Interview Flashscore - Stefan Madsen : "Le PSG a le potentiel, on doit trouver un moyen de le convertir"

Stefan Madsen avec le PSG.
Stefan Madsen avec le PSG.PSG / (L.Valroff)

Après une demi-saison passée au Paris Saint-Germain Handball, Stefan Madsen tient désormais le bon bout. L'équipe parisienne est toujours invaincue en Starligue, et les espoirs de Ligue des champions ne sont pas morts. Durant cette trêve hivernale, le tacticien danois a pris le temps de s'entretenir avec Flashscore afin d'aborder son temps à Aalborg et Al-Ahly, mais aussi de revenir sur ses débuts au PSG et son avis sur le Championnat français.

Flashscore : Avez-vous parlé à Mikkel Hansen avant de venir au PSG ? Cela a-t-il conditionné votre choix ? 

Stefan Madsen : Non, je ne l'ai pas fait. En revanche, j'en ai parlé à Henrik Møllgaard, mon assistant désormais. Il a joué ici avant, j'ai une grande relation avec lui. Mais... Tout le monde connaît le PSG. C'est un grand club, un grand nom.

La décision a été motivée par la renommée du club, ou parce qu'il s'agissait d'un challenge pour vous ? 

Quand tu as de l'ambition en tant que coach et que tu vois l'opportunité d'avoir un impact dans un club aussi important, c'est un grand honneur. Je suis très content d'être là.

A quel point est-ce décisif d'avoir Henrik Møllgaard à vos côtés ?

C'est essentiel. Il s'y connaît en handball, mais c'est aussi une personne fantastique. On est très proches. Il se soucie des gens. C'est également un "winner", et il fera tout pour gagner. Ses valeurs, sa façon de traiter les gens avec respect, c'est positif. Il est également très proches de mes valeurs. Il est capital que lors d'une collaboration, on garantisse qu'elles soient alignées.

Comment partagez-vous les responsabilités ? 

Je suis forcément en charge de tout. Ce monde de coaching est nouveau pour lui. C'est sa première saison. Notre relation a commencé il y a plusieurs années, lorsqu'il jouait à Aalborg. C'est un bon leader, il est désormais prêt à développer ses compétences de coach. On fait tout ensemble, on trouve les solutions ensemble. Cela inclut aussi les joueurs.

Vous êtes aussi son mentor alors ?

Oui, on peut dire cela. C'est différent pour lui, il est passé de joueur à coach. Je pense qu'il est content de l'être, mais aussi surpris de tout ce qui se passe, de tout ce qu'il y a à considérer autour de l'équipe. Des choses qu'on ne peut pas remarquer en tant que joueur. Et, c'est aussi l'une des choses les plus importantes à faire en tant que coach : protéger les joueurs, permettre qu'ils se focalisent uniquement sur le jeu.

Sstefan Madsen avec Henrik Møllgaard
Sstefan Madsen avec Henrik MøllgaardPSG / (L. Valroff)

A quel point vos années à Aalborg vous ont forgé pour coacher le PSG ? 

Je pense qu'il s'agit de deux jobs différents. Mais, maintenant, c'est aussi similaire. Les progrès que nous avons faits à Aalborg, pas seulement sportifs mais aussi, en dehors du terrain, ont été réalisés très vite. C'est devenu très professionnel. On a réussi à faire ce qui se passe ici, au PSG. A Paris, on est là pour gagner. Et c'était aussi ce qui nous animait à Aalborg et en Egypte. Oui, les années à Aalborg m'ont forgé et appris à être dans un environnement avec un seul but : celui de gagner.

Et du point de vue du jeu ?

Bien sûr. Cela a aussi influencé ma tactique. C'est important de regarder le potentiel que nous avons avec l'équipe. Certains joueurs sont similaires à ceux que j'ai connu avant, et d'autres sont différents. Tu peux avoir un concept, mais tu as besoin de respecter les individualités. Oui, nous avons une base. Mais, pour moi, en tant que coach, et pour l'équipe, il faut donner aux joueurs la liberté de créer. C'est pour ça que je dis qu'il faut développer l'équipe avec eux.

Comment compareriez-vous les défis auxquels vous avez été confrontés en 2018 à ceux d'aujourd'hui, au PSG ? 

Ils sont totalement différents. Tout d'abord, parce que je suis directement passé d'assistant à coach. Cette transition est spéciale. Je n'avais jamais fait cela avant. Et, je ne pense pas que je le referai. Pas parce que je ne l'ai pas aimé cela, mais parce que même si tu essaies de ne pas changer, tu y es un peu obligé. Tu as de la personnalité et tu dois l'utiliser.

Ensuite, parce qu'à l'époque, j'avais une équipe, qui, je le pensais, pouvait devenir une top team en Europe. On ne l'était pas encore. On l'a développée. Ici, c'est différent. Je viens d'Egypte, et je reprends une équipe qui en est déjà une. C'est un top club. Il y a beaucoup d'ambition.

Pourquoi justement avoir décidé d'aller à Al-Ahly avant de revenir en Europe ?

Combien de temps avons-nous ? (rires) Avec Aalborg, au bout de six ans, on a décidé que 2024 serait ma dernière année. J'avais trois options qui s'offraient à moi. D'abord, je pouvais aider un autre top club en Europe à se développer, j'aurais été content de le faire. J'étais aussi intéressé à faire quelque chose en repartant à zéro. Monter un projet, par exemple avec de jeunes joueurs et des petits clubs. Et, finalement, il y avait aussi de tenter autre chose, faire quelque chose de totalement différent, culturellement et sportivement parlant. J'ai trouvé que la 3e option était la bonne.

Al-Ahly a frappé à ma porte. Au départ, j'étais un peu résistant. Mais, j'ai parlé avec eux, ils m'ont présenté le projet, et je me suis dit : 'ok, si je veux faire quelque chose de différent, c'est ma chance'. Je suis très content de l'avoir fait. J'ai pu former de très belles relations, rencontrer de belles personnes, et me développer personnellement, au sein d'une autre culture. La vie est vraiment différente. Quand je pense à cette année passée en Egypte, j'ai presque les larmes aux yeux. C'était fantastique."

Surtout que l'Egypte possède une grande histoire...

Je vivais proche des pyramides, je passais devant tous les jours. C'est pareil ici, quand je vais dans le centre de Paris, je suis ému. La ville est incroyable. Les monuments sont uniques. C'est extraordinaire, pour moi, d'être ici. J'aime aussi être à l'étranger. Alors, oui, ma famille me manque, mais en ce moment, mon fils est avec moi. La vie quotidienne est différente. Mais, j'ai décidé, avec ma famille, de vivre cela.

Vous avez transformé Aalborg en une équipe qui peut gagner la Ligue des champions. Combien de temps faut-il pour que le PSG marche dans ses pas ? 

Je pense que nous avons déjà le potentiel. Vraiment. Oui, c'est difficile. Mais, je ne vois pas pourquoi on ne serait pas capable de concurrencer les meilleurs. C'est vrai, tout n'a pas été dans notre sens. Cela fait partie du haut niveau. Je vois que toutes les personnes qui travaillent ici, des joueurs à l'administration, sont focalisés. Je serai content de pousser encore un peu plus pour nous rapprocher des sommets.

Stefan Madsen durant un match cette saison.
Stefan Madsen durant un match cette saison.PSG / (L. Valroff)

Comment ont été vos débuts ici ? Est-ce que vous les avez appréciés de suite, ou étiez-vous un peu déçu ?

Non, je n'ai pas été déçu du tout. Je suis vraiment content d'être là. Tout est très professionnel ici. Oui, c'est une structure plus grande que ce que j'ai connu auparavant. Et puis, il y avait tout de nouveau aussi : un nouveau staff, de nouveaux joueurs...

Je pense qu'après une demi-saison, nous avons trouvé un bon équilibre dans notre façon de travailler, et j'ai pu très bien m'intégrer ici. Les personnes à qui j'ai parlé ont été très ouvertes. Quand tu viens ici en tant que coach, tu dois respecter ce qui s'est passé. C'est incroyable ce qu'a vécu le club. J'avais mes propres idées, mais venir a tout changé. Oui, on veut toujours viser les plus grands titres. Le PSG a été proche de les remporter à plusieurs reprises. Nous avons le potentiel, on doit trouver un moyen de le convertir.

Etait-ce aussi difficile de commencer alors même que beaucoup de joueurs étaient blessés ? 

Oui, c'était dur. Mais, c'est aussi pour cela que nous avons changé des choses. Peut-être que nous l'avons fait trop vite. Je pense que maintenant, l'équilibre est trouvé dans notre manière de travailler. Tout le monde a voulu trouver des solutions. On a dû accepter que parfois, cela arrive. Les blessures surviennent, il y avait également des blessés avant que j' arrive. On a fait avec. Je suis très positif pour ce qui arrive.

Globalement, vous avez réussi. Vous êtes actuellement encore invaincu en Championnat.

On est vraiment satisfaits de notre performance en Championnat. On a presque joué parfaitement durant cette première partie de saison. Le nul contre Nantes (31-31) ... Oui, on aurait voulu le gagner, on a eu des chances de le faire. Mais... On doit aussi respecter l'adversaire. On a joué Nantes, une bonne équipe, chez elle, c'était difficile.

En Ligue des champions, c'est autre chose. Nous n'avons pas encore trouvé notre place. On a perdu des points. On a été très déçus. Cependant, je suis très positif. Je suis certain qu'on a tout pour atteindre les 1/4 de finale. A partir de là, cela sera plus simple.

Qu'est-ce qui vous a manqué ? A domicile, vous avez su résister, mais vous étiez souvent à la limite...

C'est une bonne question. On a beaucoup pensé à cela. L'équilibre de la sérénité et des relations entre les joueurs dans ces matchs couperets est très importante. Cela se joue à des détails. C'est ce qu'on a raté. Désormais, c'est différent. Quand tout le monde va rentrer de la trêve internationale, sans blessure, nous devons très vite retrouver notre rythme. Nous aurons rapidement de gros matchs à jouer.

Y-a-t-il un aspect du jeu que vous voulez développer ?

On est vraiment au haut niveau. Notre plus gros challenge a été de le trouver en 60 minutes. Sur le mois et demi dernier, on a montré qu'on a trouvé le bon équilibre. Nous sommes plus réguliers. Notre plus gros défi est actuellement de retrouver cette stabilité sur la totalité d'un match.

Concernant la relation entre les joueurs, cela doit être bien plus facile maintenant que l'équipe se connaît. 

Exactement. C'est mieux notamment du point de vue de la structure de l'équipe. Nous avons trouvé un bon équilibre entre la façon dont nous la fabriquons et dont nous faisons les ajustements.

Que pensez-vous du niveau du handball français en comparaison avec les autres ligues européennes ? 

Tout le monde parle du PSG, et oui, il y a trois grosses équipes (il ajoute Nantes et Montpellier, ndlr). Néanmoins, je pense aussi qu'il ne faut pas sous-estimer son adversaire. Si tu le fais, tu n'es pas prêt. Ce n'est pas facile de jouer les équipes de Starligue. Ce sont de bonnes équipes. C'est aussi pour cela que je suis vraiment très heureux des résultats qu'on a obtenus en Championnat. Cela se passe aussi ainsi en Allemagne, et même au Danemark, bien que certaines ligues ne suivent pas cette tendance. Mais, je pense que par exemple, en France, si tu ne fais pas attention, c'est difficile.

Assistons-nous à l'éclosion du niveau ?

Le handball devient de plus en plus intéressant. Il y a plus d'équipes au top niveau, et puis, je pense aussi aux jeunes joueurs et leur développement. C'est super de voir qu'il y a beaucoup d'équipes, notamment en France, qui se développent.

Justement, en parlant de jeunes, au PSG, il y a Wallem Peleka. Que pouvez-vous me dire sur lui ? 

Wallem est fantastique. Il a un grand potentiel. Et maintenant, il a aussi l'expérience du niveau international. Oui, il n'est pas forcément titulaire, mais il a engrangé de l'expérience.

Ici, il s'est très bien développé. Sa force est sa mobilité. Il est rapide, et il peut très bien défendre. Il est agressif, et a un bon état d'esprit. Je pense qu'il peut représenter le futur. Mais, il rate encore des situations, et il doit gagner en continuité dans un grand club comme celui-ci.

C'est donc une bonne nouvelle qu'il ait prolongé.

Totalement. Et le PSG doit en être vraiment fier.

Est-ce également important d'avoir de bons joueurs français au club ? 

Oui. C'est très important. Nous sommes une équipe française. Alors, oui, les joueurs sont internationaux, et le handball d'aujourd'hui demande à ce que ce soit ainsi, mais la culture est très importante. C'est la base de tout. Les Français qui sont là depuis plusieurs années, ils continuent de cultiver cette culture. Ils ont un grand impact sur l'équipe. Et ils doivent le conserver, ainsi que l'avoir.

Stefan Madsen et son équipe
Stefan Madsen et son équipePSG / (L. Valroff)

Certains ont perdu contre l'Allemagne à l'Euro... 

Oui, c'est une surprise. C'est vraiment dommage que la France ait perdu parce que c'est une très bonne équipe avec de grands joueurs. Mais, cela renforce ce que je disais. Le niveau européen est vraiment important. Cela se voit dans un tournoi comme celui-ci. Je ne pense pas que j'ai déjà vu cela auparavant. Tout le monde gagne et perd. La France restera néanmoins au top niveau. Cela ne change rien.

Maintenant, tout le monde doit se reposer et retravailler sur ce qui ne s'est pas bien passé. Il faut savoir garder la tête froide, et établir une stratégie pour le futur.

Croyez-vous que le Danemark peut gagner l'Euro ? 

Je n'ai jamais vu un tournoi aussi indécis. Alors, pourquoi pas. Peut-être. Tout peut arriver.