Mircea Lucescu, une carrière longue d’un demi-siècle

Mircea Lucescu
Mircea LucescuČTK / imago sportfotodienst / Vlad Suheschi

Mircea Lucescu est décédé mardi 7 avril, à l’âge de 80 ans.

Dans le classement des entraîneurs les plus titrés de tous les temps, Mircea Lucescu occupe la troisième place avec 35 trophées remportés, seulement devancé par Sir Alex Ferguson et Pep Guardiola.

"En réalité, il y en a 37", a toujours insisté Lucescu, estimant que les promotions obtenues avec Brescia et le Corvinul Hunedoara devraient être prises en compte, car elles ont été acquises après avoir remporté les championnats respectifs, même s’il ne s’agissait que de divisions inférieures.

La carrière d’entraîneur de Mircea Lucescu a débuté dans des circonstances inhabituelles, au Corvinul Hunedoara, où il a combiné pendant quelques années les rôles de joueur et de technicien.

C’est là qu’il a posé les bases d’une méthode de travail novatrice et lancé des joueurs qui allaient devenir les piliers de l’équipe nationale, parmi lesquels Ioan Andone, Dorin Mateuț ou Mircea Rednic.

Le premier grand test sur la scène internationale est arrivé sur le banc de la sélection roumaine, prise en main en novembre 1981. Lucescu a réussi l’exploit historique de qualifier la Roumanie pour son tout premier Championnat d’Europe, en 1984, après avoir éliminé de son groupe une Italie fraîchement sacrée championne du monde, grâce à un mémorable 1-0 au stade 23 August. C’est aussi lui qui a offert à Gheorghe Hagi sa première sélection internationale, à seulement 18 ans, un geste qui a marqué toute une époque du football roumain.

De retour au Dinamo en 1985, il a bâti l’une des équipes roumaines les plus compétitives de cette période, remportant deux Coupes de Roumanie et un titre en 1990, année où les Chiens ont également atteint les demi-finales de la Coupe des Coupes.

L’expérience italienne, vécue entre 1990 et 1997 à Pise, Brescia et Reggiana, n’a pas apporté de trophées majeurs, mais a constitué une école essentielle. À Brescia, il a travaillé avec un adolescent nommé Andrea Pirlo et, avec son collaborateur Adriano Bacconi, il a développé l’un des premiers logiciels dédiés à l’analyse des données dans le football, une vision en avance de plusieurs décennies sur son temps.

Son retour en Roumanie, au Rapid, a permis de décrocher le titre de champion en 1999, le premier pour les Giuleșteni après 32 ans, entrecoupé d’un court et difficile passage à l’Inter Milan, où il a côtoyé Ronaldo, Roberto Baggio et Zanetti, menant l’équipe jusqu’aux quarts de finale de la Ligue des champions.

Gloire en Turquie et en Ukraine

La suite l’a mené en Turquie, à Galatasaray et au Beşiktaş, où il a remporté le titre avec les deux clubs rivaux, ainsi que la Supercoupe d’Europe 2000 face au Real Madrid. Puis, le chapitre le plus long et le plus fructueux de sa carrière : douze ans au Shakhtar Donetsk, entre 2004 et 2016, où il a transformé un club ambitieux de Donetsk en véritable dynastie. Huit titres de champion d’Ukraine, six Coupes nationales et, surtout, la Coupe UEFA 2009, conquise à Istanbul, restent le sommet de son palmarès en club.

Ses passages au Zénith Saint-Pétersbourg, à la sélection turque et au Dynamo Kiev lui ont permis d’ajouter d’autres trophées — dont un titre et une Coupe avec le Dynamo Kiev en 2021, à 75 ans, confirmant que sa longévité n’était pas le fruit du hasard.

Sa dernière mission a également eu lieu à la tête de la sélection roumaine, reprise en août 2024. Il a fait monter l’équipe en Ligue B de la Ligue des Nations (LDN), l’a menée jusqu’au barrage pour la Coupe du monde 2026, perdu face à la Turquie 0-1, avant que ses problèmes de santé ne l’emportent définitivement.

Bilan final : une carrière de près de 50 ans, 35 ou 36 trophées selon les sources, le record de matchs dirigés sur le banc d’une sélection (307) et le statut de seul entraîneur au monde à avoir remporté des titres avec sept équipes différentes, un héritage impossible à égaler dans le football roumain.