Flashscore : Comment êtes-vous venu à la boxe ?
Kaddour Hmiani : J'ai commencé en suivant mon grand frère il y a 20 ans, au début en loisir avant de faire de la compétition. Et depuis, je n'ai rien lâché (sourire).
Vous affronterez Théo Ticout (7-1-0) le 7 février prochain pour le championnat de France des super-coqs. Vous avez déjà remporté cette ceinture en 2023 et, sur les réseaux sociaux, vous avez affirmé que vous alliez reprendre ce qui vous appartenait.
C'est exactement ça. Thomas Masson était le champion en titre, je devais l'affronter mais il s'est blessé et il a dû laisser son titre vacant. C'est Théo Ticout qui a pris la place de challenger.
Vous avez beaucoup boxé en Angleterre. La prise de risques est souvent évoquée par de nombreux boxeurs français. Comment percevez-vous cela ?
J'ai une bonne appréciation des combats en Angleterre. Les Anglais sont vraiment des passionnés. Quand on construit et qu'on ne veut pas de défaite, on ne va pas là-bas. Moi, je n'ai pas de plan de carrière, je ne choisis pas mes adversaires. Je vais tout droit : si je dois affronter un bon adversaire, je l'affronte. C'est une manière de saisir des opportunités.
Les palmarès ne témoignent pas toujours de la difficulté des combats pris. Un boxeur sans défaite peut valoir moins qu'un boxeur qui compte plusieurs défaites finalement ?
Le palmarès ne reflète pas la qualité du boxeur. Il faut connaître le milieu pour voir la valeur, qui il a affronté. Des invaincus en 20 combats, s'ils n'ont affronté que des CV négatifs pour faire monter dans les classements... C'est bien au début mais il faut être dans le concret pour voir si on peut être champion.
Vous avez perdu contre Alireza Ghadiri, 5e Anglais, en octobre dernier : beaucoup auraient refusé.
C'est stratégique mais toute ma carrière est faite sur des combats où je n'étais pas du tout favori. À chaque fois, je prends le risque et j'y vais.
Les promotions anglaises ne choisissent pas les adversaires au hasard : si vous êtes revenu, c'est que vous apportez une opposition de qualité ?
Si tu as un mauvais profil, avec trop de défaites, on ne t'appelle pas... alors qu'en France, c'est ce qui est recherché, quelqu'un qui sert de faire valoir pour te faire briller. C'est ce qui manque, même s'il y a des bons combats.
Vous préférez être en plume ou en super-coq ?
J'ai pris une opportunité en plume pour devenir champion de France mais ma vraie catégorie, c'est super-coq. Je suis revenu dans ma vraie catégorie. Comme on n'est pas beaucoup, j'ai pris tout ce qui venait, ce n'était pas facile. En fait, je peux jongler entre plusieurs catégories : coq, super-coq, plume, super-plume.
Comment se prépare-t-on pour un championnat de France ?
Mon cas est particulier parce que je suis routier et je pars du lundi au vendredi. Quand je ne rentre pas trop tard le vendredi, je fais ma séance au CS Meaux, je tourne à thèmes mais je crois que ça fait deux ou trois ans que je n'ai pas sparré. Je fais juste les entraînements, les programmes. C'est surtout une question de mental.
Comment vous organisez-vous pour vous entraîner en semaine ?
Sur les aires de repos ! C'est beaucoup de travail physique. J'ai appris la technique avant de devenir routier. Je travaille les automatismes en shadow. Quand je suis devenu champion de France, c'était déjà dans ces circonstances. On peut dire que je me débrouille bien pour un routier (sourire).
Routier est un métier difficile, avec beaucoup de concentration requise, parfois dans des conditions météos compliquées.
Ce n'est pas un métier dur en soi mais ce sont surtout les amplitudes qui sont difficiles. Quand tu commences à 5h du matin, que tu finis à 20h et qu'en plus tu t'ajoutes un entraînement... Il y a peu d'heures de sommeil et cet enchaînement engendre aussi de la fatigue. On est toujours sur les routes mais physiquement, ça va. C'est un rythme un peu chaud, il faut du mental, parce qu'il y a aussi la vie de famille à gérer. On est dans l'optimisation, quasiment tout est noté pour ne pas perdre de temps. Il faut un métier car peu de boxeurs français peuvent vivre de leur sport.
D'où le besoin de s'exporter à l'étranger ?
Si vous aimez boxer, vous aurez du choix en Angleterre. En France, c'est plus difficile car il y a la culture de l'invaincu et si vous apparaissez comme trop fort, on ne vous boxe pas. Je prends mon cas : j'ai eu beaucoup de défaites lors de mes derniers combats et ça a affecté mon classement mondial. Quand on descend, ça ne vaut pas le coup pour d'autres de vous affronter, on vous refuse encore plus qu'au début. Des boxeurs mieux classés vont avoir peur de perdre et d'être déclassé.
Le fameux algorithme qui régit beaucoup de choses dans une carrière...
C'est important car on est obligé de prendre en compte ces règles du jeu. Mais si on ne perd pas, ça devrait aller (sourire).
Vous allez boxer à domicile, comme lorsque vous êtes devenu champion de France des plumes en novembre 2023 ?
Oui, c'est l'organisation annuelle du Meaux Fight, là où je suis licencié. C'est un système d'enchères et nous les avons gagnées. Après le désistement du champion en titre, la FF Boxe a désigné Théo Ticout pour disputer la ceinture. Ça devait être une revanche contre Thomas Masson après que j'ai perdu chez lui.
La ceinture de champion de France, c'est un rêve et un accomplissement pour l'essentiel des boxeurs. Avez-vous l'impression qu'on ne la met pas assez en valeur ?
C'est le rêve de beaucoup de monde car il faut remplir beaucoup de critères : il faut avoir plusieurs combats, être en Elite 1. C'est l'étape primordiale avant d'envisager d'autres choses. C'est un moment très important. C'est un long parcours. On ne peut pas faire de one-shot en boxe anglaise. Pour arriver à cette ceinture, il faut gagner, monter petit à petit. Et c'est la concrétisation de votre mérite. En plus, ça va faire un bon combat, contre un adversaire sérieux. Ce serait quelque chose de la gagner à domicile.
Malheureusement, les championnats de France ne sont pas diffusés par des chaînes grand public...
L'écosystème autour de la boxe n'est pas comme en Angleterre. C'est l'organisateur qui paye pour que le diffuseur vienne alors que ça devrait être l'inverse logiquement. Alors comment bien payer les boxeurs ? Fight Nation est déjà venu mais ça a un coût. Ce sera sûrement un autre diffuseur pour mon combat car le CS Meaux tient à partager le gala.
Sur votre compte Instagram, vous avez mis un adjectif en exergue : acharné. C'est assez éloquent sur votre état d'esprit.
C'est un peu mon pseudo, vu comment je m'entraîne et comment je boxe. Certaines personnes très entourées et qui peuvent vivre de la boxe ne vont pas au charbon en Angleterre comme moi je peux le faire alors que je suis dans des conditions délicates. Acharné, ça me définit bien je trouve.
