Flashscore : Votre combat est le 28 mars. Dans quel état physique êtes-vous ?
Sofiane Khati : Le combat est dans moins de deux semaines et je me sens comme d'habitude à ce moment-là de ma préparation. On attend le jour J avec impatience.
On vous a vu dans des stories sur les réseaux sociaux : vous avez été très studieux.
C'est simple : je m'entraîne comme un dingue depuis très longtemps. Depuis juillet, je travaille d'arrache-pied et je ne me suis pas relâché une fois. De toute ma carrière, je vis le moment où je suis le plus dangereux. Je parle aux sens physique et technique, mais aussi de l'expérience.
Vous affrontez Johnson Suffo. C'est une grande affiche franco-française, il n'y a pas d'évitement.
C'est clair et je tire mon chapeau à l'équipe de Johnson qui n'a pas eu peur de monter un tel combat. Ça ne va pas être facile pour lui comme pour moi. Ça va faire un très beau duel. Moi, je ne refuse jamais un combat, du moment que je suis respecté au niveau du salaire. Je ne crache sur aucun combat, on peut me ramener n'importe quel Français, je ne dirai jamais non. C'est bien d'être venu me chercher, même si je ne sais pas si un excès de confiance de leur part parce que ce sera plus dur que contre Dylan Biggs.
Dylan Biggs, c'est justement l'adversaire qui a éliminé Johnson Suffo lors du WBC Grand Prix. Il n'a plus boxé depuis, mais il a montré de belles aptitudes, même si ça restait sur des combats en 6 rounds.
Je suis plutôt un boxeur des formats 10-12 rounds. Là, il n'y aura pas de ceinture, ce sera simplement pour monter dans les classements internationaux. Je cherche une place au classement Boxrec, c'est mon premier objectif avec la victoire. Je veux me relancer et faire un bond dans le ranking mondial.
Après la décision de mettre votre victoire par KO en No-Contest contre Nathan Heaney, on imagine votre rage de revanche.
J'ai la dalle, j'ai vraiment les crocs et j'ai envie de me venger de tout ce que j'ai vécu, sur les jaloux et ceux qui ont voulu me terminer et m'enterrer. Ça n'a été que le départ de l'excellence dans ma carrière. Comme quoi... Je me suis entraîné chaque jour avec détermination et rage.
Votre retour dans le ring a été bref puisque vous avez gagné en une seule reprise.
J'avais carrément oublié ce combat, tellement j'ai été déçu de l'adversaire que j'ai eu en face de moi. Franchement, je pensais avoir quelqu'un de plus solide, c'est comme s'il n'y avait rien eu. Cela dit, j'ai boxé devant mon public mais je ne sais même pas si ça leur a plu.
Vous êtes dans le Top 150 aujourd'hui mais avez-vous aussi une ambition continentale ?
Pour l'instant, ce n'est pas pour moi. Pour viser ce genre de ceinture, il faut des mecs qui aient envie de miser sur moi en France et investissent, dans un gros gala, avec un gros titre. Ce n'est pas mon cas. J'ai entendu beaucoup de choses, des promesses, mais je n'ai encore rien vu. Vraiment, mon objectif, c'est de grimper dans le classement Boxrec parce qu'ensuite tu es approché par de grosses stars et derrière, tu peux faire un braquage. J'ai l'expérience, je sais comment ça se passe : aux alentours de la 90e place, on t'appelle. Mon téléphone sonne toute l'année, on m'a proposé des pépites. J'ai toujours accepté mais après, ils font le tri dans les adversaires et ils piochent celui qu'ils veulent. Je veux répondre aux propositions des grosses promotions et montré que je ne suis pas un cadeau.
Il n'est pas toujours simple d'analyser ses adversaires mais concernant Johnson Suffo, il n'a pas été compliqué de trouver ses derniers combats. C'est un avantage ?
Bien sûr, on a un max d'images et on sait déjà à peu près comme ça peut se passer. On sait comment il boxe, ce qu'il aime faire. C'est toujours bon de savoir ces choses-là.
Vous faites le Ramadan. Comment fait-on pour vivre sa foi en même temps qu'une préparation aussi difficile ?
Je suis totalement habitué à ça. Sans même parler de religion, le jeûne a des bienfaits incroyables et il fait découvrir ou redécouvrir des choses à ton corps. C'est simple : toutes mes meilleures performances ont été réalisées pendant le Ramadan. Il y a des questions à se poser (rires).
Beaucoup de sportifs musulmans disent la même chose que vous.
Je vous promets que c'est incroyable. Je conseille à chacun de faire un jeûne pendant ne serait-ce qu'une semaine pour le vérifier. Le combat où j'ai cassé la tête de Gary O'Sullivan en Irlande, c'était lors de la deuxième ou troisième semaine du Ramadan. On est en boxe quand même donc après la pesée j'ai bien mangé mais j'ai sorti une performance incroyable sur 8 rounds pendant laquelle il n'a pas vu le jour. Cette performance-là, elle venait du fait que j'avais jeûné avant.
Justement, au niveau du poids, vous en êtes où ?
Je vais beaucoup le yo-yo, mais j'y arrive tranquillement. Quand j'arrive à 74kg, je descends vite à 72 kg et je reprends aussi sec. Je suis propre à ce niveau-là.
Vous êtes mordu de l'entraînement : vous avez beaucoup sparré ?
J'en ai pris pas mal, ils ne sont pas connus ou médiatisé mais j'ai pris de très bons jeunes professionnels et amateurs qu'on a aligné à 4 ou 5 avec un changement toutes les 1'30-2'. C'était très éprouvant mais je cadre bien le truc pour ne pas faire de surentraînement et bien me reposer. Il ne faut pas oublier qu'à cette période de préparation, à deux ou trois semaines du combat, on peut ressentir une grosse baisse de régime, avec de la fatigue et des doutes. Des stars comme Mike Tyson ou Tyson Fury l'ont dit d'ailleurs. Mais c'est un stade logique, c'est ce qui doit se passer. Arrivé à ce stade-là, il ne faut pas se faire avoir parce que le pic de forme revient la semaine suivante. Et se sentir bien trop tôt, ça peut te tromper aussi. Mais quand tu prends de l'expérience, tu n'as plus de doute. Justement, si tu es comme ça avec ton corps, c'est que tu es sur le bon chemin et que la forme va remonter très vite.
