On sait les soucis que l’on a eus sur la saison et du coup, on travaille pour améliorer tous ces petits détails pour 2026. Que ce soit sur les pneumatiques, les amortisseurs, la voiture dans l’ensemble, il y a beaucoup de choses ! Ce sont ces petits enseignements qui vont nous permettre d’être plus à l’aise cette année. 

Votre patron Cyril Abiteboul n’avait pas tari d’éloges sur votre comportement au sein de l’équipe l’année passée, déclarant à L’Équipe que vous aviez toujours “pris soin d’apporter votre soutien et d’alimenter les réflexions sur les directions techniques à prendre”. On imagine qu’un tel climat de confiance vous met sur de bons rails pour 2026 avec pour objectif évident, de réduire l’écart avec Toyota ? 

Oui, clairement. L’objectif en fin de saison dernière, sur les quatre derniers mois, a vraiment été de travailler sur la voiture pour être d’attaque en 2026. On s’est vraiment beaucoup consacré à ça. Le but c’est d’aller retrouver la forme qu’avait Hyundai en 2024. Après, c’est très élogieux de la part de Cyril, mais c’est un travail d’équipe et c’est important. Quand tout le monde s’y met, ça fait forcément une belle dynamique. 

Les consignes d’équipe ont pu donner l’impression qu’Ott Tanak était favorisé par Hyundai la saison passée. Son départ vous ouvre-t-il à de nouvelles ambitions, à un nouveau rôle ?

Je pense que ça va être différent. Je n’aurai pas à donner des points à Ott cette saison vu qu’il n’est plus là. Mais d’un autre côté, ça n’a pas été une consigne établie directement en début de saison. C’était plutôt le fait qu’en début de saison j’ai eu des soucis techniques, des pertes de gros points et qu’à un moment donné, le seul qui pouvait vraiment jouer un titre, c’était Ott. Ça s’est dirigé sur Ott mais si cela avait été l’inverse, ça se serait aussi joué comme ça. 

En 2026, comme la troisième voiture ne pourra pas jouer le titre, c’est certain que je n’aurai personne à laisser passer comme ça. 

On vous sait très à l’aise sur la neige. Monte-Carlo puis la Suède peuvent-elles être les preuves d’une ambition certaine pour 2026 ? 

Il faudra vraiment qu’on refasse un début de saison comme en 2025, mais en enlevant les problèmes techniques ou les erreurs que j’ai pu faire. L’histoire du casque en Suède, c’était vraiment regrettable (NDLR : il avait dû s’arrêter en pleine spéciale pour ajuster son casque). Ce sont de petits détails comme ça mais si on arrive à tout aligner, ça peut faire quelque chose de bien ! 

Est-ce que vous avez inlassablement l’impression de courir après ce premier succès en WRC ou n’est-ce pas une fin en soi ? 

Si, forcément. Je pense que ça pourra quand même enlever cette petite chose qui trotte dans la tête, qui a envie d’arriver. Mais d’un autre côté, je veux aller plus loin, je ne veux pas juste me contenter de ça. J’en veux plus qu'une et derrière, je veux pouvoir jouer le titre. 

Vous êtes extrêmement rapide en scratch comme en témoigne votre série avec au moins une spéciale gagnée entre la Grèce 2024 et le Paraguay 2025. Faudra-t-il pacifier cette fougue reconnue pour jouer le titre sur la longueur d’une saison ou pensez-vous que les deux sont compatibles ? 

Non non, il faut rouler, on n’a pas le choix. Vous savez, ce ne sont pas les scratchs que j’ai faits en 2025 qui m’ont empêché d’avoir de bons résultats. Par exemple la Suède, c’est une crevaison malheureusement pour moi et Thierry aussi dans une spéciale le samedi soir. Au Paraguay, je prends la pluie dans la Power Stage. Il n’y a pas vraiment de rallye où j’ai fait des erreurs. La seule chose, ce sont les faits de course. La crevaison en est un, même si on travaille en équipe pour améliorer ça et réduire le risque. Mais il faut être vite, être capable de jouer devant et de construire les courses comme ça. 

Les problèmes techniques sont toujours liés au monde du rallye…

Si je prends l’Arabie saoudite, on ne perd pas la course parce que j’ai fait une erreur. On perd la course parce qu’Alex (Alexandre Coria, son co-pilote) se trompe en pointant en avance. Ce sont toutes ces petites choses, comme le casque, la pluie au Paraguay, au Kenya le problème électrique, au Portugal la casse d’une pièce qui avait rouillé… Il y a eu plein de choses en 2025, c’est un truc de dingue ! Mais ce n’était pas relatif à une erreur de pilotage. 

Espérons donc pour vous un retour vers plus de réussite en 2026 ! 

Exactement. C’est sûr que l’on a travaillé sur la performance avec l’équipe mais je pense que l’an dernier, ce n’était pas forcément la perfo pure (sic) qui a manqué par rapport à Toyota. Il y avait également beaucoup de faits de course. Évidemment, un rallye est long et un fait de course peut vite nous pénaliser. 

C’est un secret de Polichinelle, Hyundai n’apprécie pas la modification technique prévue pour 2027 en WRC. Qu’en pensez-vous personnellement ? 

J’ai pas trop d’informations là-dessus mais clairement moi, en tant que pilote, redescendre sur des voitures de catégorie inférieure ne me plaît pas du tout. Je trouve que c’est dommage pour le sport parce que c’est un sport spectaculaire. Les voitures sont belles à voir, c’est beau, et je ne pense pas que c’est cela qui manque dans le sport, c’est plus un côté promotionnel. Après, cela reste de la politique, du lobbying, et je n’irai pas plus loin. 

Les esprits conservateurs rappellent sans cesse l’heure de gloire passée du WRC. En tant que pilote titulaire, avez-vous toujours l’impression d’être au sein du pinacle du rallye ou avez-vous l’impression que le championnat s'essouffle ? 

Clairement, je pense que c’est au niveau promotionnel où l’on n'est pas au top par rapport à d’autres sports qui ont peut-être pris un peu plus. Oui, on parle tout le temps de l’heure de gloire du rallye dans les années 80 à 2000. Il y avait un engouement énorme mais les gens doivent se demander pourquoi on a perdu cet engouement-là ! Alors attention, on dit qu’on le perd, mais quand vous venez sur certains rallyes, vous vous rendez compte que la discipline reste très populaire. Le problème est que tout le monde dit que c’est négatif, donc tout le monde pense cela. 

Les rallys sont blindés, le seul problème est qu’on ne peut pas quantifier. Par contre, quand les médias disent que cela ne se passe pas bien, quel constructeur a envie de venir ? Si je suis un constructeur, je n'ai pas envie d’aller dans un endroit où j’entends que cela se passe mal. Alors que ce n’est pas vrai. On a des spectateurs, des fans. Par contre, il nous manque un côté promotionnel sur les plateformes. 

Qu’est-ce qu’il manque ? 

Il faudrait que l’on soit plus innovant. On est plutôt à suivre les autres. Je pense que l’on a raté le coche sur les réseaux sociaux et du coup, on est derrière, on suit. Si on pense à toutes les créations comme les séries qui ont pu être faites sur certaines disciplines, sans citer forcément la F1, il nous manque quelque chose sur le caractère des personnages, et cetera. 

Il faut aussi expliquer aux gens comment aller voir un rallye, les accompagner, trouver des accès faciles. C’est là-dessus qu’il faut travailler. 

Démocratiser la discipline ? 

Voilà, démocratiser. Si les jeunes sont capables d’aller voir un GP Explorer pour voir des gens qui ne savent pas rouler, tourner sur un circuit pour juste avoir des crashs, c’est que l’on rate un peu quelque chose. Je pense qu’il faut que l’on réussisse à s’inspirer de ces choses-là. C’est pour ça que même en changeant la réglementation, ça ne changera pas. Mais c’est mon point de vue. 

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