Flashscore : Angers sort d'un match nul contre Lyon (0-0) et a droit à un deuxième gros morceau avec Rennes ce samedi. Comment se sent le groupe ?
Yassin Belkhdim : Franchement, ça va. La trêve nous a fait du bien car la défaite 5-1 à Lens nous avait fait mal. Le nul contre Lyon a fait du bien aux têtes. On a bien préparé ce match contre Rennes. Ça sera un gros match, une équipe en forme en ce moment et on va tout donner.
Avant le match retour contre l'OM, Roberto de Zerbi avait loué le travail d'Alexandre Dujeux car le SCO reste cohérent malgré les départs à chaque mercato et peut même viser la première partie de tableau. C'est un objectif dans le vestiaire ?
Chacun a ses objectifs personnels pour la fin de saison. En ce qui me concerne, c'est valider le maintien, ce serait top, et gratter le plus de points possibles, match après match. Plus on se sauvera rapidement, plus on pourra être relâché et prendre du plaisir.
27 matches dont 26 titularisations, 2 buts et 2 passes décisives : votre saison est une réussite.
Je suis content mais je sais que je peux toujours faire plus, même si ce n'est que ma deuxième saison en Ligue 1. Je veux continuer comme ça, augmenter mes statistiques et nous maintenir.
Vous avez perdu Estéban Lepaul l'été dernier, Himad Abdelli et Sidiki Chérif cet hiver. Pourtant, vous avez tenu le choc, avec de nombreux jeunes lancés en Ligue 1 confirmant votre statut d'excellent club formateur.
On a un très bon centre de formation, on voit des joueurs qui montent, qui sont cohérents et qui se sont imposés, comme ce qu'a fait Sidiki par exemple. On a un coach et un staff qui font confiance aux jeunes, tout comme le président et le directeur sportif. Si un jeune ne joue pas trop, il n'aura pas cette confiance. Marius Loër par exemple vient de réaliser deux matches comme titulaire et c'est grâce à la confiance du coach qui n'a pas eu peur de le lancer. C'est ça qui est bien à Angers.
Vous avez pris du galon, avec un rôle toujours plus important au milieu.
Quand le coach vous donne confiance, vous voulez lui montrer ce qu'il veut et prouver que ce n'est pas par défaut mais par mérite. C'est vrai qu'être avec Haris Belkebla et Branco van den Boomen, ça fait plaisir de voir mon nom avec eux. Je suis content de m'être imposé et je veux continuer.
Il y a certes eu deux déroutes contre l'OM (2-5) et Lens (5-1) mais l'essentiel du temps, vous gênez énormément les grosses cylindrées. Vos ressources tactiques sont importantes.
J'en parlais cette semaine avec le coach. On est une équipe parmi les plus dures à jouer quand on est tous ensemble et qu'on a cette dalle. À Lens, je trouve qu'on ne l'avait pas eue, comme contre Marseille. Contre Lyon, on l'a eu, comme dans tous nos matches remportés 1-0. Quand on mène au score, on fait partie des équipes les plus pénibles à jouer, surtout qu'on a Hervé Koffi, un super gardien.
Vous avez marqué deux fois cette saison, pour deux victoires 1-0. Six points pris, ça pèse dans un bilan personnel.
J'en suis très content mais c'est surtout collectif. Hervé avait sorti deux gros matches aussi. On était tous ensemble, des attaquants aux défenseurs.
Précisément, Hervé Koffi est l'un des tout meilleurs gardiens de Ligue 1. C'est capital d'avoir un tel recours ?
C'est un chat (rires). Il fait des parades de fou et c'est très important pour Angers d'avoir un tel gardien. La saison dernière, on avait Yahia Fofana qui nous avait rapporté pas mal de points. Quand on joue le maintien, il faut avoir un très bon gardien.
Vous avez été formé au FC Mantois, en banlieue parisienne. Comment se sont passées ces années ?
J'ai commencé dans le club de mon village, à Juziers, après je suis allé à Limay et enfin au FC Mantois, en U14. Au début, c'était très difficile pour moi parce que je n'étais ni le plus fort ni le plus talentueux. J'avais des problèmes de croissance. En U14 et U15, j'étais en équipe B même si j'avais fait des matches avec la 1, mais c'était rare. En U16, j'étais dans l'équipe C, je ne jouais pas trop. C'est l'année U17 où j'ai explosé. On était en DH et on a fait la première montée du club en Nationaux. Ça m'a fait passer un cap et je suis allé en CFA (ex-N2, ndlr) et c'est là que j'ai découvert le monde sénior. J'y ai tout appris. J'avais d'ailleurs joué et marqué contre Angers, c'est comme ça que je suis venu ensuite. C'est toujours difficile en Île-de-France, c'est le plus relevé. Je n'étais pas le plus fort mais je me suis accroché. Le mental, c'est le plus important.
Est-ce que les gens se rendent vraiment compte du niveau et de la difficulté dans les catégories inférieures ?
Je jouais avec des joueurs, je pensais que ce serait des tops et qui ne sont pas devenus professionnels. L'entourage compte aussi et j'ai la chance d'être très bien entouré. Franchement, le niveau en Île-de-France est très relevé.
En plus de votre année en U17, il y a un moment où vous avez senti que vous étiez sur le bon chemin ?
En U17, je m'étais dit que si je n'y arrivais pas, je lâchais. Ça m'a mis un déclic dans la tête. Au Paname Best Player, un trophée pour les jeunes, j'ai été nommé et j'ai franchi un cap pour aller au bout. Je n'ai pas fait de centre de formation, ce n'est pas commun. J'avais quelques sollicitations pour y entrer mais le coach m'a dit de rester et puis Papy Keïta, un de mes coaches en jeunes devenu un coéquipier et un deuxième papa dans le foot, m'avait aussi conseillé de faire cette année en CFA. Il y a une grosse différence avec les séniors, surtout que je n'étais pas un joueur qui mettait le pied. Là, je suis devenu un gros casseur (rires). Ça m'a ouvert les yeux sur le monde professionnel. Ça s'est bien passé en réserve avec Angers, malgré quelques blessures. C'est surtout mental, il ne faut jamais lâcher. Pour moi, le football c'est 90% dans la tête. Mes parents m'ont toujours dit de prendre du plaisir, que c'était ça le plus important.
Quand on a 18 ans et qu'on affronte des joueurs qui peuvent avoir 15 ou 20 ans de plus, ça accélère l'apprentissage ?
Il y a de bons joueurs en CFA. Je ne sais pas si c'est toujours le cas en N2 mais le niveau était très élevé et ça m'a fait énormément progresser.
Est-ce que le fait d'avoir connu le football semi-pro vous permet d'avoir une forme de recul ?
Atteindre le niveau sénior très tôt, c'est la meilleure des choses. Maintenant, on voit des joueurs de 16 ans en N3 et c'est ça qu'il faut parce que ça te fait montrer le football des grands garçons. Moi, je suis très content de ne pas avoir été en centre de formation parce que j'ai pu rester à la maison jusqu'à 18 ans. Avec le recul, je me dis que ça donne un plus en termes de maturité.
Vous êtes monté en équipe première en janvier 2024, à 22 ans. C'est une abnégation à noter.
La saison de la remontée en Ligue 1, j'ai fait quelques matches en Ligue 2 lors de la deuxième partie. C'est dans la préparation il y a 2 ans qui m'a permis de disputer les 3 premières journées comme titulaire. J'étais dans la rotation et je finis la saison titulaire après la blessure de Belkebla. Je devais avoir 15 matches comme titulaire et cette saison, je confirme et ce que je voulais. Jouer au haut niveau, c'est ce qu'il y a de meilleur. Le matin, je me lève pour aller jouer au foot, chaque weekend je joue en Ligue 1, le championnat que je regardais quand j'étais petit.
Vous vous rapprochez des Lions de l'Atlas ?
J'ai fait deux sélections en U23. Jouer avec le Maroc, c'est mon rêve depuis tout petit. Je dois donner plus pour être sélectionné et je vais continuer pour y arriver.
Comment analysez-vous le travail effectué par le Maroc depuis de nombreuses années, notamment au niveau de la formation ?
C'est incroyable, également au niveau des infrastructures. Sportivement, on voit énormément de Marocains qui performent dans les plus grands clubs européens. Les jeunes qui sortent du centre Mohamed V, on voit qu'il y a un vrai boulot, ce n'est pas fait à la va-vite. Ça fait ressortir tous les bons côtés de l'Afrique, ça évolue très bien et ça donne encore plus envie d'y être.
