Flashscore : Comment vous est venue la volonté d'organiser des galas, tout en étant boxeur professionnel ?
Lancelot de la Chapelle : En 2023, j'avais organisé et boxé. On avait fait un super show, j'étais même entré à cheval ! Ça m'a plu alors je me suis dit que j'allais réitérer. Comme dans tout, il faut de l'expérience. Le premier gala s'est bien passé mais il y avait des choses qui n'allaient pas. Alors on va faire en sorte de gommer ces petits détails et que je m'améliore.
Ce sera ce samedi à la Kindarena de Rouen. Boxer dans une soirée qu'on organise, c'est quasiment impossible ?
C'est l'horreur. Je l'ai fait une fois mais je ne referai plus jamais. Vraiment. J'ai été proche du burn out. J'ai eu toutes les retombées et les retours de tout ce qui n'avait pas été, je n'ai pas du tout profité de ma victoire. J'aurais perdu, c'était la même chose. Psychologiquement, c'était dur.
>>> Le lien de la billetterie est à retrouver ici
Avec trois ans de recul, quels sont les axes améliorables ?
Pour être complètement transparent, on avait organisé dans la grande salle de la Kindarena qui fait 5 000 places et j'ai voulu faire le conquérant, en pensant que j'allais remplir facilement, surtout qu'on avait Médine comme parrain. Et... pas du tout. On a du monde mais pas assez et on a eu un déficit de 17 000 €. Et quand tu as 25 ans, que tu as un trou de 17 000 balles, que les boxeurs t'appellent pour te dire qu'ils n'ont pas encore été payés, tu te sens bien c.. et bien comme une m.... Pas parce que tu es un truand, mais parce que tu ne sais pas comment tu vas faire. Va dormir avec ça...
Un sujet est souvent soulevé par les organisateurs en France : le prix du billet. Or il faut payer ses frais mais aussi les bourses des boxeurs. Il y a une pédagogie à faire ?
Je n'ai eu qu'une personne qui m'a fait la remarque. Pour la Nuit des Combattants au Zenith de Caen la semaine prochaine, il n'y a pas une place sous les 40-50 €. Moi, c'est 25 €. Aujourd'hui tout est cher. Par exemple, rien que pour acheter des Kinder Bueno pour la buvette, c'est 500 €. Ça en fait des billets à vendre ! Il faut s'en rendre compte. La boxe a du mal à attirer un grand public. À Rouen, le MMA remplit plus facilement que la boxe anglaise.
De plus en plus de réunions mélangent les disciplines : MMA, boxe, kick-boxing.
Je voulais faire MMA et boxe lors de mon premier gala. Mais cela engendrait de gros frais supplémentaires, entre la cage, les arbitres... Et puis c'était aussi une autre fédération. C'est intéressant de faire ce mélange, la Nuit des Combattants fera ça d'ailleurs, mais ce n'est pas facile.
Organiser est-il devenu une forme d'obligation pour les boxeurs ?
Une obligation, je ne sais pas parce que tout le monde n'a pas envie de le faire. Je parle pour moi, mais j'essaie de diversifier ce que je peux faire. Lors de la première édition, j'ai aimé ce côté management, chercher des solutions. C'était dur, très prenant et stressant, surtout que je boxais, et ce n'est pas donné à tout le monde parce que c'est psychologiquement dur et il faut garder la tête hors de l'eau. Ça fait des journées longues. À moins d'une semaine du gala, j'ai fait une journée qui a commencé à 6h du matin et qui a fini à 23h30. Et si tu fais une boulette, c'est la tienne. Il faut tout gérer et c'est très difficile.
Vous avez fait des études liées à l'événementiel ?
Pas du tout. Je voulais juste organiser une réunion et j'ai contacté la première agence de communication en Normandie que j'ai trouvée, Dynamicom à Pont-L'Évêque. J'ai expliqué mon projet et c'est parti comme ça. J'apprends toujours. C'est un événement de boxe, j'ai quand même des bases. Il y a des choses sur lesquelles je suis compétent, et d'autres où je le suis moins. Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir une très bonne équipe qui m'aide énormément. Sans elle, ce serait impossible.
Les boxeurs ont un aspect control freak. C'est compliqué de le transposer, notamment au moment de déléguer ?
Je fais confiance aux gens, mais je ne travaille pas avec n'importe qui. Quand un boxeur ou un fournisseur n'est pas carré avec moi, je ne fais plus appel à eux. Je pense qu'il y a des gens qui sont plus compétents que moi, alors je les laisse faire car je n'ai aucun doute sur leurs compétences. Un bon chef d'entreprise doit savoir à qui il délègue. L'humain, c'est ce qui est le plus dur à gérer.
Parmi les noms annoncés, il y a Enzo Marguerite qui a déjà une belle réputation.
Il disputera la ceinture WBC Youth contre un Mexicain. Je pense que ça fera un beau combat.
Vous avez publié des pastilles avec lui. Cette gestion des réseaux sociaux est primordiale pour attirer le public ?
Si tu ne gères pas les réseaux sociaux ou si tu les gères mal, c'est une balle de pied. On ne va pas se mentir, trois-quarts du public viennent via les réseaux sociaux.
Est-ce que vous trouvez que la boxe, notamment avec les influenceurs mais aussi avec les cols blancs, a élargi sa base ces dernières années, au moins dans la pratique ?
Le public est très mélangé. La boxe, c'est un sport de pauvres qui plaît aux riches. Je vois parmi les chefs d'entreprise ou des gens de la "haute société" qui adorent la boxe. Il y a beaucoup de passionnés, ils viennent dans les carrés VIP, parfois ils pratiquent eux-mêmes. C'est un sport populaire qui touche tout le monde finalement.
Dans cette soirée, il y aura les très attendus débuts pros de Baptiste Cheval.
Je suis très heureux de faire le premier combat de Baptiste, c'est un bon pote depuis plusieurs années. En plus, c'est en Normandie, juste après toute sa carrière à New York.
Y a-t-il un diffuseur ?
Je ne sais pas encore. Possiblement, mais pas pour le moment. De toutes façons, je ne paierai pas pour faire diffuser le gala. Je l'ai fait la dernière fois, je ne referai pas, c'était cher et à part laisser les gens dans leurs canap'... Ça devrait être les chaînes qui payent pour diffuser, pas l'inverse. Je ne paierai pas un euro, parce que ça n'a aucun intérêt pour moi.
Vous êtes sur une plus petite configuration que la première fois ?
Oui, il y aura 1 000 personnes . Je pense qu'il est plus judicieux de faire de petits galas que des grands mais plus nombreux. Tu es mieux avec une capacité à 1000 places, car ça va te rapporter pas mal, avec la buvette. Ça n'engage pas des frais pas trop élevés, tu fais des combats de qualité et si tu t'en sors bien, tu peux gagner de l'argent. Si tu en fais 3 ou 4 par an, il y a des salaires qui peuvent se dégager. Je suis d'ailleurs en train de chercher de nouveaux sites, avec des villes qui seraient intéressées. C'est à peaufiner mais ça pourrait être sympa.
