La procureure Bérengère Théry a débuté le réquisitoire à deux voix en taclant des entreprises "qui ont décidé de bâtir leur modèle économique sur la fraude à la loi." Trois sociétés et 21 personnes sont poursuivies dans cette affaire née, en mars 2022, d'un contrôle sur le chantier olympique des inspecteurs du travail, alertés par la CGT.
"On n'est pas dans une chasse à l'homme, dans un complot ourdi par des méchants syndicalistes", a soutenu la magistrate rappelant qu'en victimes des deux bandes organisées identifiées se trouvent "des travailleurs sur le territoire français dont les droits ont été bafoués".
Contre Mehmet B., "au sommet de la pyramide", le parquet a requis quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt et 100.000 euros d'amende. L'homme de 42 ans né en Turquie aurait coordonné une nébuleuse de sociétés éphémères, coquilles vides toutes judiciairement liquidées.
En soulignant les incohérences entre chiffres d'affaires, déclarations d'embauches et flux bancaires réels, l'autre procureur Charlie Jacques a conclu à une "fraude massive et systématique". Contre le beau-frère de Mehmet B., le parquet a requis quatre ans de prison dont trois ferme, avec mandat de dépôt ainsi qu'une amende de 80.000 euros.
Une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an aménageable et 60.000 euros d'amende ont été demandés pour l'autre bras droit du "grand patron". Contre les deux gérants de fait de la seconde bande organisée, des peines de trois ans de prison dont un an avec sursis, toujours avec mandat de dépôt, ont été requises.
Une interdiction définitive de gérer a été demandée à l'encontre de ces cinq hommes d'origine turque, originaires de la même région voire unis par des liens de parenté. Des peines d'emprisonnement avec sursis, de 6 à 18 mois, ont été requises contre les gérants de paille des sociétés.
Le parquet a requis la relaxe du groupe GCC, titulaire du contrat de 60 millions d'euros sur le chantier olympique pour l'emploi d'étrangers sans autorisation de travail. Mais il a sollicité sa condamnation pour le recours au travail dissimulé à la peine maximale de 375.000 euros d'amende, assortie d'une exclusion des marchés publics pendant trois ans, dont un avec sursis.
Contre Alain G., directeur d'agence de GCC, six mois de prison avec sursis, 10.000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction de gérer ont été requis. Les plaidoiries de la défense sont prévues jusqu'à vendredi.
