Interview Flashscore - Emmanuel Houcou : "Je me questionne encore sur mon profil"

Emmanuel Houcou
Emmanuel HoucouPinarello-Q36.5

Emmanuel Houcou a signé une très belle deuxième place lundi sur le Tour d'Oman, 4 jours avant son 23e anniversaire. Lors de la pré-saison réalisée avec sa nouvelle équipe Pinarello-Q36.5, le Martiniquais s'est confié pour Flashscore et a analysé les évolutions de sa carrière dans ce nouvel environnement, sans oublier ses objectifs sur la piste.

Flashscore : Vous venez d'arriver chez Pinarello-Q36.5. Comment abordez-vous la saison au sein d'une équipe qui a clamé fort ses ambitions ?

Emmanuel Houcou : Je suis encore en phase d'adaptation. C'est une nouvelle équipe, avec de nouveaux coéquipiers et une nouvelle manière de fonctionner. Je m'adapte aussi à l'anglais. C'est une langue que je maîtrise assez pour être à l'aise mais j'ai encore des progrès à faire. Je suis bien dans le collectif, j'ai été bien accueilli. En termes de performance, je fais un hiver studieux, les voyants sont au vert. 

Vous avez une grille d'objectifs ? 

Oui, tout est déjà plus ou moins défini. Je dois continuer à progresser et prendre de l'expérience dans les sprints. L'équipe essaie de bien m'encadrer et ça se passe plutôt bien. Sur les courses, ça reste encore difficile d'établir des objectifs précis. On adaptera et on verra comment ça se passe. 

Est-ce que l'équipe vous laisse de la place pour votre projet en cyclisme sur piste ?

Oui et c'était quelque chose d'important pour moi au moment de ma signature. L'objectif prioritaire restera la route mais je serai amené à faire des stages et des compétitions sur piste cette saison. 

Ce double projet doit se pérenniser également dans une approche mentale ?

Bien sûr. Dès que je pars en stade en Équipe de France, je sais que ce sera une semaine sympa. Ça aère l'esprit, on voit autre chose. Ça reste important. Dans mon processus, ça m'a permis de me construire et de grandir. Je vais le garder dans mon fonctionnement car ça va m'aider. 

Vous serez aux Mondiaux ? 

Il y a le temps de voir. Je n'ai pas la réponse pour l'instant mais ce ne sera pas une priorité.

Comment jugez-vous la transition entre Arkéa et Pinarello-Q36.5, ce passage entre une équipe française et une autre plus cosmopolite ? 

Justement, je pense que la diversité de l'effectif est une force, avec beaucoup de nationalités chez les coureurs mais aussi parmi le staff. C'est finalement homogène et c'est ça qui m'a surpris. Je me suis senti directement à l'aise et j'ai été soutenu par Théo Ouvrard, mon entraîneur dans l'équipe, ainsi que par des coureurs que je connaissais déjà. Il y a peut-être moins ce côté familial qu'on retrouve dans les équipes françaises mais ça reste très convivial. 

Vous étiez principalement avec la Conti d'Arkéa l'an dernier. Monter avec l'équipe World Tour était votre idée initiale ?

À moyen terme. Mais j'ai vite eu de bons résultats lors de la saison 2025 et ça m'a permis d'avoir des offres assez tôt. J'avais deux ans de contrat avec Arkéa et je voulais rester focus là-dessus. Plus la saison avançait, plus il y avait des incertitudes et j'ai reconsidéré mon avenir. 

Vous êtes un routier-sprinteur, pistard de surcroît. Qu'est-ce qui vous pousse à vous aventurer sur Paris-Roubaix ?

Je me questionne encore sur mon profil. Je n'ai pas envie de me cantonner dans un seul. En 2025, j'ai découvert Paris-Roubaix chez les Espoirs, des courses dures. C'est un registre que je veux travailler car j'ai envie d'y être performant, d'avoir plusieurs cordes à mon arc. D'un point de vue personnel, je le vois aussi pour mon plaisir, même si Paris-Roubaix a été la course la plus dure de ma vie. J'ai envie de refaire ce genre de courses. 

Vous êtes étudiant en STAPS à Aix-en-Provence. Les routes alentours sont assez vallonnées pour développer l'aspect poids-puissance indispensable pour les Flandriennes. 

On a la chance d'avoir un terrain assez complet où on peut faire tous types de sortie, avec plus ou moins de dénivelé avec les Alpilles, le Luberon, l'Espigoulier. Cela me sert dans mon quotidien. J'ai la chance d'avoir un groupe d'amis à Aix depuis quelques années, je m'y sens bien et je veux y rester. 

Et puis dans le Sud, c'est un cours accéléré pour la gestion du vent !

C'est vrai que quand le Mistral souffle, on souffre sur le vélo ! 

Arkéa avait des vélos Bianchi, vous êtes désormais sur un Pinarello. Est-ce que cela change votre appréhension du matériel ? 

Forcément, ça change pas mal de choses car chaque marque a ses spécificités. Pour le coup, je vois pas mal de différences entre le Bianchi et le Pinarello. De manière générale, le Pinarello est plus léger, ce qui a tendance à m'avantager dans les bosses. Sur les sorties que j'ai pu faire, j'ai pu constater que c'est un super vélo. La spécificité, c'est que ma position a changé. On a fait un gros boulot avec le bikefitting et toutes les personnes qui optimisent les performances. L'objectif est d'être mieux sur le vélo. Je suis encore en phase d'adaptation mais je me sens mieux de jour en jour. 

Vous débutez votre saison dans le Golfe, avec des courses où il y aura quelques sprinteurs réputés. Cela va vous permettre de gagner en expérience, notamment pour frotter dans le final ?

Avoir de la concurrence est un privilège. Plus il y a de grands noms mieux c'est. L'an dernier, j'ai pu aider Arnaud Démare quand j'ai couru avec la World Tour, j'espère pouvoir le réutiliser cette saison. 

Pas mal d'avoir Démare comme modèle pour commencer sa carrière !

C'est vrai que pour une première année pro, c'était enrichissant. J'ai beaucoup échangé avec lui et ça me servira tout au long de ma carrière. 

Vous êtes Martiniquais. Le cyclisme est très populaire dans les Antilles mais il y a peu de cyclistes professionnels. Est-ce que vous vous ressentez comme un exemple ou est-ce que cette considération peut devenir usante à la longue ?

Je ne le prends pas comme un poids mais je ne me vois pas comme un pionnier. J'essaie d'avoir mon parcours, de faire du mieux que je peux. Après, si on veut me prendre en exemple, c'est aux gens de voir. Je veux représenter mon île et les Antilles. On a beaucoup de talents mais, malheureusement, on n'est pas assez représenté. Si je peux en inspirer certains, ce sera toujours avec grand plaisir.