Interview Flashscore - Emilie Sonvico : "Je suis libre, c'est une sensation agréable"

Emilie Sonvico
Emilie SonvicoCompte X Emilie Sonvico

Détentrice depuis décembre de la ceinture WBC Silver des welters après un KO spectaculaire, Emilie Sonvico est de retour dans le ring ce samedi à Roquemaure, contre l'Argentine Erica Álvarez. La Française a en ligne de mire un championnat du monde qui aura lieu d'ici deux mois chez elle, à Uzès.

Flashscore : Vous reboxez ce weekend contre Erica Álvarez, nº1 argentine des super-welters qui descend de catégorie. C'est pour garder le rythme après votre victoire contre Dee Allen ?

Emilie Sonvico : C'est exactement ça. On est déjà en négociations pour un championnat du monde d'ici fin mai-début juin. Ça devait se faire en Afrique du Sud mais si tout se passe bien, ce sera à Uzès. On a convaincu le président de la WBC. C'est donc un combat pour me maintenir. Mon adversaire initiale a eu un gros accident de voiture et on a dû contacter une remplaçante en urgence. Erica était en Angleterre et elle a accepté de venir. Je la remercie d'ailleurs parce qu'on avait lancé plusieurs bouteilles à la mer mais les demandes de bourses étaient trop importantes par rapport aux classements. Il fallait que je reste active, car il y a le combat d'unification entre Lauren Price et Stephanie Piñeiro le 4 avril également, on attend le résultat et on discute avec plusieurs fédérations. On verra ce qui se fait car à un moment, je n'ai plus toutes les cartes en main. 

C'est important de créer des rendez-vous réguliers devant son public ?

J'essaie de ramener tout ce que je peux à la maison et de ne pas être forcée de monter à Paris. C'est important de galvaniser le public local. Si tu vas à Paris ou que tu vas à l'étranger, personne ne vient participer aux événements. Ça peut être négatif de boxer dans une grande ville car tu risques d'être noyé(e) et ça peut devenir contre-productif. Après, c'est aussi du marketing, une question d'alignement des planètes. 

Nous avions parlé de votre peu d'appétence pour les sparrings afin d'arriver avec votre envie de boxer au maximum. On a pu le vérifier avec ce KO impressionnant dès la 1re reprise contre Dee Allen.

C'est une méthode qui me convient, je n'aime pas spécialement mettre les gants. Sinon je ne m'amuse pas dans le ring. Je savais qu'il y avait une possibilité de la faire tomber, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi rapide. Je visais plutôt le 6e round ou le 7e. C'était un gros KO et elle a déconnecté. On en a discuté après le combat : elle a cru qu'elle avait glissé. Mais quand elle a vu les images... Elle ne s'est pas rendu compte du tout, alors qu'elle avait les yeux révulsés. 

De nombreuses boxeuses françaises sont parmi les meilleures mondiales et postulent aux plus grandes ceintures. C'est aussi le cas chez les hommes. Or l'impression diffuse est que la boxe n'est pas assez structurée et attractive. C'est paradoxal non ?

Il y a beaucoup de méconnaissance du système, on n'est pas un pays de boxe. La médiatisation ne suit pas forcément au niveau national, c'est ça qui est problématique. La France a toujours de très bons boxeurs, on est la locomotive mais il faut que ça suive. Après, c'est cyclique. Il y a des moments où on sera très performant. En ce moment, on essaie de monter, même si on a moins de puissance que dans d'autres pays. Il y a mieux mais il y a aussi pire que nous. Au-delà de l'intérêt du public qui vient au gala, ça a toujours été le cas, c'est surtout la diffusion TV qui manque. Maintenant, le système est inversé : c'est aux organisateurs de payer les diffuseurs ! 

C'est aussi la culture du sport santé en France qui conduit à ça ?

Je donne des cours au sein de mon club avec des enfants, parfois avec des difficultés. Et c'est parfois très compliqué, notamment au niveau de la coordination. Ça s'explique par la culture sportive et par l'importance des écrans. Les enfants sont moins endurants et si les parents n'ont pas la culture de l'effort sportif... Les kinés et les médecins ne manqueront pas de patients. 

Les JO 2024 n'ont pas engagé de changement majeur ? 

À chaque fin d'olympiade, on entend des sportifs qui disent qu'on les a abandonnés et qu'ils n'ont plus rien. Une médaille olympique, même un titre, n'a jamais changé la vie, mis à part pour deux ou trois athlètes sur l'ensemble de la délégation. Beaucoup ont perdu leurs sponsors après les JO. C'était une erreur de croire que ça changerait ! Ça a toujours été le cas. J'ai fait plusieurs réunions ministérielles et j'ai pu constater qu'on donnait à ce qui avait déjà, alors que c'était de l'argent public. 

Est-ce que c'est aussi lié à la culture du bénévolat au sein des clubs et des organisations ? 

Absolument. Dans un gala, tu organises un événement professionnel avec du bénévolat associatif. C'est une sacrée charge, à tous les niveaux, avec tous les prestataires, avec la fédé, les arbitres. J'évite de regarder les factures parce que ça m'énerve (rires). Et en plus, le bénévolat se perd. Cela dit, je suis allée au combat Suffo-Khati qui a été finalement annulé, des jeunes du club étaient là, ils étaient volontaires, avec l'esprit club. Et puis les dossiers de subvention ont une telle complexité qui te fait abandonner. Je fais de l'associatif depuis tellement d'années, je sais comment ça fonctionne. Je ne veux pas leur donner de mon énergie à des décideurs qui ne veulent pas aider. 

Après le combat, en prévision de votre championnat du monde, quel sera votre plan ?

Déjà, prendre des vacances parce que j'ai faim (rires). La préparation a été longue, je vais arrêter deux semaines et en débuter une deuxième. Ce n'est pas la peine de charger, le plus gros est déjà fait. On verra ensuite avec les fédérations. J'ai déjà refusé des propositions car je ne trouvais pas ça pertinent, je cherche un terrain d'entente et je ne suis pas pressée. Je suis libre et c'est une sensation agréable. 

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