Interview Flashscore - Matteo Moschetti : "Le Tour, c'est l'un de mes rêves"

Matteo Moschetti
Matteo MoschettiTOM GOYVAERTS / BELGA / AFP

Matteo Moschetti a beau être Italien, son français est impeccable. Habitué des bons débuts de saison, le Lombard s'est posé avec Flashscore pour évoquer l'évolution de l'équipe Pinarello-Q36.5 dont il est un vétéran et son envie de disputer le Tour de France l'été prochain. Troisième dimanche de la Clásica Almería qu'il avait remportée en 2023, le sprinteur est déjà très en forme.

Flashscore : Vous allez avoir 30 ans, ce n'est pas votre première pré-saison. Comment faites-vous pour garder la motivation pendant l'hiver ? 

Matteo Moschetti : À chaque coupure, il y a cette envie, cette sensation de nouveau départ, surtout qu'il y a pas mal de changements dans l'équipe. Ça donne beaucoup de motivation, l'équipe grandit et on a des objectifs importants. L'hiver, c'est la base pour bien préparer la saison. Je ne sais pas pourquoi mais le début de saison me réussit bien. C'est un facteur supplémentaire. J'aime bien rouler et m'entraîner mais je suis aussi un compétiteur et c'est pour ça que je donne mon meilleur pendant l'hiver. 

Quand vous êtes arrivé dans l'équipe, est-ce que vous vous attendiez à une telle progression ? 

En 2023, c'est une équipe toute neuve, même si je savais que le patron était très ambitieux. On a fait de bons pas chaque année. La saison dernière, on a franchi un cap, notamment avec l'arrivée de Tom Pidcock et son podium sur la Vuelta. 

En 2023, vous remportez la Clásica de Almería alors que vous venez d'arriver. Ça relance votre carrière ?

Ça a été une victoire importante pour moi et pour l'équipe. S'imposer dès la deuxième ou troisième, ça a signé notre départ commun. Ça représente quelque chose. 

Mentalement, y avait-il un besoin de trouver une équipe qui partait de zéro ? 

Oui, mais il faut dire que l'équipe de départ a montré tout de suite qu'elle croyait en moi. C'était chouette de le leur rendre avec un succès. Ce n'est pas "mon" équipe mais ça me fait plaisir de voir qu'elle évolue et moi aussi dans le même temps. 

Vous êtes revenu sur le Giro. Cette année, gagner une étape sur un Grand Tour est un objectif affiché ?

Ça faisait 4 ans que je n'avais pas disputé un Grand Tour et même s'il y avait des attentes autour de moi, je suis arrivé un peu juste en termes de préparation. J'avais bien débuté, j'avais beaucoup d'envie mais je n'étais pas au top. Cette année, on a la chance de savoir qu'on est invité sur les trois Grand Tours, on connaît les parcours et les directeurs sportifs préparent les programmes. C'est sûr que c'est un objectif de ma carrière. 

Vous aurez un poisson-pilote ? 

L'idée, ce serait d'avoir un petit groupe, deux coureurs toujours à mes côtés. Mais ce n'est jamais si simple, en fonction des courses, des états de forme. 

On repart sur un cycle de 3 ans pour les points UCI. Pour les équipes, avoir des sprinteurs aidés de gregarios est essentiel. Ça met un surplus de pression ?

Je ne veux pas faire un discours bidon, en disant qu'on se focalise sur les victoires. Toutes les équipes y pensent. Il faut faire de bons résultats. Évidemment, il faut aussi savoir choisir. Une course d'un jour rapporte plus de points qu'une étape sur une course d'une semaine. Mais c'est le raisonnement de l'équipe. Moi, c'est gagner, faire des podiums qui me motivent, pas faire 1000 ou 1500 points. 

Vous en pensez quoi de ce système ?

Il est clair mais il n'est pas forcément juste. Les courses d'un jour rapportent beaucoup et gagner une étape sur du gros niveau, c'est le même effort. Le réglement est comme ça, on l'accepte et on fait avec, comme tout le monde. 

Irez-vous sur des classiques ou des semi-classiques belges ? 

Les semi-classiques belges, je peux jouer mes cartes. Sur Paris-Roubaix, c'est plus le coeur et l'envie. L'an dernier, j'étais en Belgique parce qu'on avait moins de coureurs en raison des chutes. Ces courses me fascinent, en gagner une serait mon rêve. On ne peut pas tout prévoir car il y a beaucoup de paramètres et faire un Top 10 peut arriver. Ça ne peut pas être mon objectif mais Paris-Roubaix est une course que j'aime beaucoup. 

Pourquoi les Italiens ont une telle adoration pour le vélo ?

Le cyclisme est un sport populaire, qui passe en bas de la rue. L'Italie est liée aux coureurs et aux courses... qui sont parfois trop dures pour moi (rires). C'est un sport dur, de sacrifices et ce sont des valeurs qui incarnent le pays. On a de très beaux paysages pour faire des courses. 

En France, les courses de jeunes disparaissent. Est-ce que cela se vérifie aussi en Italie ? 

Malheureusement, c'est un problème commun. Ce n'est pas qu'organiser, c'est aussi au niveau des équipes qui ont de moins en moins les moyens et jeunes. Si j'étais père de famille, je serais content qu'il fasse du vélo mais je serais aussi inquiet de le voir partir sur les routes à cause des accidents. 

Allez-vous découvrir le Tour de France ? 

(Rires) Vous le savez, le Tour c'est LA course, il ne faut pas le cacher et ce sera très important pour nous car ce sera notre premier et on est invité. C'est un de mes rêves de participer et encore plus de gagner une étape. Mais il faut être raisonnable et voir avec l'équipe quelle serait la meilleure solution pour moi. 

On imagine que l'arrivée à Montjuïc plaît à Pidcock. 

Tom a montré qu'il pouvait faire un podium sur un Grand Tour et de gagner des étapes. Je ne sais pas quel sera son programme pour le moment. L'équipe évaluera ce qu'il y a de mieux pour la suite. 

Pinarello-Q36.5 a recruté Sam Bennett ou encore Mark Donovan. Êtes-vous le sprinteur nº1 ou les cartes sont rebattues ? 

Il n'y a pas forcément un numéro 1. J'ai montré de belles choses l'année passée, j'ai de nombreux objectifs. Après, le calendrier est tellement rempli, avec tellement de courses, c'est très bien de se partager les opportunités. Bennett a un sacré palmarès, j'ai beaucoup de respect pour lui et je vais apprendre avec lui. Même s'il n'a pas fait de grandes saisons dernièrement, il a toujours envie de prouver. Et puis il y a des jeunes qui arrivent, comme Emmanuel Houcou. Nous sommes tous à des stades différents de nos carrières, c'est intéressant.