Flashscore : La France n'avait pas eu de champion du monde masculine depuis Nordine Oubaali (2019) et Arsen Goulamirian (2019-2023). Vous êtes à la fois une fierté mais vous êtes également sur un autre continent. Est-ce que cela a le retentissement mérité ?
Christian Mbilli : Je suis dans une situation un peu compliquée parce que ça fait deux-trois ans que je suis Franco-Canadien. J'ai obtenu ma nationalité, je suis très fier d'être Québécois et de m'être intégré à cette population. Mais je n'oublie pas mes origines camerounaises, ma nationalité française et tout mon côté français. Je tiens à remercier les medias français qui partagent mon actualité, comme Flashscore. C'est vrai que c'est difficile d'être sur ces trois terrains mais je fais de mon mieux, tout comme mon équipe qui essaie de communiquer avec le plus de journalistes dans le monde. Je suis très content de ça. Dans quelques jours, j'aurai une réunion avec mon équipe pour évoquer la suite et mon prochain combat. Je ne devrais pas boxer avant le mois de mai donc je vais rentrer en France dans quelques semaines. Je ferai le tour de mes clubs, voir ma famille, faire quelques conférences de presse. Je fais du mieux que je peux mais je n'oublie surtout pas mon public français ni l'Équipe de France qui me suit encore.
En 2025, nous avions évoqué la possibilité d'affronter Canelo Álvarez. La victoire de Terence Crawford a rebattu les cartes et c'est maintenant vous le champion du monde régulier de la WBC. Vous plaisez au public américain, ce qui est indispensable. Bref, vous êtes arrivé là où vous vouliez être. C'est vertigineux ?
On y est ! Par mon travail, par celui de mon équipe au sens large, c'est-à-dire mes coaches et la société de promotion. C'est beaucoup de travail, cela fait 10 ans qu'on rame, qu'on continue, malgré la pandémie, malgré Canelo, malgré la politique et tout ce qu'il y a derrière. On est très fier d'en être là. Le meilleur reste à venir et il y a encore beaucoup de choses à accomplir. Je remercie vraiment la presse pour le soutien depuis le début.
Le souhait de nombreux fans français est de vous voir boxer en France. Ça n'avait pas pu se faire contre Kevin Sadjo.
Évidemment, on espère boxer en France. Dès ma première rencontre avec Camille Estephan (le CEO d'Eye Of The Tiger, ndlr), je lui ai dit que mon rêve était de devenir champion du monde et de défendre mon titre au Québec (à l'époque le Centre Bell était très populaire), à Paris (pourquoi pas à l'U Arena) et à Yaoundé. À l'époque, il y avait le Centre Bell à Montréal qui était populaire maintenant ce serait plus le Centre Videotron de Québec. A Paris, pourquoi pas la Défense Arena ? Je crois encore en ce rêve, je croise les doigts : il y a des chances qu'il y ait un combat en France si tout se passe bien.
Après de nombreuses années de creux, la France voit une génération s'approcher des titres mondiaux. Est-ce que vous avez le sentiment qu'en étant le premier, en étant proche des instances mondiales et Turki Al-Sheikh, que vous devenez un porte-drapeau à l'international qui incitera les promoteurs à miser sur les Français ?
J'espère que ce qui se passera. On manque un peu de souffle en France au niveau de la boxe. La situation actuelle explique cela. On manque d'un poids médiatique. Je fais des interviews avec des journalistes français et je vais en refaire mais la boxe est plus respectée au Canada. La preuve en est : nous organisons une conférence de presse, tous les medias québécois sont là et il n'y a qu'un seul media français présent. Ça a été un travail de fond réalisé par Camille Estephan et Eye Of The Tiger pour remettre la boxe dans la lumière. Il nous manque ça en France. On n'est pas le football ou le rugby mais il manque cet appui pour les boxeurs comme peut le faire Camille pour mettre les boxeurs en avant et développer un plan de carrière très stratégique pour performer et obtenir un titre. Je suis très choyé et très content de m'être expatrié. C'était le meilleur choix à faire et j'espère montrer l'exemple, tout comme Camille le fait, afin d'avoir des collaborations avec le marché français. On voudrait le relancer mais pour un promoteur, ça reste très difficile d'être sur deux continents à la fois, deux juridictions différentes.
Au-delà du fait de partir, c'est la construction d'une carrière qui semble délicat ?
Je le dis souvent, c'est un peu malheureux d'ailleurs : quand un boxeur me demande des conseils, je réponds qu'il doit quitter la France. Ce n'est pas par plaisir que je le dis. Il n'y a pas d'infrastructures, pas de gros noms, de gros promoteurs prêts à se battre pour une vision à long terme. Quand je suis arrivé ici, le Canada était plus ou moins dans la même situation mais, grâce au travail de Camille, il a relancé la boxe québécoise, également parce qu'il y a un public de connaisseurs qui veut de gros combats. On espère que la France suivra cet exemple dans quelques années et je ferai mon maximum pour que cela arrive.
