Flashscore : Comment vous êtes-vous retrouvée au Canada au beau milieu de l'hiver pour participer à la préparation de Caroline Veyre, devenue ce mois-ci championne du monde WBC des super-plumes contre Delfyn Persoon ?
Emma Gongora : Il y a 3 ans, j'ai affronté Caroline Veyre au Canada. On avait fait un gros combat qu'elle a remporté aux points... parce qu'elle était chez elle et que, pour moi, ce n'était pas la vraie décision. On s'était chauffées parce qu'elle m'avait beaucoup accroché, j'avais pris des coups bas et derrière la tête, elle m'avait même agrippé les jambes. Un carnage. Elle m'avait même bloqué sur les réseaux sociaux. L'année dernière, j'étais allée dans son club actuel pendant deux semaines pour mettre les gants avec Leïla Beaudoin. Ça s'était bien passé avec les coaches. En septembre 2025, j'ai affronté Chiara Brown, championne du monde WBC des plumes. Or initialement c'est Caroline qui aurait dû l'affronter, mais Chiara a refusé. À l'époque, elle m'avait déjà demandé de venir mettre les gants avec elle. Par la suite, elle a eu une opportunité en super-plumes pour affronter Delfyn Persoon. Je pense qu'on m'a fait venir parce que j'ai un débit de coups importants qui peut ressembler à la manière de boxer de Persoon. Je voulais partir après Noël mais le combat était prévu initialement le 23 janvier. Donc sa manager m'a dit de venir début décembre (rires). Le combat a été reporté au 10 février donc ça a fait deux mois complets.
Quel bilan en dressez-vous ?
Je suis partie seule et c'était différent de l'année dernière où j'avais financé mon voyage. Là, c'est elle qui me payait. J'ai été entraînée par son coach, Simon Decarie, précisément pour mes sparrings avec Caroline. J'ai énormément appris, techniquement et tactiquement. J'ai vu le fossé avec ce que je connaissais en France.
Au niveau de la mentalité aussi ?
Un peu de tout. Il y a la structure de la salle en elle-même, le coach qui est présent 7 jours sur 7. Dans ce club, il n'y a que des pros et les coaches sont payés par les combattants. Il y a Artur Beterbiev, Christian Mbilli et plein d'autres. Au Canada, la mentalité de coaching est différente. En France, on va t'apprendre à frapper fort, on va te dire qu'il faut que ça tape fort. Au Canada, on va d'abord t'apprendre à placer tes pieds. Parce que si tu te positionnes mal, tu vas mal frapper. En France, on te dit de taper dans le sac avant même de t'apprendre à bien mettre ta garde.
Ce gym est celui de Marc Ramsay, un des coaches les plus réputés au monde.
Marc prospecte dans les compétitions internationales, essentiellement des boxeurs qui signent ensuite avec Eye Of The Tiger. C'est une sorte de toile d'araignée : tu entres avec eux et ensuite tu as plein de réseau et de considération.
Après sa victoire, certains medias français ont appelé Caroline Veyre, "la Franco-Canadienne". Si elle l'est effectivement dans la vie civile, comme boxeuse elle est 100% Canadienne. Est-ce que c'est vexant pour des combattantes françaises qui essaient de gagner en médiatisation ?
Elle a passé plus de temps au Canada qu'en France et elle-même le dit : elle est Canadienne. Il ne faut pas s'approprier des gens qui sont partis. Caroline ne faisait pas de boxe avant d'arriver au Canada. J'ai même vu la FF Boxe partager des choses sur Christian Mbilli alors qu'elle n'a rien fait pour lui quand il est passé pro. Sa situation est la même pour des boxeuses comme moi. C'est énervant.
En termes d'acclimatation, quand on habite à Marseille, le choc thermique doit être important, même si le froid sec est plus supportable que le fort vent finalement.
C'est exactement ça. D'ailleurs, il y a souvent du froid sec les jours de grand soleil. On est équipé et on y est préparé alors qu'à Marseille, on a un peu la flemme de mettre les grosses doudounes, les gants, le bonnet (rires).
Est-ce que cette expérience vous donne envie de vous exiler de manière permanente ?
Eye Of The Tiger ne prend quasiment pas de femmes, je ne sais pas pour quelle raison. Mais c'est vrai que, dès la première mise de gants, j'ai constaté un fossé technique et encore plus tactique, notamment sur quand mettre tel coup. Si je reste dans l'optique de continuer la boxe et de viser le haut niveau, il faudra que je parte. Ce serait un gros changement dans ma vie. J'ai 33 ans, je dois aussi penser à ce que je voudrais faire dans l'après-boxe, notamment via ma société Carré Cordé. Avec 5 ans de moins, je serais partie, ça j'en suis sûre. En boxe, je sais que je ne réussirai jamais chez moi. J'ai fait un championnat du monde WBC aux États-Unis et même dans mon club certains n'étaient pas au courant !
Le combat de Caroline Veyre avait lieu à Grand Rapids, la ville natale de Floyd Mayweather Jr. Comment est perçue la boxe là-bas, notamment lors du gala ?
C'était le co-main event, dans une petite salle de théâtre qui était remplie. Il y avait de l'ambiance et la décision a été controversée car Caroline a fait le même combat que contre moi et toute la salle a hué. Par rapport à ce que Caroline fait à l'entraînement, avec son coup d'oeil et sa technique, on aurait dit qu'elle ne se contrôlait pas et qu'elle stressait. Par ailleurs, de l'autre côté de l'Atlantique, les managers créent des opportunités. Si tu ne fais rien, personne ne va t'appeler. Eux, ils n'ont pas le temps, c'est du lundi au dimanche. Caroline fait des photos, des séquences pour ses réseaux sociaux, de la com'. C'est le modèle américain, il faut que ça bouge.
