Flashscore : Votre combat contre Josh Padley est le 31 janvier. Où en êtes-vous de votre préparation ?
Jaouad Belmehdi : J'ai passé les fêtes à l'entraînement (sourire). Je vais clôturer mon deuxième mois de préparation en fin de semaine prochaine, ce qui fera deux mois et demi pour être prêt. Ça a été dur, dur, dur. Pendant 6 semaines, je me suis remis à fond avec un préparateur physique à Béziers. J'ai fait beaucoup de charges lourdes pour développer la force et l'explosivité. Je suis parti tourner à Toulouse pour mes sparrings. Je suis aussi allé à Malaga et après avoir validé tous les papiers, j'y retourne pour terminer mon camp.
C'est là où s'est préparé Kevin Lele Sadjo avant d'affronter Diego Pacheco ?
Oui, il y a un très gros camp d'entraînement, avec les meilleurs du monde. Il y avait Kevin et j'ai croisé Michel Soro. La Sierra Nevada est à deux heures. Kevin travaillait avec la même personne que moi et je ne vais pas cacher que je suis un peu fatigué parce que je reviens de 15 jours intenses. J'ai fait 100 rounds de sparrings ! J'ai tourné avec des petits poids, dans le style de Padley. Je suis plus lourd mais c'était très bien. J'ai aussi affronté des sparrings au-dessus de ma catégorie. C'était vraiment sympa.
Malaga est une belle ville, il ne faut pas se perdre...
Ce serait pareil si j'étais à Hollywood (sourire). Ma vie là-bas, c'est boxer, manger, dormir. Et puis manger, quand on voit les rations... Je fais en sorte d'être meilleur, de progresser et de remporter ce titre.
Dans notre première interview en juillet dernier, vous aviez confié vos hésitations sur la vie que vous vouliez par rapport à la boxe. Les derniers mois vous ont offert une réponse.
Ma vie, c'est la boxe. J'aime trop ça. C'est paradoxal parce que tu souffres et quand la préparation s'arrête, tu manges pendant une ou deux semaines, c'est sympa mais tu ressens très vite le manque. Alors je ressens une sorte de vide et de tristesse aussi.
Vous êtes heureux en ce moment ?
Oui (rires). C'est ça qui est paradoxal, parce que je suis fatigué mais je suis content en même temps. C'est une montagne d'émotions.
Lors de votre dernier combat, vous avez perdu en Chine contre Can Xu mais l'horaire fixé a totalement changé, à votre désavantage.
On m'a fait passer 3 heures avant l'horaire convenu ! On était en train de me poser les bandages et on m'annonce ça... Je suis monté dans le ring sans échauffement. En plus, il faut ajouter le stress... Au haut niveau, ça se joue sur des détails. Alors monter à froid... Au bout de 3-4 rounds, j'avais de très fortes crampes, j'ai demandé à mon coin de me masser parce que j'ai vraiment eu peur de passer pour une dinde devant le monde entier. Mentalement, tu ne penses plus à rien, il n'y a plus de game plan. Peut-être qu'à 100% il m'aurait battu quand même, mais j'ai senti que j'avais le niveau alors qu'on parle d'un ancien champion du monde. Je pense que j'ai le niveau de boxer contre n'importe qui. Mais avoir le niveau pour battre n'importe qui, c'est autre chose. Justement, je travaille pour battre les meilleurs. J'ai compris des choses. Je suis plus ou moins un autodidacte, je m'entraîne dur, je fais avec mes performances athlétiques mais le QI boxe, le game plan, je n'y ai pas toujours pensé. J'ai toujours cru que j'étais un boxeur bête, ou du moins un boxeur qui se bat en force. Je travaille avec de nouvelles personnes et j'ai l'impression d'avoir plus de réflexion. J'espère que ça se verra contre Padley. Je ne veux pas boxer les meilleurs, je veux battre les meilleurs.
Est-ce qu'avancer le combat était prémédité ?
Je ne pense pas parce qu'il était à côté de moi. Je serais un menteur si je disais l'inverse. En plus, j'ai aimé la mentalité chinoise. Ça m'a perturbé mais peut-être pas lui. En revanche, je me suis aperçu que j'avais le niveau, je l'ai fait vaciller plusieurs fois, j'ai senti que je lui faisais mal. Il m'a manqué un peu de réflexion et ça va me servir pour la suite. Je suis content d'y être allé et j'espère avoir une revanche parce qu'athlétiquement parlant, il n'est pas meilleur. Je n'ai pas peur de perdre, alors que maintenant on réfléchit par rapport au 50-0 de Floyd Mayweather. J'ai pris mon pied malgré cette frustration parce que je pouvais mieux faire. Je vois la boxe comme ça : être prêt contre n'importe qui, faire une belle prestation. Dans la vie, personne ne gagne toujours. Cette défaite va permettre de voir un nouveau Belmehdi. En tous cas, j'aspire à ça. Je me remets en question, je veux avancer. Il faut avoir cette humilité. Mais en ce qui me concerne, c'est un plaisir d'affronter un bon mec, de le faire galérer. C'est magnifique !
Ce combat-là vous permet aussi d'avoir cette opportunité pour le titre européen. Est-ce que ça finance votre préparation ?
J'ai une vie simple, je n'ai pas pris des millions non plus mais je peux en vivre au quotidien et c'est le plus important. Ce combat m'a mis en lumière, j'ai pu trouver des sponsors. Ce n'est pas par rapport à l'argent mais c'est un beau nom dans le CV, tout le monde a vu que je l'avais malmené et que je n'étais pas une flûte. Ma mentalité, c'est d'affronter les meilleurs, j'aime le challenge. Je ne suis pas égocentrique mais je veux d'abord me prouver à moi-même avant de penser aux autres.
Josh Padley a affronté Shakur Stevenson avec une semaine de préparation et il a surpris par son engagement malgré la défaite avant la limite. Ça lui a permis de se consacrer à la boxe à 100% alors qu'il travaillait à côté avant ça.
Il a pris un demi-million quand même (sourire). Ça a montré qu'il était sérieux et rigoureux. Il a du coeur mais je pense que j'en ai plus et que je suis un peu plus dur. Contre Stevenson, je ne pensais pas qu'il avancerait autant alors qu'il a pris de gros coups. Je n'ai pas d'avis pré-conçu sur lui. Il y a match et c'est ça qui est beau. Je retourne en Angleterre après ma défaite en 40 secondes contre Gary Cully contre qui j'avais fait n'importe quoi. Cette fois, je serai à la hauteur et j'ai tout mis en oeuvre pour y croire aussi fortement.
Vous le vivez comme une revanche par rapport à ce que vous voulez montrer au public anglais ?
Non, je ne le vis pas comme ça. C'est plutôt la suite de l'histoire. J'avais besoin de ça pour arriver à ce championnat d'Europe. J'ai un côté spirituel et il n'y a pas de hasard. Ce sera mon jour si Dieu le veut. Surtout, je veux être au maximum de mes capacités. Je suis vraiment excité et content de disputer ce combat, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point !
