Lou Jeanmonnot veut "continuer à progresser" et apprendre à rester "dans sa bulle"

Lou Jeanmonnot à Paris le 25 mars.
Lou Jeanmonnot à Paris le 25 mars.JOEL SAGET/AFP

Après avoir décroché le gros globe de cristal et quatre médailles aux JO 2026, la biathlète Lou Jeanmonnot veut "continuer à progresser" et apprendre à rester "dans l'instant présent" sans sortir de sa course comme à plusieurs reprises cette saison.

Dans un entretien accordé à l'AFP, la Jurassienne de 27 ans se dit fière des résultats obtenus mais aurait aimé "mieux faire" dans la manière, des axes de progression qu'elle espère mettre en place dans la perspective d'être enfin "sereine et confiante" en vue des JO 2030 dans les Alpes françaises.

QUESTION : Comment résumeriez-vous cette saison ?

RÉPONSE : "Épuisante et extraordinaire."

Q : Vous réalisez votre rêve en carrière un an après votre chute tragique dans les derniers mètres de l'ultime course de la saison. Comment cela a forgé votre succès aujourd'hui ?

R : "Aujourd'hui, je ne trouve en rien que c'était tragique. À mes yeux, c'était la plus belle saison en termes de performance physique et mentale. Là où cette année, c'était plutôt à l'usure émotionnelle que ça se jouait. J'ai préféré la saison passée parce que je me suis trouvée bien plus forte et puis c'était aussi bien plus beau. J'aime quand il y a des fils conducteurs. La chute pendant le combat avec Franziska Preuss (à Oslo en mars 2025) m'a permis de me rendre compte que j'en étais capable. Elle le méritait. Et à la fin, je l'ai quand même ce globe. On en a un toutes les deux. Je crois qu'il ne pouvait rien arriver de plus beau."

Q : Vous dites souvent que vous êtes plus à l'aise fondue dans la masse. Comment on se cache quand on est la meilleure biathlète du monde ?

R : "Ben, on ne le fait pas (rires). On apprend à assumer son statut. Il faut que je me botte un peu les fesses, c'est vrai, mais j'apprends."

Q : Vous verbalisez régulièrement vos doutes, derrière la carabine ou dans la préparation de vos courses. À quoi pensez-vous justement dans ces moments-là ?

R : "Idéalement, j'aimerais être capable de ne penser qu'à l'instant T, à la performance physique et mentale. Dans les faits, ma bulle de concentration éclate parfois parce qu'une adversaire fait un tir rapide, un 5 sur 5 ou rate une balle. Ça me sort de mon tir. Je ne suis plus dans l'instant présent. Peu importe l'élément perturbateur, je me projette et donc je ne suis déjà plus dans l'instant présent, à savoir mettre une balle. Ça amène forcément des erreurs."

Q : Aux JO 2026, il y a les images de votre fierté après vos médailles, mais en zone mixte vous évoquiez votre déception dans la manière. Pourquoi cherchez-vous à ce point la perfection dans vos courses ?

R : "C'est ce qui m'anime dans la performance sportive, ce côté rare d'arriver à cumuler une très bonne forme physique, mais aussi une très bonne performance derrière la carabine et dans la gestion mentale. Il y a des saisons où ça n'arrive pas, comme cette année, et c'est ce qui me laisse aussi animée par la volonté de toujours faire mieux."

Q : Dans une interview à l'AFP, Martin Fourcade disait récemment qu'il ne voyait aucun athlète, à part vous, dominer la discipline de manière à pouvoir être déçue d'une médaille d'argent. Êtes-vous d'accord avec ce constat ?

R : "Je ne me vois pas encore comme une dominante de la discipline, mais oui, être déçue d'une médaille d'argent, c'est quelque chose que je fais fréquemment. J'ai une petite tendance à toujours voir ce que j'ai manqué ou à quel point je suis passée proche de quelque chose de mieux. Mais je me rends compte que ces Jeux sont extrêmement bien et j'en suis tout à fait fière."

Q : Cet or dans quatre ans dans les Alpes françaises, c'est un moteur ?

R : "J'ai l'impression d'avoir bouclé la boucle avec ce gros globe, comme si pendant quatre ans j'avais accumulé de l'expérience qui m'a permis de le remporter aujourd'hui. J'aimerais continuer à progresser les quatre prochaines années, en assumant le statut de quelqu'un qui peut performer tout le temps. C'est mon plus gros défi. Je n'ai pas non plus de titre de championne du monde en individuel. C'est un autre beau défi car je ne me suis pas encore prouvé que j'étais capable de gagner la course d'un jour."

Q : Petite, vous dessiniez les anneaux olympiques sur votre agenda. Aujourd'hui, vous les avez autour du cou. C'est une fierté ça aussi ?

R : "Complètement. Je me rappelle de mon parcours. Je suis passée en section sportive au collège et au lycée, dans les comités régionaux. On avait toutes le même rêve. Sur la quantité d'athlètes que j'ai côtoyées, j'ai fini par réussir alors que rien ne disait que qui que ce soit y arriverait. C'est une belle fierté."

Q : Et à la personne que vous serez dans quatre ans, que lui conseilleriez-vous ?

R : "D'être sereine et confiante. J'aimerais transpirer ce genre de sentiments."