Interview Flashscore - Elhem Mekhaled : "Je voudrais une forme de reconnaissance en MMA que je n'ai pas assez eue en boxe"

Elhem Mekhaled
Elhem Mekhaled AEC MMA

On percevait bien dans ses stories sur Instagram qu'Elhem Mekhaled en pinçait de plus en plus pour le MMA. Après sa défaite contre Leïla Beaudouin, la Lyonnaise a décidé de franchir le pas et d'entrer dans la cage. Samedi soir à Laval, elle effectuera ses débuts professionnels avec l'AEC contre Justyna Kulinska, en poids mouche. Pour Flashscore, elle explique ce changement de discipline, toujours avec la même détermination.

Flashscore : Vous allez disputer votre premier combat de MMA ce samedi contre la Polonaise Justyna Kulinska. Comment s'est effectué ce passage de l'anglaise à la cage ?

Elhem Mekhaled : Mon préparateur physique et mon cousin qui est également coach m'ont convaincu de tenter l'aventure. Pourquoi ne pas tenter le challenge ? 

Vous avez été championne d'Europe et challengeuse mondiale en anglaise : vous aviez des bases pour les techniques de pied et de sol ?

Non je n'en avais pas mais ça fait un moment que je travaille mon grapping et ma lutte. J'ai pris le temps de bien m'adapter. C'est surtout mon mindset : j'aime essayer et je m'adapte vite. Il fallait juste l'aval des coaches et ils ont validé. 

C'est la fin de votre carrière en boxe anglaise ? 

Ça va dépendre. Déjà, on va voir avec ce premier combat. Dans ma tête, je suis 100% MMA. Mais si j'ai une bonne proposition en anglaise et que je n'en ai pas en MMA... Aujourd'hui, je suis focalisée sur le MMA. Après mon combat contre Leïla Beaudoin où j'ai appliqué une très mauvaise stratégie, je me suis convaincue de basculer définitivement vers cette transition. 

Qu'est-ce qui change dans la préparation ? 

La première chose, c'est l'adaptation. Il faut savoir changer ses habitudes, découvrir de nouvelles disciplines. Mais j'aime bien les nouveautés et ça me plaît d'apprendre. Il faut être bonne dans toutes les disciplines, même si l'anglaise est une bonne base. J'ai encore beaucoup à faire comme travail mais sur les bases, je suis plutôt pas mal pour quelqu'un qui débute dans le MMA. 

Il y a aussi des gants différents. Les sensations et les risques varient-ils ? 

En anglaise, je boxe avec du 8, des gants boules d'entraînement et je me rends compte que mes coups sont impactants. En MMA, c'est du 4 et en essayant aux pattes d'ours, j'ai vu que ça envoyait plus vite. Mais venant de l'anglaise, je sens que je peux me faire mal aux mains parce que passer du 8 au 4 avec la force des bras, on peut se blesser, même s'il y a des bandages aussi. En anglaise, on ne ferme pas les poings autant qu'en MMA, en raison de la structure du gant avec les bandages. Si on ferme la main, le risque de la casser est important. En termes de protection, quand je suis en anglaise, mes mains sont ouvertes quand je suis en garde. En MMA, il faut aussi savoir ouvrir les mains, bouger les bras, protéger sa tête mais il y a plus d'ouvertures. Il y a aussi moins de coups, c'est deux ou trois max alors qu'en boxe on peut débiter. En MMA, il y a de la lutte, on peut aller au sol, aller sur le côté avec une feinte. En anglaise, les gants sont gros et une partie du coup sera amortie. 

Avez-vous pu vous entraîner avec des femmes ? La difficulté d'en trouver est-elle la même qu'en anglaise ?

Il y a encore moins de filles en MMA qu'en anglaise. J'ai pu m'entraîner avec Océane Sanson qui a combattu pour l'Hexagon en janvier, j'ai pu tourner avec quelques des filles à Lyon. Les garçons savent jauger leurs forces et je trouve que je suis entre les deux. J'ai de la résistance, du grip, des choses qui peuvent déranger, surtout en grappling. Les trapèzes, c'est ma force. 

Le MMA est autorisé depuis peu en France et beaucoup de circuits se développent. Ça entre dans les moeurs. Vous connaissez le milieu de la boxe et à présent celui du MMA : comment jugez-vous cette évolution, notamment financièrement. 

À ce niveau, je ne peux pas juger, parce que j'ai un background en anglaise. Mon parcours fait que j'ai une meilleure bourse que quelqu'un qui débute et qui touchera ce que je prenais quand je débutais en anglaise. À ce niveau-là, c'est pareil. En revanche, je pense que ça peut aller plus vite en MMA, notamment par rapport à la visibilité médiatique. Le problème, ce n'est pas le sport mais le pays. Le public apprécie plus le sang, les bobos, les KO, même si en termes de coups, ça reste moins nocif que l'anglaise. En anglaise, je n'ai eu aucune visibilité quand j'ai disputé mon combat d'unification mondiale au Madison Square Garden. J'ai beaucoup de respect pour Manon Fiorot et, à niveau équivalent du mien en anglaise, elle a eu un maximum de médiatisation quand elle a affronté Valentina Shevchenko. Je vais un être peu paradoxale mais en MMA, la cage ça fait animal, alors qu'en anglaise, c'est plus connaisseur. Prenons l'exemple de Nordine Oubaali : il est devenu champion du monde aux États-Unis mais comme c'est chez les mi-mouches, il n'y a eu aucune répercussion. Les Français ne regardent plus la boxe. 

Vous connaissant, vous avez de l'ambition dans cette nouvelle carrière. 

J'aimerais aller le plus loin possible, et ça commence par remporter ce premier combat. Je voudrais avoir une forme de reconnaissance en MMA que je n'ai pas assez eue en boxe. Je fais ça pour moi avant tout, mais je voudrais que le public voie ma valeur, celle d'une combattante qui a affronté Alycia Baumgartner qui a ensuite été déclarée positive, et qui passe au MMA. J'ai fait des choses que peu ont fait, je lui ai donné du fil à retordre. J'ai l'impression de rétrograder en boxe, de ne pas avoir de combats régulièrement. Au lieu d'attendre, de finir ma carrière comme ça après une défaite contre Leïla Beaudoin, je me suis dit que je devais tenter. Les gens ne voient pas à quel point la boxe est stratégique. 

Est-ce que vous redécouvrez une façon de combattre avec le MMA ?

Oui et non. Non car la boxe anglaise est une continuité, une force. Je sais que les adversaires vont vouloir m'amener au sol. Et oui parce que je travaille des parties musculaires que je ne travaillais pas en anglaise, comme les jambes. J'ai changé physiquement. C'est une évolution. 

Vous avez disputé des combats amateurs préparatoires ? 

Je me suis inscrite mais... personne n'est venu. Il y a eu des histoires sur les réseaux sociaux, des imbroglios sur un tournoi où on m'avait demandé de ne pas taper fort en anglaise, à mon désavantage alors qu'il y avait déjà une différence de poids en ma défaveur. C'est arrivé deux fois. Amateur ne veut pas dire novice. Donc je suis passée pro directement. L'AEC a joué le jeu, j'affronte une bonne combattante qui, même si elle a deux défaites en deux fights, ne vient pas pour perdre. Je ne voulais pas un combat facile. J'ai déjà boxé 40 secondes pour un titre EBU et quand tu prépares longtemps pour si peu de temps... J'ai envie de fighter, d'apprendre et je pense que ça va être bien. 

Et puis Laval a une très belle salle, avec un public qui aime les sports de combat. 

Oh oui ! Et puis Laval est mon club, c'est comme si j'étais chez moi.