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Paris-Roubaix ne sera jamais une course comme les autres et son intemporalité la rend toujours aussi unique. Cette édition 2026 peut déjà s'installer tout en haut du Panthéon cycliste, par son scénario aussi incroyable qu'imprévisible.
Et au terme de cette folle journée, Wout van Aert s'est imposé dans un sprint à deux devant Tadej Pogacar qui, comme l'an dernier, doit se contenter d'un accessit alors qu'il était plus proche que jamais de remporter son 5e Monument consécutif, exploit qui reste donc inédit dans toute l'Histoire du cyclisme.
Pour le Flamand, souvent très bien placé mais rarement gagnant, cette victoire sur la Reine des Classiques est le point d'orgue d'une carrière, une sorte d'anomalie réparée tant il fut trop souvent un héros malheureux.
Pogacar durcit la course très tôt
Le vent de côté, c'est peut-être pire que la pluie sur Paris-Roubaix. Une tentative de bordure en début de journée a montré qu'il fallait être vigilant et le passage sur le secteur pavé 25 de Solesmes à Haussy (**) a confirmé qu'il valait mieux être haut dans le peloton. Pendant qu'António Morgado menait grand train, comme il l'avait déjà fait dans le secteur 26 de Biastre (***), Filippo Ganna, mal placé, s'est fait monter la tension.
Malgré des tentatives nombreuses pendant la première heure de course, aucune échappée n'a pu partir et le peloton s'est scindé en deux après le secteur 25 situé à 130km de l'arrivée. Et quand on a loupé le train sur Paris-Roubaix, difficile de raccrocher le bon wagon, à l'image de Per Strand Hagenes, coéquipier de Wout van Aert qui a crevé au mauvais moment. À l'entrée du secteur 23 de Saulzoir à Verchain-Maugré (***), Josh Tarling et Ben Turner, coéquipiers de Ganna, ont fini dans le fossé avec Davide Ballerini.
Pogacar crève !
Le plan était parfait pour UAE-Team Emirates… jusqu'à ce que Pogacar crève dans le secteur 22 de Quérénaing à Maing. Contraint de prendre un vélo de l'assistance, le Slovène est reparti sur une machine inadaptée, pendant que Florian Sénéchal imprimait le rythme pour van der Poel. Heureusement pour Pogi, le ravito a ralenti le tempo, Alpecin-Premier Tech n'ayant pas franchement envie de profiter de ce fait de course, mais il a attendu un bon moment de retrouver une monture à sa taille, après le secteur 21 de Maing à Monchaux-sur-Écaillon (***).
Sa voiture a mis la gomme, quitte à faire voler un beau nuage de poussière. L'écart avec le peloton de tête frôlait la minute, alors que l'enchaînement Haveluy à Wallers (****) -Trouée d'Arenberg (*****) se profilait. Morgado s'est laissé décrocher pour ramener son leader… ainsi que tout un groupe d'une trentaine de coureurs. Le Portugais a ensuite été aidé par Nils Politt et Mikkel Bjerg.
Vent de côté, le retour : dans le secteur 20 d'Haveluy à Wallers, l'accélération du premier peloton dans ce faux plat montant a fait mal, notamment à Florian Vermeersch, lieutenant de Pogacar, qui a chuté. Derrière, son leader était désormais seul pour faire l'effort, avant que le vent ne soit dans le dos. Après ce virage, c'est van der Poel qui a placé une accélération. Le triple tenant du titre a fait mal à la concurrence.
Van der Poel crève !
Avant la Trouée, Pogacar a retrouvé les autres favoris, après 21 kilomètres de stress intense. Van Aert est entré en tête, avec MVDP dans sa roue. Mais le Néerlandais a crevé à son tour ! Il a dû prendre le vélo de Jasper Philipsen, mais il a finalement renoncé et laissé partir son coéquipier ! Tibor Del Grosso a fait l'assistant : il a retiré sa roue avant pour la remonter sur celle du petit phénomène. Une image déjà dans la légende de l'Enfer du Nord ! Pis : il a de nouveau percé et dû changer de vélo avant la fin de ce terrible secteur mythique ! C'en était fini du rêve du quadruplé avec désormais 2 minutes de retard ? C'était aller un peu vite en besogne...
Il n'était plus que... six à l'avant avec encore 92 kilomètres à couvrir : van Aert était en supériorité numérique avec Christophe Laporte, Pogacar, Mads Pedersen, Japser Stuyven et Stefan Bisseger. Seul manquait Ganna, relégué à 25 secondes. L'Italien est sorti de son groupe avec Jordi Meeus sur le porte-bagages dans un quitte ou double… réussi par le poursuiteur.
Van Aert crève !
Las, il a crevé à son tour, à l'entrée du secteur 17 d'Hornaing à Wandignies (****). Pendant que van der Poel, à présent à 1'30 environ, était voué à lui-même, Pogacar a lui aussi accéléré, ce qui a coûté sa place à Meeus. Mais, de nouveau, il a percé, cette fois sur du bitume et avec sa voiture à côté de lui. Il est revenu dans le secteur 15 de Tilloy à Sars-et-Rosières et il a croisé… van Aert, lui aussi victime de sa deuxième crevaison de la journée, dans un moment délicat.
Le Belge s'est retrouvé à près de 30 secondes du groupe de tête en compagnie et Meeus et de Laurence Pithie, pendant que van der Poel est parvenu à rentrer sur le groupe Ganna, après une sacrée partie de manivelles.
L'instant était critique : après le secteur 13 d'Orchies (***) se présentaient deux monuments dans le Monument : le secteur 12 d'Auchy-les-Orchies à Bersée (****) suivi du secteur 11 de Mons-en-Pévèle (*****). Van Aert est revenu juste à temps.
Pogacar et Van Aert se font la malle
Van der Poel n'était plus qu'à 45 secondes alors il a mis une sacoche à l'entrée du secteur 14 de Beuvry-la-Forêt à Orchies, flanqué de Ganna dans sa roue. Avec le concours de l'Italien, l'écart s'est réduit de 15 secondes. Alors van Aert a anticipé à 100 mètres de l'entrée du secteur 13 ! Pogacar et Pedersen ont fait la jonction et Pogi a contré, ce qui a fait mal aux jambes au Danois. Le Slovène s'est retourné et a constaté que seul WVA était avec lui.
Capable de prendre tous les risques, Van der Poel a décollé le sparadrap de Ganna, qui a ensuite crevé avant de chuter lourdement. De son côté, Van Aert faisait le forcing pour mettre Pogacar dans le rouge. Une débauche d'énergie justifiée avant Mons-en-Pévèle ? Dans la deuxième partie de ce secteur interminable de 3000m, Pogacar a attaqué fort une première fois. Après avoir été seul un bon moment, Pedersen a été repris par le groupe MVDP qui venait de perdre Pithie sur chute.
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Dans la fin du secteur, Pogi en a remis une et quand il a demandé un relais dans le faux plat qui a suivi, la moue de Van Aert voulait tout dire. Seul contre tous, van der Poel n'a pas voulu abdiquer, même avec 40 secondes de retard.
Dans le secteur 9 de Pont-Thibault à Ennevelin (***), Pogacar a voulu vaincre le destin à l'endroit où il avait chuté l'an dernier. Il est passé sans encombre, de quoi arriver en position de force au secteur 5 de Camphin-en-Pévèle (****) en position optimale.
Mano a mano
Pendant que van der Poel ferraillait à 30 secondes, le duo de tête, Pogacar n'a pas attaqué et s'est montré frustré après que van Aert a refusé un relais. Alors le Slovène a sérieusement accéléré au Carrefour de l'Arbre (*****). Les risques étaient énormes et le duo a failli tomber en même temps façon carambolage de MotoGP. Van der Poel croyait de plus en plus en un retour, à tout juste 20 secondes. Le vent de face favorisait van Aert mais celui-ci n'a pas voulu tourner et s'est contenté de suivre dans Gruson (**).
L'écart avec le groupe MVDP est remonté, alors à 15 bornes du vélodrome, le Belge a passé les relais. Le Flamand avait rendez-vous avec son histoire, Pogacar avec l'Histoire tout court. En valeur pure, WVA était le plus rapide. Mais après plus de 250km de course et moult péripéties, tout peut se niveller.
Pogacar est arrivé en tête sur le vélodrome et il n'a pas fait illusion longtemps : Van Aert était le plus fort. Le Belge s'est ensuite allongé et fondu en larmes, bientôt félicité par van der Poel, son éternel rival. Souvent habitué aux places de 2, van Aert a enfin remporté la course de sa vie. Le podium est complété par Stuyven tandis que van der Poel termine 4e, devant Laporte, 5e.
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