Flashscore : "Flash" débute avec la chanson "Les Wampas au rabais" qui évoque la difficulté pour vous Florence de vous faire admettre comme artiste par rapport à notoriété de Didier. Quand on vous a contacté, vous avez instinctivement reporté l'intérêt sur Didier alors qu'on voulait vous avoir ensemble.
Florence : Quand on joue ensemble avec Didier, le public nous demande beaucoup de jouer Manu Chao par exemple. Il y a même des tourneurs qui nous ont dit qu'ils signaient Sugar and Tiger parce que les Wampas étaient trop chers !
Flash est votre 5e album. Comment travaillez-vous avant d'entrer en studio ?
Didier Wampas : J'ai toujours des musiques dans mon portable et ensuite Florence écrit les textes.
F : L'enregistrement de l'album prend une semaine. On ne veut pas faire trop de prises parce qu'on perd la spontanéité du moment et rechercher un son "parfait" ferait perdre le sens de ce qu'on veut transmettre. On est intelligents dans le groupe mais on agit d'abord avant de réfléchir !
DW : On écrit sur la musique. On a d'abord la mélodie et après on chante en yaourt.
F : Tu as les pieds et c'est ensuite plus simple pour trouver un sens. C'est hyper captivant comme exercice.
DW : On ne part jamais d'une page blanche, on a toujours la musique sur laquelle s'appuyer
F : On ressent quelque chose, ça nous donne une idée et on y met des mots. Mais il faut que ça tombe bien avec les rythmes, sinon les mots ne veulent plus rien dire
DW : Ça c'est facile !
F : C'est facile pour toi (rires)
Travailler en sens inverse, du texte vers la musique, est plus délicat ?
DW : Je n'ai pas fait du rock pour écrire des textes. Au départ, j'écoutais des chansons en anglais que je ne comprenais pas. Je prends ma guitare, je chante en yaourt comme j'étais petit.
F : On a fait 5 albums et à chaque fois, j'essaie de changer ma façon d'écrire. Sur un album, j'avais écrit tous les textes en avance mais une fois que tu as la musique et la mélodie, il faut tout envoyer valdinguer. Il fallait tout recommencer. Maintenant, je fais comme Didier. D'abord, ressentir la musicalité et ensuite avoir un texte qui s'enroule autour. Un texte froid, ça n'a aucun sens, en tous cas pour nous. On serait incapable d'écrire un article. Ma chanson sur Kurt Cobain ("Kurt only knows, ndlr), c'est ma préférée car je n'ai mis aucun mot au hasard. J'aime bien l'idée que l'auditeur puisse ensuite déplier la chanson. Nos thèmes de prédilection sont évidemment l'amour mais aussi les rêveries. On a envoyé la chanson à Linda Ramone qui a aimé et c'était marrant de la voir avec notre 45 tours chez elle.
La couleur musicale de vos albums évolue, cela se note très clairement. C'est recherché ?
F : Ah non, on ne fait pas exprès !
DW : Rien n'est voulu. Avec Sugar ou avec les Wampas, quand on entre en studio, on ne se dit pas "tiens, on veut que l'album sonnne plus comme ci ou comme ça". On essaie de faire la meilleure chanson possible, enregistrer de la meilleure façon possible et à la fin, ça sonne comme ça sonne.
F : On est 5 boules d'énergie dans le studio alors on n'est pas là à réfléchir pendant des heures, on fait. On est intelligent mais on réfléchit après (rires). On a trop de spontanéité. C'est imparfait ce qu'on fait mais on voit notre progression à chaque album, comme on monte les échelons.
Ça vous est venu comment l'amour de la musique ?
DW : Depuis tout petit, ça nous touche. On a 20 ans de différence, on n'écoute pas la même musique mais, en gros, on a le même parcours.
F : Ma mère m'achetait les revues comme "Salut" et je connaissais les visages plus que les chansons. Avec mon premier argent de poche à 7 ans, j'ai acheté un 45 tours de Marc Blyth, un beau gosse de je ne sais plus quelle année (rires).
DW : Moi je lisais Podium ! Je suis un grand fan de Patrick Juvet. C'est notre David Bowie à nous. Quand je dis ça, les gens me regardent de travers mais bon, c'est vrai, j'exagère (rires). J'écoutais, Claude François, Mike Brandt, les Rubettes. Comme je n'avais pas de grand frère, j'écoutais uniquement ce qui passait à la radio.
F : Je suis devenue fan de Nirvana, lui c'était les Clash. Dès que j'ai écouté Nirvana, j'ai voulu jouer de la basse, de la guitare, monter un groupe. Vivre sans musique m'est impossible, c'est imbriqué dans ma relation avec le monde extérieur.
Le rappeur WeRenoi est décédé il y a quelques semaines. Il était le plus gros vendeur de disques en France mais restait pour beaucoup un illustre inconnu. C'est une conséquence de la multiplication des sources de musique ?
DW : On peut totalement vivre dans un autre monde, à côté. Quand j'étais petit, il y avait soit RTL soit Europe 1 et deux chaînes de télévision. Tu n'avais pas vraiment le choix pour la musique. Maintenant, tu fais ce que tu veux. Aux Victoires de la musique, je ne connais pas un nom. On peut vivre dans un monde parallèle. Est-ce que c'est bien ? Je ne sais pas. Par exemple, quand le rock est arrivé, les amateurs de jazz détestaient ça, ce son avec les guitares saturées. Je comprends pourquoi Boris Vian détestait le rock parce que le jazz était riche, intelligent, cultivé alors que le rock était beaucoup plus basique. Ça doit être pareil pour ceux qui n'aiment pas le rap actuel ou le rap en général
À propos des Victoires de la musique, vous y êtes allé Didier avec les Wampas et ça n'a pas été très concluant, c'est un euphémisme !
DW : Je ne voulais pas y aller, mais je me suis dit que je devais voir comment c'était et ne pas jouer le gros con. Après tout, il y avait peut-être des trucs sympas à prendre, avec des mecs sympas ? Bah non, c'est pourri ! Tout le monde se la pète, tout le monde veut gagner, l'ambiance était nulle. Même si on me réinvite, je n'irai pas. Ce ne sont pas les Victoires de la musique, ce sont les Victoires du fric. C'est celui qui a le plus vendu qui gagne, il n'y a rien d'artistique. J'en ai parlé avec Laurent Jalabert un jour. En cyclisme, le meilleur gagne. Ce n'est pas le cas dans la musique. Ça n'a aucun rapport.
Didier, vous êtes étiqueté fan de vélo : est-ce que ça vous gonfle qu'on vous y ramène toujours ?
DW : Ah non ! Je préfère parler de vélo que de mon boulot à la RATP ! J'ai toujours regardé le Tour en vacances en Bretagne avec mes cousins et j'ai toujours fait du vélo.
C'est le côté punk ouvrier. Cumuler la musique avec un emploi, cela semblait inédit surtout après le succès de Manu Chao car vous auriez pu capitaliser dessus ?
DW : J'aurais pu être intermittent du spectacle mais je n'ai jamais voulu. Ça fait un peu fonctionnaire de la musique payé par l'Etat. C'est un peu bizarre. Des anarchistes intermittents, j'en connais plein, c'est une race que j'ai un peu de mal à comprendre. Il faudra qu'on m'explique. J'ai eu des parents communistes, ça aide peut-être comme disait Josiane Balasko. Quand Manu Chao est sorti ça commençait déjà à marcher et je n'avais pas envie de rentrer là-dedans. Dans les loges de festival, on ne parle pas de musique mais d'intermittence, de tourneurs.
F : alors que ceux qui ne sont pas intermittents parlent de musique
DW : on ne va pas rentrer là-dedans (sourire).
S'affranchir de ce système qui ressemble à une course à l'échalote, c'est difficile ?
DW : En théorie non. C'est facile comme tout. Le capitalisme, c'est pratique parce qu'on ne force pas à penser pareil. Si tu ne veux pas gagner d'argent, que tu préfères jouer et écrire pour toi, personne ne vient t'ennuyer. Tu as le droit. C'est sûrement une réflexion actuelle mais pour la génération des réseaux sociaux, ne pas avoir de like ou de vues, c'est terrible pour eux parce que sinon tu n'existes pas. On nous pousse à vendre alors qu'on fait d'abord de la musique par plaisir, on s'en fout si on vend que 3 disques. On fait d'abord de la musique pour soi, pour nous.
F : Mais il faut aussi gagner sa vie...
DW : Oui mais après tu te démerdes. Si tu veux faire de la musique comme tu en as envie, personne ne peut t'en empêcher. Les gens et le système ne comprennent pas ce mode de fonctionnement mais tu le peux le faire et pour nous, ce n'est pas compliqué.
Didier, vous collaborez sur un album qui s'intitule Fausto ?
DW : Oui, avec Nicolas Grosso, un musicien de Sète et ce n'est pas un album consacré au vélo. Mais un jour, on fera un best of avec toutes nos chansons sur le vélo : Jalabert la première que j'ai écrite après son titre mondial du contre-la-montre à San Sebastián en 1995, Baby suce ma roue, Julian, Richard.
Le cyclisme est une passion populaire qui tend à s'embourgoiser, y compris chez les pratiquants.
DW : J'ai un vélo Décathlon et on se moque de moi ! Le côté populaire existe toujours mais c'est vrai qu'il est plus branché et à la mode. Avant, le vélo, c'était un truc ringard et un peu naze. En tous cas, quoi qu'il arrive, il faut toujours pédaler. Mais chez les pros, tout le monde a à peu près le même vélo, le même casque, les mêmes manières de s'entraîner. A part les UAE qui gagnent quasiment tout.
F : Quand Didier regarde les courses, après plusieurs heures, les commentateurs répètent en boucle les mêmes noms et à un moment tu deviens folle (rires).
DW : Maintenant, l'hiver, je prends beaucoup de plaisir à regarder le cyclo-cross mais si on sait qui va gagner s'il y a Mathieu van der Poel. J'espère aller en Belgique en fin d'année pour vivre ça de près.
F : Ça, j'aime bien regarder. C'est une vraie prouesse de pédaler dans la boue. Je les trouve hyper courageux... mais pourquoi vous faites ça les mecs ?! (rires)
