Interview Flashscore - Lauryne Brankaer : "Les combats ne se ressemblent jamais"

Lauryne Brankaer
Lauryne Brankaer @lauryne.bkr

À 24 ans, Lauryne Brankaer mène de front ses études de médecine et sa carrière de boxeuse. Le 7 février, elle tentera de décrocher la ceinture WBC Youth des super-mouches contre la Ghanéenne Leticia Amanua Ankrah. Pour Flashscore, elle raconte ce double sacerdoce passionnant.

Flashscore : Vous avez 24 ans, comment êtes-vous arrivée à la boxe de haut niveau ?

Lauryne Brankaer : J'ai commencé parce que mon père était un ancien boxeur et il a voulu reprendre alors qu'il avait environ 50 ans. Au bout d'un moment, il m'a amené avec lui à la salle et je n'en suis jamais repartie (sourire). Je suis de Belleville-sur-Cher, je suis partie à Tours pour mes études et j'ai pris une licence l'an dernier avec le club de Châteauroux. 

Vous allez disputer votre combat contre Leticia Amanua Ankrah sur la même carte qu'Ephrem Bariko, dont la victoire contre Keanu Klose en décembre dernier a été sacrée combat franco-français de l'année. C'est un gala qui sera relevé

Pour avoir vu le combat d'Ephrem en vrai, ça valait le coup, il n'a pas été pour rien ! C'est une grosse soirée qui s'annonce. 

Ce sera votre troisième tentative pour remporter cette ceinture. Vous avez fait match nul à deux reprises contre la Vénézuélienne Yohandri Rondón. Malgré le résultat, vous êtes sortie satisfaite de vos performances ?

J'étais hyper satisfaite, c'étaient mes deux meilleurs combats professionnels, en termes de technique, de mise en place d'efforts et de forme physique. C'est là où j'ai le plus performer et ce sont des vidéos que j'adore regarder, c'est vraiment magnifique. Avec le recul, sans parler de la décision, techniquement parlant c'était vraiment beau. 

Les Sud-Américaines ont la réputation d'être d'excellentes frappeuses.

Ah oui, elle cognait bien, je l'ai senti dès le début. Elle m'a surprise, je ne m'attendais pas à ça. Sur le premier combat, je me suis faite surprendre sur les deux premiers rounds. Le deuxième, je ne comprends toujours pas la décision. 

Justement, on a souvent l'impression que les Français sont souvent battus d'avance à l'étranger mais qu'ils n'ont pas une forme de protection à domicile. 

Je me suis vue gagner sur les deux combats. Avec du recul, je peux comprendre le nul à la fin du premier. Sur le deuxième, je ne comprends toujours pas. Je l'ai revu 4 ou 5 fois, pour moi je gagne 7 rounds sur 8. Et c'est l'arbitre français qui a mis mon adversaire gagnante ! Ça reste frustrant. 

Est-ce que vous analysez vos adversaires ou est-ce que vous laissez ça à votre équipe ?

On regarde chacun de notre côté mais je demande toujours des avis extérieurs. J'ai ma vision mais elle n'est pas toujours objective. Les combats de mes adversaires, je ne les regarde pas avec une grande attention parce que les combats ne se ressemblent jamais. Je l'ai vu avec la Vénézuélienne, je ne m'attendais pas à ça et elle m'a causé beaucoup plus de difficultés que ce que j'avais prévu. Je me suis faite mon idée mais je ne sous-estime jamais. Je fais mon travail en me disant qu'elle sera très forte, comme ça je suis préparée à tout. 

La sur-préparation peut-elle faire "déboxer" en quelque sorte ?

Je ne mets pas une stratégie très fixe en place. Ce sont surtout le cardio et le physique que je travaille. Je donne beaucoup car le jour du combat, je suis prête pour donner plus. Ce que je mets en place se traduit plutôt au fil des rounds. 

Vous avez eu des échéances rapprochées avec 3 combats en 3 mois. Et à côté de ça, vous faites des études de médecine. Comment parvenez-vous à tout mener de front avec des activités aussi prenantes et difficiles ? Ce sont deux sacerdoces finalement. 

L'année dernière, je préparais mes écrits pour le concours de l'internat qui avait lieu en octobre. Donc dès le mois de juin, j'étais en révision. On s'était mis d'accord avec mon entraîneur : à partir de mai, je ne faisais plus de combat. Donc j'ai enchaîné avant. Après, il y a eu cette pause que j'avais décidé et qui, de toutes manières, devenait forcée parce que je me suis cassée la main contre Gemma Ruegg (victoire par décision unanime en 8 rounds en mai, ndlr). Je suis entre deux concours donc là j'ai pu reprendre comme il le fallait, avant de reprendre les cours. 

Yann Schrub a été 12e des JO de Paris sur 5.000m en mettant de côté ses études de médecine en 2022 après avoir validé sa 8e année. Est-ce que les sports difficiles, qui nécessitent beaucoup de préparation et de souffrance, sont liées à la difficulté des études ?

Je ne sais pas si c'est lié mais la médecine demande tellement d'exigence, on retrouve ça dans nos sports. Évidemment, c'est compliqué de faire les deux mais cette rigueur, tu la répercutes des deux côtés. Ça peut s'entraider et je le ressens comme ça en tous cas. 

Vous n'avez eu besoin de personne pour faire le diagnostic de votre main !

(Rires) C'est un peu ça, oui ! Mais je n'ai pas été bien prise en charge et j'ai encore de petites séquelles. Un de mes doigts n'est pas bien remis en place. J'aurais dû être opérée car c'était cassé et déplacé mais on m'a donné un rendez-vous trop tard... alors on a laissé comme ça. Je n'ai pas de douleurs, aux entraînements, je n'ai pas mal. C'est juste esthétiquement parlant que c'est désagréable. 

On a quand même du mal à croire que vos journées font aussi 24 heures ! 

Le pire, c'est que je n'ai pas l'impression de trop combler mes journées. Je suis comme tout le monde, mon temps d'écran sur le téléphone est énorme. Je pense que je m'organise bien et que j'ai des facilités pour apprendre et retenir les choses. Et puis j'aime ce que je fais, en médecine comme en boxe parce que ça fait 12 ans que je m'entraîne. À un moment, les entraînements se font plus facilement parce que je sais pourquoi j'y vais et je me donne à fond. 

Dans le sport de haut niveau, on constate d'une manière générale que les femmes poussent leurs études plus loin que les hommes. 

Je ne sais pas si c'est une nécessité mais c'est vrai que la boxe féminine en France ne suffit pas. En ce qui me concerne, j'ai toujours voulu être médecin et la boxe est arrivée bien après. La question ne s'est jamais posée. J'ai déjà mis la boxe de côté en première année, c'est un plus et tant que je peux la garder je la garde. 

Vous allez entrer à l'internat, une période essentielle dans votre parcours professionnel. Quel domaine sera privilégié, surtout si vous remportez la WBC Youth ?

C'est déjà tout réfléchi depuis mon entrée en médecine. J'ai déjà mis la boxe de côté et je le referai s'il le faut. Il y a 3 ans, je me disais que je ne pourrai pas cumuler avec l'externat... et ça s'est très bien passé. J'ai validé mon concours et je suis satisfaite de ce que j'ai fait parce que j'ai fait des combats et des titres. Tant que je peux continuer, je le fais, et si ce n'est plus possible, j'arrêterai avant de reprendre après l'internat. On verra (sourire). 

La boxe est-elle cathartique pour vous, après avoir eu des gardes longues et stressantes pour être moins dans l'empathie de votre profession ? 

C'est possible, mais je ne me suis jamais posée la question si j'allais faire trop mal pendant un combat (rires). Les entraînements me sont nécessaires, sinon ce n'est pas la même motivation dans le travail. 

La boxe féminine française actuelle a beaucoup de leaders, constatez-vous un élan parmi vous ? 

Ça se médiatise de plus en plus et on peut le voir avec Fight Nation qui diffuse de plus en plus de combats féminins, avec Victoire Piteau et Émilie Sonvico le même soir et pour de grands titres. Mon regard est peut-être biaisé car c'est mon milieu mais j'ai l'impression que ça monte. 

C'est plus difficile de trouver des sparrings chez les femmes, comment travaillez-vous en opposition ?

Il y a assez peu de filles de mon poids dans la région Centre. Dans mon club, je travaille surtout avec des juniors de 57-60kg et j'ai la chance d'être en couple avec un homme qui fait aux alentours des 60kg et qui boxe à bon niveau. Je sparre quasiment toutes les semaines avec lui. Boxer avec des hommes plus lourds, ça permet de bien travailler et de mieux encaisser. 

Comment voyez-vous 2026 en cas de conquête de la ceinture WBC Youth ? 

Je sais que je suis challengeuse pour le championnat d'Europe EBU et je suis en attente d'une date à brève échéance. Ça devrait se faire et ce serait un bon point d'avoir les ceintures (sourire). Après, je ne sais pas ce qui pourrait s'ouvrir mais c'est déjà trop loin pour moi et je ne me projète pas. Si je peux faire 4 combats ce serait très bien. En juin, j'ai les ECOS (Examens Cliniques Objectifs Structurés, ndlr), la partie pratique orale du concours de l'internat et en novembre je passe en internat, donc ce sera chargé.