Flashscore : Vous allez ouvrir votre propre salle de boxe ?
Marine Beauchamp : J'ai toujours été nomade. À 21 ans, je suis partie deux ans à New York et quand je suis rentrée en France, je n'ai pas trouvé d'endroit où me poser. Comme beaucoup de boxeurs, si ça ne matche pas avec le coach, on part même si on veut être loyal. J'ai bougé pendant 5-6 ans et je n'ai pas trouvé "mon" lieu. Après ce titre européen, je voulais créer mon espace. J'étais coach sur la Côte d'Azur depuis 4 ans, je me suis dit que c'était le moment. C'est dans l'est lyonnais. Ce sera une salle privée, accessible à tous, pour partager, avec de la boxe thérapie, des cours pour enfants. Je danse beaucoup et je veux apporter cette touche, avec des cours de salsa boxe. J'inclurai aussi des cours de danse, des événements le weekend avec des groupes mexicains et cubains pour le côté festif.
Lyon a une grosse densité de grands boxeurs.
C'est vrai et depuis longtemps avec Hacine Chérifi, les frères Tiozzo ou maintenant avec Leonardo Mosquea et Elhem Mekhaled. Je suis de Villeurbanne, je suis partie il y a 12 ans et je viens de revenir. Je trouve que c'est un bon choix... mis à part le climat (rires).
Une salle privée, c'est la meilleure solution par rapport à un club associatif ?
J'ai fait le choix parce que je coachais beaucoup sur la Riviera et il y avait une clientèle haut de gamme qui ne voulait pas aller dans les salles municipales et recherchait quelque chose de plus premium. Je ne donne des cours qu'à 14 personnes au maximum, il y a beaucoup de boxe sans impact pour apprendre les bases et les mouvements sans se faire mal. Les cours pour enfants seront à des tarifs associatifs mais légèrement plus élevés car je veux que ce soit des cours bilingues. Aux États-Unis, j'ai eu des leçons en anglais et j'avais un coach portoricain qui ne me parlait qu'en espagnol alors que je n'en parlais pas un mot au départ. Je me suis dit que ce serait bien qu'à chaque cours, les enfants repartent avec 5 mots liés à la boxe en anglais et en espagnol.
Qu'est-ce que vous appelez la boxe thérapie ?
Ce sont des séances de boxe axées sur la coordination et la condition physique destinés à prendre de la confiance en soi et à extérioriser. Taper, apprendre à se défendre donne confiance. Moi, j'ai voulu apprendre trop vite et il m'a parfois manqué de la technique et ça m'a un peu freiné. Toute cette base à apprendre, sans traumatisme car les coups peuvent crisper.
Vous avez effectué vos débuts aux États-Unis ?
Mes dix premiers combats amateurs ont été là-bas, j'ai fait les demi-finales des Golden Gloves en 2015 et j'ai eu 3 ceintures amateurs. En fait, j'ai étudié le marketing à Genève et à la fin de ma licence, j'avais prévu de partir aux États-Unis pour être complètement bilingue. J'étais fille au pair et je voulais faire du MMA. Avant, j'avais fait 10 ans d'athlétisme à haut niveau mais le côté show du MMA me plaisait plus. Normalement, il fallait attendre un an pour combattre mais j'ai tellement gonflé mon coach qu'il m'a inscrit à un combat de kick-boxing. J'ai gagné par KO en 30 secondes uniquement avec les poings. Pareil pour mon deuxième combat, au troisième round. Donc là, je suis partie en anglaise. L'Equipe de France m'a appelé parce qu'elle cherchait une fille dans ma catégorie. À l'époque, j'habitais à New York, j'avais une suite et un 4x4 et on me proposait une chambre partagée à l'INSEP avec 700€ par mois. Ça ne m'a pas fait rêver (rires). Donc pendant un an, j'ai été externe : je faisais les stages et je travaillais comme commerciale pour gagner ma vie. Et en début de COVID, j'ai décidé de passer pro.
Emma Gongora a aussi débuté par l'athlétisme, notamment en 400m haies.
Moi c'était de l'heptathlon avant de faire 3 ans de perche. Avec Emma, on se connaît depuis cette époque. On a des poids trop différents donc on ne peut pas sparrer mais on s'est déjà entraînée ensemble.
Beaucoup de boxeuses commencent par le kick-boxing, comme Anne-Sophie Mathis.
Je n'en ai fait que 3-4 mois. Je pensais d'abord au MMA mais je n'ai pas aimé l'apprentissage du ju-jitsu. En kick, j'avais des bleus, je ne pouvais plus marcher. Je ne peux pas vraiment dire que j'ai commencé par ça parce que je n'ai pas apprécié et encore moins excellé.
Est-ce que votre salle peut avoir vocation à centraliser les forces vives pour organiser des camps d'entraînement ?
Lors de mon dernier combat, j'ai pris une maison en Ardèche pour 3 mois, j'ai fait venir un sparring mexicain et pendant les 2 derniers mois, j'organisais des sparrings le samedi avec des boxeurs et des boxeuses qui ressemblaient à mon adversaire. Il y avait Lilia Cherifi qui m'a beaucoup aidé avec son père pendant les 5 dernières semaines. Je voulais me mettre dans les conditions du combat. Donc à 20 heures, je faisais 10 rounds, avec 2 ou 3 sparrings en mode 6+4 ou 6+2+2. Comme mon sparring boxait aussi lors de la même soirée, il a aussi amené des boxeurs et on a fini par faire un tournoi à 20. J'aimerais bien organiser de petits événements, en privatif ou avec un peu de public. Après, je n'ai qu'un ring de 3,5m. Mais ça fait le taf pour de petits sparrings. Je ferai peut-être aussi des stages. Comme je suis dans une zone commerciale, je vais aussi faire des créneaux réservés aux entreprises. Même des gendarmes sont intéressés !
Vous êtes montée de catégorie pour devenir championne d'Europe, avec deux défaites en décision partagée en welters.
J'ai perdu contre Dee Allen, 8e mondiale à l'époque, elle me fait tomber à la 1re mais je vais à la décision alors qu'elle gagnait toujours pas KO. Contre Kirstie Bavington, je savais qu'elle mettait plein de coups et passait son temps à avancer. Je n'étais pas dans un bon moment personnel et ce combat m'a miné, avec notamment des problèmes pour faire le poids. Quand j'ai eu l'opportunité de faire un troisième championnat d'Europe, j'ai eu le choix en welters et super-welters. Je suis allée au-dessus, contre Andrea Gomiero. J'ai bien fait parce que je suis sentie super bien. Au 5e, je la fais tomber et physiquement, j'étais très bien parce que j'ai fait une préparation à 72kg et j'ai juste eu à cutter avec de la sudation avant la pesée. Quand le poids de forme te convient, c'est là où tu te sens le plus fort. Avant, je mettais mon corps à trop rude épreuve, c'était dangereux. Et là, j'ai fait mentir l'adage "jamais deux sans trois".
L'expression espagnole est beaucoup plus optimiste : "la tercera la vencida".
La troisième est la bonne ! C'est vrai que je préfère ça (rires). Je me donnais une dernière chance parce que si je perdais, j'allais mal le vivre. Et donc je pensais déjà à ouvrir ma salle. Là, ça fait 3 mois que je suis dans les travaux. Et on me propose un WBC Silver ! Il faut que je trouve un nouvel organisateur. Et puis finalement s'ajoute une demi-finale mondiale pour affronter Mikaela Mayer! Je suis en négociation avec l'adversaire dont je révèlerai le nom le mois prochain. Rien n'est encore signé mais ça serait à l'étranger.
La densité chez les femmes en France est manifeste mais la médiatisation reste faible.
On a peut-être été trop humbles. Cela dit, Rima Ayadi a été très forte, elle a fait venir RMC et s'est mise en monde businesswoman en organisant son gala. Elle a pris un vrai risque contre Elif Nur Turhan (devenue depuis championne du monde IBF des légères, ndlr). Les boxeuses doivent se mettre en avant dans leur communication, parce qu'on doit connaître des boxeuses comme Ségolène Lefebvre ou Flora Pili.
La passion de la danse, c'est venu avant ou après la boxe ?
Avant ! Quand j'étais plus jeune, mon père ne voulait pas que je sorte avec mes copines qui avaient le droit d'aller en boîte. Je l'ai saoulé avec ça et un jour il m'a dit : "tu veux danser, alors on va danser". Il m'a amené dans un bar latino dont on lui avait parlé. Pendant qu'il était au bar (rires), je me suis retrouvée à 17 ans avec des hommes de 40-50 ans mais je me prends au jeu, on m'apprend les bases et j'adore. J'ai regardé des vidéos pour m'améliorer et c'est devenu une passion. Et à New York, avec la population latina, je sortais tous les weekends pour danser.
C'est devenu votre marque quand vous montez dans le ring
Il ne faut pas l'inventer mais il faut trouver quelque chose qui te ressemble. Au début, mes coaches voulaient étouffer cet aspect de ma personnalité mais mes meilleurs combats, c'est quand je me suis éclatée, sans frustration. C'est comme ça que je gère mon stress. Mon état d'esprit doit être relax, j'aime être avec mon équipe, rigoler, danser. C'est ça qui me donne une mentalité de gagnante.
