Interview Flashscore - Yoni Valverde : "On croit que s'entraîner 3 ou 4 fois par jour est bénéfique mais c'est l'inverse"

Yoni Valverde
Yoni ValverdeInstagram Yoni Valverde

Moins de 5 mois après sa défaite en finale du WBC Grand Prix des plumes, Yoni Valverde revient dans le ring ce samedi, devant son public à Charleville-Mézières. Le boxeur de 24 ans affronte Jorge Luis Martinez Monreal (26 ans, 19-4-1) pour revenir dans le Top 40 de la WBC. Avec beaucoup de détermination, comme à son habitude.

Flashscore : Vous faites votre retour dans le ring ce samedi à Charleville-Mézières. Comment vous sentez-vous ?

Yoni Valverde : Je ne vais pas mentir, je suis très tendu, comme pour mes débuts. Après ma défaite, j'ai effectué une très grosse remise en question. Je suis prêt, tout s'est bien passé, j'arrive au poids. Je suis bien et confiant. 

Vous évoquez une remise en question par rapport à ce KO reçu à la première reprise. C'était une erreur d'inattention ou était-ce plus profond ?

Arrivé à ce niveau-là, ça se joue à des détails. Physiquement et mentalement, j'étais bien, j'ai tout fait comme d'habitude lors de mes 16 premiers combats. Mais il y a eu beaucoup de soucis en Arabie Saoudite et ça m'a mis les nerfs. Inconsciemment, je suis sorti de mes gonds et je l'ai payé dans le ring. Personne ne doit rentrer dans la tête, on doit savoir rester calme car c'est mon métier et je dois rester calme. Ce sont les aléas de la vie. Je suis jeune, j'ai fait une erreur bête et je n'ai pas pu montrer ma boxe. Alors je travaille pour retrouver le Top 40 WBC avec une victoire contre Jorge Luis Martinez Monreal. Ensuite, je veux faire une revanche contre Muhamet Qamili. 

Malgré cette fin, ce Grand Prix WBC a été riche d'enseignements pour vous. 

Je suis arrivé dans les 32 et se retrouver, nous les petits Français, parmi les meilleures teams du monde, ça fait bizarre. Je ne m'attendais pas à aller jusqu'à ce niveau, car on n'a pas les mêmes moyens que les Anglais, les Mexicains ou les Américains qui vivent de leur sport. Aujourd'hui, on n'a de professionnel que le nom. J'ai de la chance, j'ai des sponsors et je peux vivre pleinement de la boxe. Mais je suis une exception. Avec toutes les belles choses que j'ai faites, j'ai une forme de dégoût parce que ça m'a gâché mon tournoi. Perdre après 6 rounds, après un combat dur d'accord. Mais perdre sans pouvoir m'exprimer... Je m'en veux parce que si on s'affronte 10 fois, je le bats 9. C'était son jour de chance, avec le bon coup au bon moment. 

Vous avez changé des choses dans votre préparation ? 

Je suis un acharné du travail. Pendant le tournoi, je n'avais plus de vie, je m'entraînais matin, midi, soir, jusqu'à 2h du matin. C'était trop. Maintenant, je suis plus réglé, je prends des moments de repos. J'ai appris que le corps doit récupérer. Parfois, on croit que s'entraîner 3 ou 4 fois par jour est bénéfique mais c'est l'inverse. La fatigue c'est très bien mais si tu deviens fébrile, ton menton encaisse moins par exemple. Il faut en faire beaucoup, mais pas trop. Même mes coaches me le disaient mais moi j'étais tellement motivé, je voulais toujours en faire plus. Or les muscles subissent, ils ne sont pas faits pour taper tous les jours et il faut les reposer sinon c'est la blessure. Et puis il y a la fatigue, le cutting qui use : tu prends un crochet et tu dors. Il faut savoir relâcher, se vider la tête. Je l'ai compris, je me suis mis des jours de repos et je suis resté tout aussi sérieux. Je suis même plus vigilant, parce que quand tu prends un coup avec des gants Reyes, ça ne pardonne pas. Ce sont des armes ! En France, quand tu fais un combat professionnel, les organisateurs veulent faire des économies, alors on a des gants épais qui font moins mal et qui mettent peu de KO. On peut dire que ça protège les boxeurs. Mais quand tu arrives à l'étranger et qu'on te donne des Rival ou des Reyes... C'est comme si tu prenais une pierre ou que tu te claquais la tête dans un mur hein. Tu n'as pas cet apprentissage-là car tu n'as pas senti ce type d'impact. Je pense que beaucoup de boxeurs français comprendront ce que je veux dire. J'ai d'ailleurs demandé à ce que mon adversaire ait les mêmes gants que moi, même si je lui donne des armes pour me battre finalement. 

Votre côté perfectionniste vous conduit-il à voir le verre à moitié vide ? 

Qamili, ce n'était pas un favori et j'ai fait l'erreur d'un peu le sous-estimer, surtout pour une demi-finale mondiale. Je l'ai payé cash. Maintenant, même un mec à 40 défaites, je le prendrai au sérieux. Ce premier round, je me suis dit dans ma tête que ça ne frappait pas fort. Alors j'ai baissé les mains, j'ai fait des choses que je n'aurais pas dû faire, lui rentrer dedans alors que ce n'est pas mon style de boxe. Mais dans la victoire comme dans la défaite, il faut en sortir grandi. Alors je suis allé mettre les gants avec Michael Magnesi, numéro 1 WBC. Ça s'est très bien passé. J'avais des défauts que je n'ai plus aujourd'hui. 

Ce tournoi vous a permis à la fois d'avoir de bonnes bourses mais aussi de développer votre réseau, un aspect essentiel dans le milieu de la boxe. 

C'est un honneur de croiser à l'étranger avec les meilleurs. Je l'avais déjà fait avec Moussa Gholam qui est 4e Boxrec, challenger mondial WBA. Et là, c'était avec le numéro 1 WBC. J'ai 24 ans et encore beaucoup de progrès à faire mais, parfois, je les mets en difficulté et c'est très important pour moi de voir que je suis capable de leur tenir tête. C'est un bon apprentissage, avec de très bonnes personnes... qui deviennent des tueurs dans le ring. Gholam, il frappe vraiment fort. Un Vénézuélien est venu aussi, j'ai eu mal pour lui. Si tu n'es pas prêt, il ne faut pas venir face à des gars comme ça. Magnesi, il t'impose un rythme... Si tu n'as pas le cardio, le fond et le mental, c'est très dur. C'est du très, très haut niveau. J'espère qu'ils gagneront les ceintures. 

Pour votre retour, vous prenez un bon client, avec un vrai risque. Vous auriez pu vous contenter d'un 6-rounds tranquille ?

Je sors d'un tournoi de 32 où je termine 3e ou 4e. J'aurais bien aimé avoir un match pour la troisième place d'ailleurs. Quand il s'agit de tes 6-7 premiers combats, c'est un apprentissage, un travail particulier. Donc on affronte des palmarès négatifs. Mais depuis mes deux championnats de France, je suis dans une certaine forme de continuité et je veux m'y maintenir. J'ai un revers mais je veux montrer que ce n'était qu'une erreur. Si c'est pour avoir un combat facile et coucher un gars au 2e round, ça ne m'intéresse pas. Je veux prendre des risques. Je suis jeune mais je ne veux pas boxer pendant 20 ans. D'ici 2-3 ans, si j'ai fait tout ce que je voulais faire avec une chance mondiale ou une WBC Silver, j'arrête. Si c'est pour faire une grosse carrière mais être abîmé, ça ne sert à rien. 

L'année dernière, vous êtes allé à Majorque, dans la salle de Conor Benn qui vient de signer chez Zuffa, la nouvelle écurie de Dana White. Ça vous tenterait de le rejoindre ? 

Question difficile. Ça m'intéresse et j'ai déjà été approché. Mais les organisations officielles IBF, WBA, WBO et WBC voudraient tout quand tu signes et ça bloquerait. Donc pour le moment, je ne sais pas s'il faut prendre le risque. On peut y gagner mais si tu n'es plus classé parmi les fédérations majeures... Je suis d'abord focalisé sur mon combat de samedi et on verra ensuite. Pour le moment, je ne sais pas. 

Justement à propos de votre adversaire, est-il un Mexicain comme on se le figure, avec une grosse frappe et une volonté constante de casser la distance ? 

Pas lui. De ce que j'en ai vu, il est très réfléchi, il reste bien sur le recul, il n'attaque pas pour rien et il est compact. Il prend peu de risques. J'ai vu ses défauts, on va voir si ça paye et si ça frappe fort, même s'il a des KO à son actif. 

Cela fait 18 mois que vous n'avez pas boxé devant votre public : c'est un plaisir de retrouver votre public ?

Ça va me faire bizarre. Je sors d'une défaite, je reviens chez moi, j'ai pris un gros risque pour un combat de retour. Je suis chez moi et, précisément, je ne veux pas me tromper et je veux ramener une victoire à 100%.