Interview Flashscore - Sepp Kuss : "Sur la Vuelta, nous n’étions que des pions dans un jeu politique"

Sepp Kuss
Sepp KussAFP

Sepp Kuss (Durango, Colorado, 1994) est l’un des grands porte-drapeaux de Visma | Lease a Bike. Vainqueur de la Vuelta en 2023, il a terminé septième lors de la dernière édition. En 2025, il a également pris la 17e place du Tour. L’Américain parle un espagnol remarquable, qu’il a appris grâce à sa résidence en Espagne et à son mariage avec la cycliste Noemí Ferré. Lors du media day de l’équipe néerlandaise, il a accordé un entretien exclusif à Flashscore.

Flashscore : Vous êtes Américain, mais vous entretenez un lien fort avec l’Espagne. Quelles impressions avez-vous eues lors de ce stage que Visma | Lease a Bike a organisé dans la province d’Alicante, à La Nucía ?

Sepp Kuss : Les sensations sont bonnes. Nous venons de commencer et il reste encore deux semaines d’entraînement avec l’équipe, mais c’est toujours agréable d’être avec le groupe et de faire connaissance avec les nouveaux coureurs. Pour la saison qui débute, tout se passe bien. J’ai hâte de voir comment les nouveaux s’intègrent et comment ils se sentent dans l’équipe. Je suis aussi curieux de découvrir les objectifs un peu différents que nous avons cette année, notamment sur les grands tours en ce qui me concerne.

Quels sont vos objectifs pour 2026 ?

Les Grands Tours. L’idée, c’est d’apporter un maximum de soutien à Jonas Vingegaard, d’abord sur le Giro puis on verra. Après avoir couru en Italie, je déciderai si je fais le Tour ou si je participe à la Vuelta.

Si vous choisissez de revenir sur la Vuelta, que faudrait-il pour revivre ce qui s’est passé en 2023 ?

J’en garde uniquement de très bons souvenirs. Je me sentais bien à chaque étape, je pouvais bien récupérer d’un jour à l’autre et je pense que c’est le plus important. Être en bonne santé sur chaque course et bien récupérer. Et puis, il faut savoir profiter, savourer chaque étape pour donner le meilleur de soi-même et arriver frais le lendemain.

Pensez-vous que la Vuelta retrouvera son cours normal cette année, après une édition 2025 marquée par de nombreux incidents extra-sportifs ?

Oui, je l’espère. Car au final, sur la Vuelta, nous n’étions que des pions dans un jeu politique. C’était triste de voir la Vuelta impactée par cela. Personne ne parlait de cyclisme, c’était vraiment dommage. Mais cette année, je pense que tout se passera bien, que tout sera plus ou moins normal et qu’on n’aura pas à craindre une répétition de l’an passé.

Rêvez-vous de la gagner une deuxième fois un jour ?

Oui, bien sûr. J’aimerais beaucoup, mais je sais que c’est très difficile. Il y a beaucoup d’adversaires de très haut niveau, comme toujours, et le parcours est vraiment exigeant.

Sepp Kuss, répondant à Flashscore lors du Media Day de Visma à La Nucía (Alicante)
Sepp Kuss, répondant à Flashscore lors du Media Day de Visma à La Nucía (Alicante)David Olivares

Vous venez d’un pays comme les États-Unis, qui n’a pas ou n’avait pas une grande tradition cycliste, à part Lance Armstrong et à une époque Andrew Hampsten. Comment vous est venue la passion pour le cyclisme ?

Je viens d’un village où le cyclisme et les sports de montagne sont très présents. Pour moi, tous ces sports étaient facilement accessibles. J’ai grandi en faisant beaucoup de VTT. En revanche, je n’ai commencé le vélo de route que plus tard, à l’université. Mais c’est vrai qu’aux États-Unis, il n’y a pas la même culture qu’en Espagne, où l’on regarde chaque jour le Tour de France ou la Vuelta à la télévision. Il n’y a pas cette culture, ce qui rend plus difficile pour les Américains d’avoir des idoles dans ce sport.

Donc, vous n’aviez pas de modèle en cyclisme sur route quand vous étiez enfant ?

Non, je suivais quelques vététistes de mon village, mais c’est tout. Je n’étais pas vraiment du genre à suivre un coureur ou à avoir des idoles comme Armstrong ou d’autres.

Vous parlez un excellent espagnol, quand avez-vous eu votre premier contact avec l’Espagne ?

Quand j’ai déménagé en Espagne et que j’ai commencé ma carrière professionnelle. C’était en 2018. 

Vous avez remporté la Vuelta en 2023, une année historique pour Visma puisque les Néerlandais ont monopolisé le podium (Vingegaard deuxième à Madrid, Roglic troisième) et remporté les trois Grands Tours (le Danois s’est imposé sur le Tour, le Slovène sur le Giro). Qu’est-ce qui rend la Vuelta si spéciale par rapport aux autres courses ?

Pour moi, c’est la géographie de l’Espagne. Elle offre des routes très intéressantes, variées, exigeantes, et il y a toujours beaucoup de cols et de zones montagneuses. Sur une Vuelta, on passe souvent par la montagne et, pour moi qui suis grimpeur, c’est un vrai atout. Et puis il y a le public, qui est vraiment particulier. Il respecte beaucoup les coureurs, c’est un public très proche et cela donne à la Vuelta une atmosphère et une chaleur uniques. L’ambiance est toujours bonne, ce qui permet aux coureurs d’évoluer de façon détendue tout en prenant du plaisir.