Interview Flashscore - Bryan Okoh : "Je suis quelqu'un qui aime beaucoup apprendre"

Bryan Okho
Bryan Okho SNEWZ / Sipa Press / Profimedia

Arrivé à Auxerre cet hiver en provenance de Lausanne Sport, Bryan Okoh s'est très vite imposé en défense. Le Suisse polyglotte a évoqué pour Flashscore ses débuts en Ligue 1, son parcours foisonnant et sa blessure au genou quand il avait 18 ans, sans oublier son rêve de disputer le Mondial avec la Nati.

Flashscore : Vous êtes arrivé cet hiver, vous vous êtes déjà imposé avec déjà 5 titularisations consécutives. Quel bilan tirez-vous de vos débuts en France

Bryan Okoh : Ça change de ce que j'ai connu. La Ligue 1, c'est différent de ce que j'ai connu. On n'a pas eu tous les points qu'on souhaitait avoir mais ce sont des débuts intéressants. J'espère que maintenant on va continuer avec des victoires. 

On constate avec vos statistiques que vous êtes déjà bien adapté au collectif de l'AJ Auxerre, surtout à un poste aussi important en défense. 

Le fait d'avoir été bien intégré par l'équipe et le staff aide énormément. 

Le match contre l'OM n'a pas été couronné de succès mais Auxerre a-t-il pu repartir avec quelques certitudes ?

C'est vrai, on travaille bien la semaine et on donne tout pendant les matches. Les fans sont avec nous aussi et nous poussent à tout faire pour nous maintenir. 

L'activité de Bryan Okoh contre l'OM
L'activité de Bryan Okoh contre l'OMMIGUEL MEDINA / AFP / Stats Perform

Nice est à 8 points d'Auxerre, Nantes n'est qu'à deux points : vous regardez plus vers le haut ou vers le bas ?

On va tout faire pour se maintenir et on a notre destin entre les mains. C'est à nous de travailler pour gagner le plus de points possibles et aller chercher la place au-dessus. C'est important de regarder plus haut, même si on sait ce qui se passe en-dessous. Il faut qu'on gagne nos matches. 

Christophe Pélissier est réputé très pédagogue. Comment vous l'analysez au quotidien ?

C'est intéressant car j'ai connu plusieurs coaches, avec des méthodes très différentes. Lui est très proche des joueurs, ce qui renforce l'idée qu'on est en famille. À l'entraînement, tout dépend des jours par rapport au match mais généralement c'est très intensif, pour qu'on soit prêt le weekend. 

Le style de jeu d'Auxerre a toujours été valorisé. C'est comme ça que l'AJA validera son maintien ? 

C'est vrai et une de nos forces, c'est notre collectif. On ne lâche rien, on s'entend bien sur le terrain et ce qui va nous aider, avec le public. Il nous manque juste les buts et je suis sûr que ça va tourner en notre faveur. 

Vous recevez Brest. Ludovic Ajorque est suspendu mais vous serez certainement opposé à un autre grand format en la personne de Rémy Labeau Lascary. Il y a aussi de petits formats comme Kamory Doumbia. Comment aborde-t-on des duels aussi différents ?

C'est différent mais j'ai un profil adaptable. J'aime jouer les duels. Je sais que ça sera différent et je me prépare aussi en fonction de l'adversaire. Je n'ai pas de problème à affronter des profils grands, rapides, ou plus petits et dynamiques. 

Il y a aussi une coordination à avoir avec ses coéquipiers. 

Effectivement. Savoir à quoi s'attendre, ça nous aide à pouvoir préparer les matches au mieux. 

Lassine Sinayoko était suspendu à Marseille, il est de retour contre Brest. Il est crucial pour l'équipe ?

C'est un très bon joueur, notre leader offensif et l'essentiel des buts passe par lui. On sait qu'il sera en grande forme, on le voit très fort à l'entraînement et on espère que ça va payer. 

Vous évoquiez les supporters : l'AJA ne connaît pas les soubresauts que l'on peut voir à Metz, Nantes ou Nice qui sont vos rivaux pour le maintien. 

Évidemment, ça aide et je pense que c'est ce qui fera la différence en fin de saison. Nous ne nous sentons pas tout seuls. On veut tous la même chose. Savoir qu'on est plus, ça donne de la force. 

À 18 ans, vous vous êtes rompu les ligaments croisés. Comment s'en remet-on, physiquement mais aussi psychologiquement ? 

Le début a été très difficile car je venais de recevoir ma première convocation avec la Suisse A. J'ai beaucoup travaillé mais avec ma famille, mes amis et Dieu aussi car la religion est très importante pour moi, ça m'a permis de rester concentré sur mes objectifs et de savoir ce que je voulais et où j'allais. J'ai énormément travaillé au centre performance de RedBull et il ne faut pas oublier pourquoi on est là et qu'on peut revenir à notre meilleur niveau. Il faut penser positivement. 

On imagine que le centre de performance RedBull est à la pointe ?

C'est pour tous les athlètes, c'est vraiment très bien. Il y a énormément de nouveaux appareils, le personnel est très bon. Et puis le fait de rencontrer des athlètes d'autres sports ajoute à notre culture. Certains viennent pour la rééducation, d'autres pour la préparation estivale ou hivernale. C'est très intéressant au niveau intellectuel. Je suis quelqu'un qui aime beaucoup apprendre. Parler avec d'autres sportifs de leurs blessures, de leur ressenti par rapport à ça, ça peut aider dans notre préparation mais aussi dans notre manière d'être. 

La formation du RB Salzbourg est très valorisée en Europe. Que pouvez-vous nous en dire ?

Là-bas, les techniques de travail sont essentielles. Tactiquement, il y a beaucoup d'intensité, beaucoup de lecture de données et ça nous permet d'être prêts physiquement parce que le championnat est intense. Et encore plus pour les entraînements qui sont très durs, avec une grosse activité des joueurs sur comme en dehors du terrain. 

Bryan Okoh période RB Salzburg à la lutte avec Marcus Thuram en 2023
Bryan Okoh période RB Salzburg à la lutte avec Marcus Thuram en 2023Photo par HANS PETER LOTTERMOSER / APA-PICTUREDESK / APA-PICTUREDESK VIA AFP

Vous avez signé trois ans et demi à Auxerre, c'est un moment charnière de votre carrière. C'est une source de motivation en vue du maintien pour initier un cycle personnel en Ligue 1 ?

Exactement. C'est une grande occasion pour moi de montrer mes qualités et je vais tout faire pour aider l'équipe à se maintenir. 

Jean-Alain Boumsong fait partie du staff. Pour un jeune défenseur central, c'est du bonus d'avoir un tel référent ?

Il m'apprend beaucoup, beaucoup de choses et il me donne énormément de conseils. Également sur ses expériences personnelles. Je suis quelqu'un de très à l'écoute et j'apprends chaque jour. Même quand je fais des choses bien, il me conseille d'autres options auxquelles je n'aurais peut-être pas pensé. Donc j'essaie de prendre tout ce que je peux pour devenir un meilleur joueur. 

Votre parcours est déroutant : vous êtes né à Houston, vous êtes international U21 suisse, vous avez été formé au RB Salzbourg et vous jouez en France. Tout ça à seulement 22 ans ! 

(Rires) Ce sont des expériences qui me permettent d'être la personne que je suis aujourd'hui. J'apprends beaucoup de chaque culture, de chaque endroit et c'est vraiment un plus. 

Vous parlez combien de langues ?

Français, anglais, allemand et je me débrouille bien en espagnol aussi. C'est pas mal (rires). 

Et combien de passeports ?

Je peux jouer pour les États-Unis, la Suisse, le Nigéria et le Congo (sourire).

On ne va pas créer de polémique inutile : vous êtes international U21 suisse.

Et j'ai déjà été appelé pour les A mais je me suis blessé au genou avant le match donc je n'ai pas pu débuter avec la Nati. 

La Coupe du monde est dans un coin de votre tête ?

Bien sûr ! Je travaille de mon côté à Auxerre pour avoir toutes mes chances. 

La France regarde souvent le football suisse un peu de haut mais les progrès de la Nati sont énormes, au point que c'est un vrai candidat pour au moins les 1/4 de finale du Mondial. 

La Suisse n'est pas le pays avec les individualités les plus fortes par rapport à la France ou l'Espagne par exemple. Mais le collectif est notre force, surtout qu'on a aussi de bons joueurs et de très bons jeunes qui arrivent. Les objectifs sont beaucoup plus hauts au niveau international. 

Auxerre a eu un très grand défenseur central suisse : Stéphane Grishting. On vous en a parlé ?

Oui, quand je suis arrivé. J'espère avoir autant d'impact que lui ici (sourire).