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On y est : le dénouement du Tournoi des Six Nations 2026. Le XV de France a la main : bien qu'à égalité avec l'Écosse, il a 58 points de marge au goal average. Ainsi, un succès bonifié sur l'Angleterre ce samedi soir lui offrira à coup sûr la victoire finale, et son premier doublé dans la compétition depuis 2006-2007.
Mais on le sait, l'objectif final reste le même : remporter la prochaine Coupe du monde, qui s'ouvrira le 1ᵉʳ octobre 2027, soit dans un peu plus de 18 mois. Après l'échec à domicile en 2023, difficile de croire que cette équipe a ce qu'il faut pour soulever le trophée William Webb Ellis. Et ce même si elle domine l'Angleterre ce samedi.
Des matchs peu concluants
Bien évidemment, la vérité du jour n'est pas toujours celle du lendemain. On l'a vu en 2023. Mais 18 mois auparavant, le XV de France avait réalisé le Grand Chelem, avec une équipe qui ne semblait pas avoir de failles, et même si elle avait plié en Irlande lors du dernier Tournoi avant la Coupe du monde, elle avait suffisamment de victoires de référence pour aborder la compétition en confiance. Et elle n'est pas allée au bout...
Cette fois, la donne est différente. Cette édition n'est pas concluante. Il y a les résultats et il y a l'interprétation. 50 minutes de bon jeu contre l'Irlande, une victoire sur les Gallois qui n'apporte rien au vu de la faiblesse abyssale de l'adversaire, 30 minutes de bon jeu face à l'Italie, et une déroute en Écosse - on ne peut pas prendre en compte la fin de match, car il est toujours beaucoup plus aisé de se lâcher quand la rencontre est perdue et que l'on a 30 points dans la musette. Et ce samedi, battre l'Angleterre ne changera rien : le XV de la Rose a raté son Tournoi, risque de finir 5ème, et même si l'aspect historique est présent du fait de l'éternelle rivalité, gagner serait juste "normal".
Est-ce paradoxal ? Oui. Le XV de France va probablement gagner le Tournoi, et donc remplir l'objectif principal de sa saison. Et pourtant, on reste toujours sur notre faim. La faute à cette fameuse "génération dorée" à qui l'on promet monts et merveilles depuis des années, mais à qui l'on promet surtout le Graal : la Coupe du monde. Mais qui, sans parler de déclin, n'arrive plus à faire croire qu'elle est au niveau des nations du Sud.
Manque d'allant, manque d'avants
Le rugby commence devant. Une lapalissade bien connue des amateurs de ballon ovale. Mais lors du dernier Grand Chelem, en 2022, la mêlée française était largement au-dessus de la concurrence. Ce n'est plus le cas, on a pu le vérifier durant ce Tournoi. Bien sûr, il y a des circonstances atténuantes, comme la retraite forcée de Uini Atonio, et la méforme persistante de Cyril Baille : deux joueurs qui étaient, à un moment donné, des références mondiales à leur poste.
Désormais, le XV de France ne dispose plus de piliers de niveau international. La source s'est tarie, et la première ligne Jean-Baptiste Gros - Julien Marchand - Dorian Aldegheri ne fait peur à personne. Pourtant, on ne voit pas d'autres joueurs capables de bousculer cette hiérarchie, hormis Peato Mauvaka au talon. Mais alors que l'Afrique du Sud, référence absolue dans ce secteur de jeu, continue de sortir des piliers de haut niveau de son chapeau, la France souffre dans un domaine qui, historiquement, est une spécialité.
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Le paquet d'avants français a perdu de sa superbe, et, dans l'état actuel, n'est pas un facteur positif. Le staff tâtonne d'ailleurs sur la formule, ayant changé plusieurs fois sa deuxième ligne durant le Tournoi. Mais cela n'a pas été le cas sur la première ligne, qui est restée la même sur les cinq matchs : il n'y avait personne d'autre à essayer avec possiblement le niveau international. Beaucoup de piliers avec un profil d'impact player, mais s'il n'y a plus rien à impacter, quel intérêt ?
Le faux problème Antoine Dupont
Malgré sa grave blessure l'an dernier, Antoine Dupont est vite revenu au niveau qu'on lui connaît, celui d'un des cinq meilleurs joueurs du monde, celui qui, à la fin de sa carrière, fera sans doute de lui le plus grand joueur à avoir porté le maillot bleu. Le genre de joueurs qui peut faire basculer une rencontre, et emmener toute son équipe dans son sillage : rien de nouveau sous le soleil.
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Mais voilà, le revers de la médaille de posséder un tel atout est apparu comme le nez au milieu de la figure dans ce Tournoi. Trop souvent, ses coéquipiers le regardent jouer, le regardent initier un mouvement d'envergure. C'est son rôle en tant que capitaine et demi de mêlée, pourra-t-on persifler. Mais que se passe-t-il quand 14 autres joueurs attendent un déclic et que ce déclic ne vient pas ?
Il se passe ce qu'il s'est passé samedi dernier en Écosse. C'était possiblement le pire match de Dupont sous le maillot bleu, tant il est un joueur qui passe rarement au travers. Mais puisqu'il était à l'envers, qu'il a commis des fautes inhabituelles et offert deux essais aux Écossais, il était clair que quelqu'un devait reprendre le flambeau : on attend toujours. Des leaders supposés, le XV de France en est bardé. On a cherché ces leaders à Murrayfield.
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Problème : ce n'est pas la première fois que cela arrive. Il suffit de remonter à la Coupe du monde 2023. Handicapé par une fameuse fracture maxillo-zygomatique, Dupont n'était pas à 100%, notamment lors du quart de finale perdu contre les Springboks. Et cette énergie, ce leadership, sont tellement uniques que personne ne peut venir les égaler. Mais cela n'empêche pas d'essayer, jusqu'à preuve du contraire.
Problème n°2 : Dupont a été désigné comme l'une des principales raisons de la défaite en Écosse. Il n'était pas à son niveau, c'est une évidence. Mais avancer cette raison, c'est admettre qu'Antoine Dupont est le plan de jeu du XV de France. Et si tout repose sur un joueur, une seule blessure peut tout remettre en cause. Comme en 2023… Un faux problème créé pour détourner l'attention et avoir une excuse crédible, comme si le XV de France devait gagner tous ses matchs.
Galthié n'est pas toujours responsable
Mais plus qu'Antoine Dupont, comme toujours, le sélectionneur reste la cible privilégiée. Fabien Galthié est à la tête du XV de France depuis 2020, a donc participé à l'élaboration d'une équipe qui a fait le Grand Chelem en 2022 - son principal titre de gloire - mais qui a aussi raté le grand rendez-vous un an plus tard. Et qui s'est donc vu offrir une nouvelle chance pour l'année prochaine. Il n'ira probablement pas plus loin : s'il gagne, il aura accompli sa mission, s'il perd, on ne lui pardonnera pas de ne pas avoir gagné la Coupe du monde avec cette fameuse génération dorée.
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Mais l'or, comme tout, commence à se ternir. Bien sûr, il y a eu du renouvellement, avec notamment Louis Bielle-Biarrey, peut-être le meilleur ailier de la planète. Mais sur beaucoup de postes, il y a des manques. Les piliers, comme susmentionnés. La troisième ligne, qui a baissé en qualité, minée par les blessures. La paire de centres qui, malgré quelques profils intéressants, n'est toujours pas stabilisée. Et bien évidemment l'éternel débat sur le poste de n°10, qui ne s'arrêtera jamais même si on parvenait à dégoter un joueur issu d'un croisement entre Dan Carter et Jonny Wilkinson.
Fabien Galthié a fait des choix. L'un des plus fameux a été d'écarter Grégory Alldritt, Gaël Fickou et Damian Penaud, meilleur marqueur d'essais de l'histoire du XV de France, avant cette édition du Tournoi. Pour l'instant, on ne peut pas dire que cela soit une franche réussite. Ce qui est très inquiétant, c'est qu'on ne voit pas l'ombre d'une équipe-type. Beaucoup de joueurs ont perdu de leur superbe (François Cros, Yoram Moefana, Thibaud Flament…) et ne semblent pas partis pour la récupérer.
On pourrait presque dire qu'on ne voit que trois joueurs indiscutables dans cette équipe : Dupont, Bielle-Biarrey et Thomas Ramos. On peut cependant choisir de voir le verre à moitié plein et avancer qu'il s'agit du capitaine et meneur d'hommes, du finisseur n°1 et du buteur, ce qui reste une excellente colonne vertébrale. Mais cela laisse 12 postes où l'on peut imaginer des changements du jour au lendemain, 12 postes certes pas épargnés par les blessures, et cela a été le cas durant le Tournoi, mais cette équipe manque de stabilité.
En ce sens, Fabien Galthié a sa part de responsabilité. Mais il ne faut pas céder à la tentation de charger en masse le sélectionneur et d'oublier tout le reste. Les premiers fautifs restent souvent les joueurs, et ici, en l'occurrence, la qualité des joueurs a tout simplement baissé. Cela n'empêche pas le XV de France de rester une des équipes phares du rugby mondial.
Un futur pas rose
Mais cela jette le trouble sur le niveau de cette équipe. Même si elle venait à faire un festival contre l'Angleterre, cela ne la rapprocherait pas plus d'un sacre en Coupe du monde. Plusieurs générations de U20 se sont succédé avec un titre mondial à la clé : mais sur les équipes sacrées en 2018 et 2019, et qui devraient donc constituer la base du XV d'aujourd'hui, on ne retrouve que Jean-Baptiste Gros, Pierre-Louis Barassi et Romain Ntamack. C'est maigre, trop maigre.
Pourtant, le travail a été fait en amont, avec l'instauration des joueurs issus des filières de formation (JIFF) qui ont permis de rehausser le niveau. Mais sur certains postes clés, comme ceux de pilier, on préfèrera toujours un robuste Géorgien. Certains clichés ont la peau dure. Et peuvent parfois causer des conséquences inattendues, comme celles sur l'équipe nationale.
Bien sûr, tout n'est pas à jeter par la fenêtre. Cette équipe a les moyens d'aller chercher une place dans le dernier carré de la Coupe du monde, d'autant que le tirage au sort est allé dans son sens, lui promettant d'éviter les favoris sud-africains ou néo-zélandais avant ce stade. Et après tout, sur un match, tout est possible : l'histoire du XV de France est jonchée d'exploits inattendus.
Mais ce n'est pas un plan : c'est lancer les dés. C'est relancer avec une paire de 2. À 18 mois de la Coupe du monde, le XV de France devrait avoir bien plus de certitudes que cela. Difficile de croire qu'un sacre en Coupe du monde est possible, alors que tout le rugby français attend cela depuis 1987. Et difficile de croire, surtout, que cette édition du Tournoi des Six Nations puisse apporter une autre conclusion que celle-ci : le XV de France est en train de stagner, et on voit mal comment inverser la tendance.
