Comme rappelé par Romain Daguenet, directeur adjoint du circuit et interlocuteur de Flashscore pour présenter cette polyvalence finalement épique, "l’abondance de projets est toujours mieux que l’absence de projet". Paris-Nice, monoplaces et moto : Magny-Cours n’a pas dit son dernier mot.
Magny-Cours rime (encore) avec Paris-Nice
Dans quelques jours (le 11 mars), la troisième étape du Paris-Nice pourrait rappeler de précieux souvenirs aux amateurs de cyclisme. Il y aura un air d’Imola 2020 et du premier des deux titres mondiaux de Julian Alaphilippe sur un circuit automobile ou même pour les plus avertis, la pensée d’une arrivée victorieuse pour John Degenkolb, déjà sur une étape de la Course au Soleil en 2014 et alors, clôturée sur le circuit international. Plus que le succès du sprinteur allemand, c’est toute l’organisation locale qui avait été appréciée par le promoteur ASO à l’époque. Une réussite qui permet de "plus facilement revenir vers le circuit" en cette année 2025.
Rendue possible par la relation privilégiée entre François Lemarchand (ASO) et Serge Saulnier (directeur du circuit), cette étape sera très certainement étonnante puisqu’il s’agira d’un contre-la-montre par équipes avec un tour complet du circuit et un événement majeur sur place, avant de prendre la direction de Nevers pour rallier l’arrivée.
S’ouvrir à d’autres sports, c’est avant tout le souhait du directoire du circuit avec cette fois-ci, une vraie logique tant les similitudes entre cyclisme et sports mécaniques sont importantes : "on parle d’aérodynamisme, on va voir des coureurs sillonner les 16 virages du circuit et on voulait aussi mettre en avant l’aspect de la stratégie d’équipe", rappelle Romain Daguenet. Aussi bien au niveau télégénique que sur place, le circuit fait tout pour réussir cet événement finalement si particulier.
"Dès le début des échanges, l’idée était de mettre en place un événement populaire et accessible à tous. L’ensemble du site sera ouvert au grand public et toujours en cherchant les similitudes que l’on pouvait mettre en place entre l’auto / moto et le vélo, on va ouvrir l'ensemble des boxes. Chaque équipe aura un box bien déterminé et grâce à ça, chaque spectateur pourra accéder à la pitlane et à la rampe de lancement. Dès 10 heures le matin, on pourra accéder au site et passer une journée autour de la thématique vélo."
Pour certains observateurs, cette ouverture vers d’autres sports indépendants de la fonction principale d’un circuit pourrait ressembler à un aveu de faiblesse. Il n’en est rien.
Moto, nouveau point de corde du circuit ?
La moto n’échappe pas à l’avènement médiatique et aux envieux non-historiques de la discipline. Il suffit de voir l’amas de courses du MotoGP disputé au Moyen-Orient pour comprendre que le deux-roues est également devenu une manne du sport motorisé international. Toujours avec l’humilité nécessaire à l’instant T et à l’avenir, pour différents projets, le circuit se félicite de la détention du Championnat du monde Superbike depuis 2003. Il y a là une vraie volonté de conserver ce rendez-vous et peut-être même, de tirer le meilleur parti de sa gouvernance. Au début des années 2010, comme le rappelait le directoire, le Superbike est passé sous le pavillon de la Dorna.
"Cela veut dire que l’on collabore étroitement avec les équipes qui organisent le MotoGP. Le circuit doit évidemment correspondre aux normes FIM et ce sont des échanges qui sont poussés entre le promoteur et la fédération pour que le circuit évolue toujours dans le bon sens. Le but étant toujours, de maximiser le spectacle dans les meilleures conditions de sécurité."
Cette évolution et ce virage presque digne d’une chicane représente-t-elle un changement majeur pour l’infrastructure de la cité ducale et son appétence historique pour la monoplace ? Avec l’arrivée du JuniorGP cet été dans la Nièvre, le circuit fait un pas de plus vers le summum de la course moto. Romain Daguenet souligne toutefois l’importance de l’ensemble des parties intégrées : "C’est un projet à trois entre la fédération française de moto, le promoteur et le circuit. La démarche s’inscrit dans la politique de la FFM et de Claude Michy (NDLR : promoteur du GP de France depuis 1994). Ils ont à cœur de former les pilotes de demain pour qu’ils soient plus tard présents en MotoGP. Comme on peut le voir actuellement avec Fabio Quartararo et Johann Zarco".
Les expériences du passé et la localisation du circuit poussent-elles le directoire à évoluer sans tirer de trop nombreux plans sur la comète ? Ou du moins, avec contrôle ? "Humilité" et "garder la tête froide" sont des expressions qui sont fréquemment revenues lors de cet échange. Néanmoins, la présence unique d’une manche internationale (sur 12 dates) du Superbike au sein du territoire ainsi que l’arrivée du JuniorGP à l’importance capitale combinées à l’effervescence contemporaine de l’élite de la moto soulèvent une question naturelle… Et si Magny-Cours se concentrait, à l’avenir, sur l’obtention d’un Grand Prix de MotoGP ?
Le Mans, fierté nationale grâce au MotoGP… avant une seconde ?
Rappeler que le contrat du Mans avec la Dorna courait jusqu’en 2026 était une évidence. En observateur spécialisé, M. Daguenet préférait, lui, saluer la réussite sarthoise. La lutte n’est pas toujours fratricide et notre interlocuteur n’a de cesse de rappeler le travail exceptionnel réalisé par les équipes du Mans pour la manche annuelle de MotoGP : "Il faut garder la tête froide. Le MotoGP est installé sur le circuit du Mans et les équipes ont monté un bel événement. Il est très important de le dire. Tout comme le fait qu’ils font briller la France et il faut être fier de ça. Il n’y a pas un circuit qui fait mieux que les équipes de Claude Michy".
Avec le record mondial d'affluence pulvérisé deux saisons de suite, Le Mans est une place forte du MotoGP. Rien qu’avec cette dernière, le microcosme moto de l’Hexagone n’a rien à envier à certaines dates, notamment hispaniques, présentes en nombre, mais ne jouissant pas toujours de la même agitation locale. De quoi pousser la France à réclamer l’accueil de deux week-ends de course à l’avenir ? Le circuit de Nevers Magny-Cours tempère, comme toujours, mais ne ferme pas la porte à une telle idée qui passerait par l’obtention du grade A auprès de la FIM.
"On n’en est pas encore là. Il faut déjà répondre à plein d’obligations, avant tout en termes de sécurité. Humblement on se renseigne pour voir comment cela fonctionne et voir les travaux qui seraient à réaliser. On a déjà eu des échanges avec la Dorna et la Fédération sur le sujet. Ça reste une réflexion, il y a des échanges. On est encore loin de tout ça et il y a des choses à faire avant de pouvoir rêver ou espérer accueillir le MotoGP."
Notre interlocuteur clôturait cette déclaration d’une maxime sur l’intérêt de projets de ce type pour le circuit. La légitimité de deux manches françaises serait absolue, comme en témoignent les performances récentes des deux pilotes français engagés et l’aspect notoire de la discipline à l’échelle nationale. D’autres choses entrent toutefois en compte dans le calcul global…
"Tout devient légitime à partir du moment où vous mettez les moyens. C’est le nerf de la guerre." Une déclaration qui s’adapte aussi bien au MotoGP, qu’à la Formule 1. Avec une transition toute trouvée.
Magny-Cours reste une place de choix pour la Formule 1
Il est arrivé de remarquer des titres médiatiques racoleurs ces derniers temps. Le retour de la F1 à Magny-Cours, un circuit historique qui accueille George Russell ou tant d’autres. Sans faire dans le sensationnel – ce n’est pas le genre de la maison – ou en créant de faux espoirs, le directoire du circuit se félicite et travaille néanmoins toujours pour que la F1 soit présente au sud-ouest de la Bourgogne au cœur d’un des deux volets qui définissent le pinacle du sport automobile selon M. Daguenet, à savoir les essais privés et non pas le championnat du monde en tant que tel, comme connu par le passé et jusqu’en 2008.
Alors qu’il mentionne l’évolution analogue du LMH (Le Mans Hypercar) en WEC (Championnat du monde d’endurance), le directeur adjoint de Nevers Magny-Cours a rappelé, au nom de l’entité, à quel point il était important pour cette dernière de continuer à accueillir des tests privés, comme ce fut le cas ces derniers mois dans le cadre de tests pneumatiques Pirelli avec Alpine, puis Mercedes.
"Formule 1 comme Hypercar, ça reste l’excellence au niveau de la technologie. Le circuit doit être à la hauteur pour accueillir tous ces teams et cela nous permet de suivre les évolutions technologiques et continuer à s’adapter à toutes les demandes aussi bien matérielles qu’humaines." Une façon de s’assurer de "rester toujours dans le game" selon des propos véritablement honnêtes et logiques.
Néanmoins, le grade 1 auprès de la FIA n’est pas toujours suffisant pour daigner jouer l’hôte d’un Grand Prix de Formule 1 et encore moins à une époque où le championnat surfe sur une réussite économique folle. Avec l’attractivité people qui s'ensuit. Tout événement de cette ampleur, "comme une Coupe du monde ou des Jeux olympiques", ne peut exister sans une intervention de l’État. Et au-delà de la volonté politique et financière qui découlerait d’une volonté "de mettre le territoire en avant pendant un week-end", la localisation du circuit se heurte au cahier des charges actuel de la FOM (Formula One Management, l’entité qui gère la compétition). Non pas sur le circuit, mais bel et bien en dehors.
"La F1 se consacre énormément sur les installations attenantes au circuit. Il faut citer le nombre d’infrastructures hôtelières haut-de-gamme à proximité directe du circuit et c’est la même chose pour les restaurants étoilés." Un frein loin du sportif, mais cartésien, qui pousse Romain Daguenet à préciser : "Dire que l’on peut accueillir la F1 demain reste utopique pour une seule et bonne raison, c’est que s’il nous prenait l’envie de faire la demande, nous mettrons le territoire en défaut et ce n’est pas notre volonté".
Maître des idées farfelues et des prises de parole parfois irrévérencieuses, Flavio Briatore a dernièrement rappelé, avec son style si fantasque, ces contraintes bien connues par le circuit lors d’une déclaration remarquée au micro du Figaro, à l’occasion de la soirée F175.
Sans manquer l’occasion d’un "scud" ancré à ses principes les plus chers en direction du Circuit du Castellet – l’autre circuit français capable d’accueillir la Formule 1 – le conseiller spécial d'Alpine milite pour sa part pour l’arrivée d’un Grand Prix à… Paris. Un branle-bas médiatique permanent, loin de la réalité et des actions établies quotidiennement par les acteurs locaux ; à l'œuvre dans quelques jours avec des drôles de cylindrées : des vélos !
