Interview Flashscore - Antoine Rigaudeau : "L'optimisme permet d'avancer"

Antoine Rigaudeau
Antoine RigaudeauFrançois Miguel Boudet

Antoine Rigaudeau alias "Le Roi" a donné rendez-vous dans une salle bien cachée de Massanassa, dans la proche banlieue de Valencia où il réside après y avoir fini sa carrière. À l'occasion de la sortie de son livre "Mes 7 marches pour l'épanouissement et la réussite du jeune sportif" aux éditions Amphora, le double champion d'Europe avec la Virtus Bologne et vice-champion olympique en 2000 avec les Bleus a accordé une longue interview pour Flashscore pour évoquer une multitude de sujets liés à la formation, ses souvenirs de Hall of Famer FIBA ainsi que le basket actuel.

Flashscore : Pourquoi avoir écrit ce livre, ces 7 marches pour l'épanouissement et la réussite du jeune sportif ?

Antoine Rigaudeau : C'est destiné à toutes les personnes impliquées dans la formation du jeune joueur et aux fans car il y a aussi des insides sur ce qui s'est passé dans ma carrière. Il y a une ligne directrice, les choses que j'ai vécues pour arriver à ma philosophie et ma colonne vertébrale sur ce qui doit être enseigné au niveau de la formation. 

C'est une idée récente ?

Cela fait dix ans que je voulais écrire, mais pas forcément sur le sport. C'est en rencontrant différentes personnes, en allant sur les terrains auprès des jeunes pour transmettre qu'on m'a fait parler de mes convictions. Cela m'a motivé.

Un livre pour tous
François Miguel Boudet / Anna Carreau

Vous insistez sur l'importance de la répétition des gammes et des basiques, tout au long de la carrière. La régularité est-elle plus forte que la motivation ?

Il y a un besoin de motivation, de venir s'entraîner pour pouvoir progresser. Il est extrêmement important dans l'entraînement d'exiger, de pousser et motiver les jeunes pour que chacun arrive au maximum de son potentiel. À travers l'entraîneur, il faut qu'ils apprennent des choses, surtout au niveau des attitudes, des valeurs, du comportement, tout ce qui leur sera utile dans la vie de tous les jours. 

C'est aussi un message à destination des entraîneurs, car la transmission ne peut pas se confondre avec une forme d'autoritarisme ?

Je suis totalement contre l'autoritarisme. Je pense qu'un entraîneur est en capacité d'avoir une certaine autorité s'il est capable d'apporter quelque chose à son public, aux jeunes sportifs. Il y a un savoir-faire, savoir de quoi on parle au niveau des fondamentaux, et un savoir-être. Souvent, le savoir-être est mis de côté et ça peut poser des problèmes d'apprentissage. 

Dans votre livre, Félix Wembanyama et Dominique Lebrun évoquent l'accompagnement de leurs fils. Pour autant, la pression parentale est souvent évoquée car elle peut annihiler les enfants. 

Le message à envoyer aux parents, c'est d'accompagner leurs enfants, de les motiver mais de ne pas influencer négativement les performances sportives, en particulier dans leur manière d'être sur un terrain. Et aussi d'avoir le recul en tant que parents quant à la confiance mise dans le coach. Parfois, en tant que parents, on veut tellement que son enfant réussisse qu'on n'arrive pas à se mettre de limites. Or je considère que tout le monde a des limites, qu'il faut les comprendre pour mieux les repousser le plus loin possible. 

Le rôle des parents dans le parcours sportif de leurs enfants
François Miguel Boudet / Anna Carreau

On constate depuis quelques années que des parents payent des préparateurs physiques et techniques spécifiques pour leurs enfants, y compris en bas âge. Cela se confond aussi avec l'ère de la data, au prix de l'amusement et de la créativité. 

L'ère de la data est présente partout mais ça ne veut pas dire qu'on ne doit penser qu'à ça. D'ailleurs, la data n'est qu'en dehors du terrain. Je n'ai jamais vu un jeune sportif, et même un professionnel, jouer avec un téléphone portable. Quand on est sur le terrain, il y a une limite d'espace, un règlement à respecter et on est en mesure d'exiger le maximum du potentiel de chaque joueur. Il est très important aussi de faire comprendre ça à tout le monde. Très, très peu de joueurs deviendront professionnels, ça doit se calculer en dixièmes de pourcentage. J'ai dit à mes enfants qui jouaient au foot que les autres joueurs veulent exactement la même chose qu'eux : devenir professionnel. Et aussi tous les joueurs de toutes les autres équipes du club. Et tous les autres joueurs de toutes les autres équipes de la ville. Et de toute la Communauté Valencienne. Et de toute l'Espagne. Il faut garder raison. S'entraîner tous les jours, c'est pour apporter quelque chose à sa vie de tous les jours, pas pour viser le haut niveau. 

Au fil des chapitres, vous convoquez aussi bien Michael Jordan et Bruce Lee qu'Albert Einstein et Ernest Renan : c'est une démarche pour susciter la curiosité et rester ludique ?

Cette écriture a commencé il y a 5 ans. J'ai commencé par des valeurs liées au sport, puis j'ai trouvé le squelette du livre, puis j'ai réécrit car je ne trouvais pas ça super. J'ai associé aussi la partie technique mais je perdais un peu tout le monde. Ça s'est structuré de cette manière-là et je voulais donner cette touche hors-sport, avoir des citations de gens qui n'ont rien à voir avec le sport. C'est une des choses qu'on a besoin de mettre en avant au niveau de la formation des jeunes sportifs : attiser la curiosité. J'ai la chance de participer au programme LNB Légendes avec qui on va dans les centres de formation. La première chose qu'on dit aux joueurs en tête à tête, c'est d'être curieux. On oublie la curiosité, plus qu'avant. Aujourd'hui, il y a tellement d'outils pour apprendre, pleins de choses peuvent vous nourrir. 

La construction de son identité propre vient de l'échange avec les autres ?

C'est une des beautés du sport. La mixité permet à différentes personnes de se rencontrer et de fonctionner ensemble. L'identité est importante pour moi, pas seulement sur l'identité individuelle, mais aussi par rapport aux autres. Il est important de comprendre son identité, comprendre d'où on vient et comprendre qui on veut être, justement pour comprendre l'identité des autres. Il y aussi l'identité collective, l'identité d'un projet commun, l'idée d'aller ensemble au même endroit. Sport collectif ou individuel, un athlète forme une équipe avec son entraîneur et ses camarades d'entraînement. Cette identité collective, on a besoin de plus en plus la soigner. 

Le développement de son identité propre
François Miguel Boudet / Anna Carreau

Ensemble on va plus loin ? 

Oui mais la vie de tous les jours, c'est la société collective, même si on veut nous faire croire qu'on est toujours plus individualiste et individuel - il y a beaucoup de choses qui nous poussent à l'être. La première base, c'est fonctionner ensemble pour créer une société. 

Le temps sur les écrans est un fait de société qui ne concerne pas uniquement les plus jeunes. Parvient-on à maintenir la concentration à un niveau élevé dans l'aire de jeu ?

C'est tout l'attrait de l'entraînement. Le coach a un groupe devant lui et il fait en sorte d'exiger de la concentration. C'est le savoir-faire et le savoir-être de l'entraîneur. Quand j'ai un groupe avec moi, je demande de la concentration, je la définis, même quand je suis avec des tout-petits, et l'engagement, qu'il soit physique ou pour la cause, pour l'équipe, pour le club. Ce sont les seules choses que j'exige réellement parce que chaque jeune sportif est capable de le mettre en place. Pour moi, mettre un panier à 3 points, ce n'est pas plus important que ça car je sais que des joueurs n'y arriveront pas. En revanche, la concentration et l'engagement, chacun peut le mettre en place. 

Le sport est-il une école de la gestion de la frustration ?

Le sport est une école de la vie s'il est pratiqué de façon à enseigner des choses pour pouvoir faire face à la vie. Si c'est juste un sport pratiqué pour de l'animation ou passer du temps, ça n'apporte pas grand chose. La vie de tous les jours n'est pas une cour de récréation 24 heures sur 24. Il y a des moments ludiques, agréables mais aussi des moments plus difficiles où il faut être capable de prendre des responsabilités et des décisions. Le sport permet, s'il est amené d'une certaine façon, à avoir des sentiments ou des moments de frustration qui permettent à chaque jeune, individuellement et collectivement, de trouver des solutions pour aller au-delà de cette frustration et donc d'élargir un cadre qui est au départ tout petit. On passe au-dessus de ses frustrations, on progresse et plus le cadre est grand, plus on est en capacité d'évoluer sereinement sur un terrain de sport et également à mon avis dans la vie de tous les jours. 

La 4e marche est consacrée à l'optimisme. On imagine que le choix à mi-chemin n'est pas le fruit du hasard ?

Le livre est structuré sur un parcours interne de choses qu'on acquiert au fil du temps. Dans le sport, on a dans un premier temps les fondations, l'esprit de conquête c'est-à-dire faire des pas en avant, la persévérance. On a besoin de tout ça. Je considère que, quand on a ça, c'est qu'on a une certaine forme d'optimisme. Quand on a tout ça, on est capable de voir tout ce qu'il y a autour de soi, et ça c'est la suite du livre. Je considère que l'optimisme fait partie de la vie de tous les jours et permet d'avancer, tout en gardant les pieds sur le terrain. Si on n'est que dans le rêve, ce n'est pas de l'optimisme, c'est se voiler la face. 

Manu Ginobili témoigne en fin de livre et il considère que jusqu'à 14 ans, il met de côté l'aspect purement compétitif pour mettre en place d'autres notions. 

Ce que j'aime beaucoup dans le développement des jeunes basketteurs en Espagne, c'est qu'il très axé sur l'aspect ludique pendant les entraînements. Dans les matches, les points sont comptés mais jusqu'à un certain point, sauf s'il y a un trop gros écart. Mon regard et ma réflexion portent sur ce que l'on peut apporter grâce à l'entraînement. Le match, c'est la cerise sur le gâteau, c'est voir si ce qu'on a mis en place pendant l'entraînement fonctionne et peut s'exprimer pendant un certain laps de temps, contre un adversaire que l'on ne connaît pas forcément. Si on revient à l'aspect compétition-compétitif-compétiteur, la première chose est d'être compétiteur envers soi-même, savoir s'exiger plus que ce qu'on est capable de faire. Sur la compétition, ce ne sont pas des choses très importantes, jusqu'à un certain âge. 

Sachant aussi que l'adversaire n'est pas un ennemi. 

Par rapport à mon parcours et à mes différents voyages, je vois sur le sol français qu'il y a souvent besoin d'un rapport amical entre joueurs et entre joueurs et entraîneur. Cela fausse un peu les données sur l'apprentissage et la transmission qui peuvent être apportés car cela diminue ce champ d'exigence dont l'entraîneur a besoin au niveau de ces jeunes sportifs pour leur demander de faire encore plus. C'est une chose que je dis régulièrement : le coach n'a pas besoin d'être l'ami ou l'ennemi des joueurs. C'est pour ça qu'on enlève tout autoritarisme. 

D'où l'anecdote sur un entraînement à Belgrade où le coach s'intéresse à la vie de chaque joueur avant le début de la séance pour mieux augmenter le curseur de l'exigence. 

Je mets des anecdotes sur ce que je veux expliquer mais chacun peut amener des choses pour que ça se passe bien pendant l'entraînement. 

Faut-il mettre des notes en sport à l'école ? 

Plus que des notes, il faut mettre plus d'heures, et avec une certaine exigence. Pourquoi ne pas mettre de notes ? Mais surtout : selon quels critères ? On en revient à la même chose : que demande-t-on en voyant un match ou un entraînement et qu'attendons-nous des joueurs en tant qu'entraîneur ? Pour être très concret, quand je parle à un groupe de personnes sportives ou non, je peux leur dire que si un ballon est au sol, tout le monde peut plonger pour le prendre. Ça peut être une bonne note mais ça ne veut pas dire que tout le monde est capable de mettre un 3 points. C'est réussir à mettre des choses en place que les gens sur le terrain sont capables de réaliser. Et la note sera meilleure, en fonction de l'effort. 

Y a-t-il une corrélation entre le fait que votre mère était institutrice et votre volonté de transmettre une pédagogie ?

Je ne sais pas. J'ai toujours aimé le sport, le pratiquer même si je pratique moins aujourd'hui. Il y a aussi cette envie de transmettre, je ne sais pas si dans l'ADN mais toutes les expériences qu'on vit ou qu'on voit nous imprègnent. Peut-être a-t-on envie de les répéter. 

Et de toujours ressentir le besoin d'apprendre ?

Toujours le besoin d'apprendre ! Ça c'est sûr. On apprend tous les jours, en le voulant et même sans le vouloir, simplement par la communication comme pendant cette interview. 

Vous est-il difficile en tant qu'Hall of Famer FIBA de vous mettre au niveau d'un joueur qui n'a pas les mêmes aptitudes que les vôtres ? 

J'ai eu une petite expérience de coach professionnel (au Paris-Levallois, ndlr) et j'ai compris tout de suite qu'il y avait des choses qui n'allaient pas. En plus, il y avait un management sur et en dehors du terrain qui ne me plaisait pas, je ne prenais pas de plaisir et ça ne m'intéressait pas beaucoup. J'ai écarté ce côté-là. Mais par rapport à des débutants de 5 ans ou de jeunes joueurs et joueuses de 19-20 ans, aucun problème, d'autant plus que je suis dans une notion où le cadre est bien posé, où il y a des consignes bien précises à respecter dans le jeu avec, en même temps, des portes ouvertes pour laisser de la créativité. 

Ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir ce recul ?

Ça se travaille et ça s'entraîne. Il y a la possibilité d'apprendre et je pense que chacun a sa personnalité, chacun a la capacité de se forger cette personnalité. Il y a des personnes qui n'ont pas cette capacité-là et donc la voie de la transmission n'est pas faite pour eux. 

Vous êtes aussi honnête dans le livre : vous avouez vos échecs, notamment aux Mavs avec Don Nelson. 

Ça c'est évident et c'est d'ailleurs pour ça que 99,5% des joueurs ne seront pas des sportifs de haut niveau parce qu'on a tous nos limites, des choses qu'on n'arrive pas à mettre en place. Néanmoins, je considère que je suis arrivé lors de ma carrière au maximum de mon potentiel. Et j'en suis très fier. Il y a des endroits où ça ne s'est pas très bien passé comme en NBA sur le plan du terrain mais, tout ce qu'il y avait en dehors, j'ai trouvé ça très enrichissant parce que j'ai compris comment fonctionnait la NBA. Je n'en fait pas un problème en soi. Si je n'ai pas la motivation ou que je ne m'épanouis pas, je préfère arrêter et je passe à autre chose.  

Mes 7 marches pour l'épanouissement et la réussite du jeune sportif
Mes 7 marches pour l'épanouissement et la réussite du jeune sportifAmphora

Est-ce qu'on pourrait vous voir à la tête d'une catégorie inférieure de l'Equipe de France

On ne me l'a jamais proposé donc je pense que, pour le moment, ce n'est pas envisageable. 

Vous aviez fait parvenir un dossier à la FFBB il y a quelques années ?

Quand j'ai arrêté ma carrière, il y a quasiment 20 ans, j'avais proposé un management autour de l'Equipe de France A. On n'avait pas accepté ma proposition mais ça fonctionne aujourd'hui un peu comme je l'avais soumis, avec une structure professionnelle bien encadrée où chacun est à sa place. 

Tony Parker veut devenir entraîneur, une décision récente. Est-ce que vous avez des conseils à lui prodiguer ?

(Rires) Non, je n'ai absolument aucun conseil à donner à Tony. Moi, ce qui me plaît, c'est transmettre aux jeunes et qu'ils soient en capacité à apprendre des choses qui leur seront utiles. Je ne suis pas en train d'entraîner de futurs joueurs professionnels. Je m'adresse à tous les jeunes, de n'importe quel niveau et de n'importe quelle catégorie pour que les efforts qu'on est en droit de demander soient payants et pas obligatoirement pour le résultat sportif. Un sélectionneur d'une Equipe de France est beaucoup moins dans la transmission mais dans l'objectif sportif immédiat de gagner ou de faire un très bon résultat dans une compétition internationale. 

Votre assistant au Paris-Levallois est devenu sélectionneur des Bleus après les JO. Il y a une petite fierté ?

Frédéric Fauthoux était mon assistant et il a pris la suite quand je suis parti. Il a commencé sa carrière de coach de haut niveau avec moi à Paris. Je n'ai aucune fierté par rapport à ça. On a eu une période de 4 mois ensemble à s'occuper d'une équipe et après, c'est lui qui mérite tout ce qu'il a aujourd'hui. Il a encore beaucoup de choses à mettre en place avec des objectifs évidemment très intéressants et élevés. Il faut laisser l'Equipe de France travailler car il y a tout ce qu'il faut pour avoir de bons résultats. 

Atteindre la finale des JO, c'est devenu un objectif. Mais en 2000 à Sydney, c'était un exploit car il n'y avait aucun joueur NBA. Vous avez ouvert la voie.

On a mis le train sur les rails. Le basket français se structurait depuis les années 90 et l'Equipe de France a envoyé un message : "à vous de faire en sorte que ce train prenne de la vitesse et devienne un jour un TGV". 

Cholet, terre de grands basketteurs
François Miguel Boudet / Anna Carreau

Vous venez de Cholet, immense club formateur. On pourrait citer pêle-mêle Rudy Gobert, Jim Bilba, Charles Kahudi, Killian Hayes et plein d'autres encore. D'où vient cette tradition ?

J'ai avancé une théorie. Cholet a très tôt mis en avant la formation du jeune joueur. C'est un des premiers clubs à être allé chercher des joueurs partout en France, y compris dans les DOM-TOM pour les faire intégrer le centre. Nos premières années ont été très performantes au niveau des résultats. On a été champion de France Espoirs, vainqueur du Tournoi du futur. Quand il y a un endroit où ça gagne, ça fait parler, ça alerte et les jeunes joueurs veulent aller là-bas parce que quelque chose se passe. Moi au bout de deux ans de formation, je suis passé pro dans une équipe qui avait certes deux Américains mais aussi avec d'autres joueurs du centre qui intégraient l'équipe professionnelle. Tout ça donne envie aux autres joueurs car ils savent qu'il y a la possibilité d'un jour jouer au niveau professionnel. Cela a fait venir de bons joueurs qui maintiennent cette tradition de gagner régulièrement des titres en Espoir et de montrer que Cholet a un bon centre de formation. Ça fait venir des prospects NBA et Cholet a donné le plus de joueurs draftés en France voire en Europe et il y a eu plus de 100 joueurs pros sur une quarantaine d'années. C'est énorme ! Ça a fourni les Equipes de France. Tout ça fait que le club a cette réputation, les joueurs ont plus de facilité et d'envie de venir. 

La force de la Betclic est-elle aussi sa faiblesse : son ancrage dans les territoires limite-t-elle son développement médiatique ?

Le basket en France est un basket de territoires et il l'a toujours été. On peut parler de Cholet, de Pau, de Limoges, de Strasbourg, et on peut citer toutes les équipes. Même Villeurbanne et Paris sont sur leur territoire et y sont très performants. On n'a jamais réussi à créer une dynamique, une osmose globale pour pouvoir attirer les medias qui donneraient plus de visibilité. Néanmoins, je pense que ça change. Le basket français attire mais il y a une vraie concurrence avec la NBA, ce qui est un problème. Notre basket français se targue d'envoyer des joueurs en NBA mais on parle plutôt plus de projets individuels que d'identité globale qui permettrait au basket français de s'élever. Ce n'est pas comme en Espagne qui est plus forte avec une Liga indépendante de la fédération et où de gros clubs drainent vers le haut. C'est toute une difficulté à mettre en place et à créer et je ne sais pas si on a la capacité de le faire. 

Faudrait-il fusionner Pro A et Pro B ?

Très bonne question ! Je suis pour qu'il y ait en effet un gros championnat avec plusieurs équipes plutôt que de descendre le nombre d'équipes, et la France peut se permettre d'avoir un championnat à 24 équipes, avec un certain cahier des charges, avec une capacité minimale des salles, un minimum de budget, un certain fonctionnement au niveau des clubs et de prioriser beaucoup ce qui se passe sur le terrain car c'est ça qui fera que le basket prendra de l'ampleur. Après, il y a un besoin d'image, donc des salles modernes avec de la lumière correcte, des terrains faits de la même façon, avec seulement deux couleurs pour que le rendu soit agréable. Le basket français est-il prêt à ça ? Je ne sais pas. 

Le championnat de France doit-il évoluer pour gagner en attractivité ?
François Miguel Boudet / Anna Carreau

Question piège : est-il plus dur d'être face à 500 enfants pour un cours ou face à 500 ultras de la Virtus Bologne pour qu'ils regagnent leurs places ? 

(Rires) 500 enfants, je ne l'ai jamais fait mais j'ai déjà eu 50 petits basketteurs pendant des matinées sur des stages et ça s'est très bien passé parce qu'il suffit de poser un cadre. Les 500 tifosi, ça s'est plutôt bien passé parce que j'ai finalement réussi à faire en sorte que le match se joue. 

On rappelle le contexte : le mythique coach Ettore Messina venait d'être viré par le propriétaire de la Virtus, cela n'a pas plu aux supporters qui ont envahi le parquet avec le coup d'envoi d'un match de championnat et vous êtes monté sur une table pour leur parler. Que représente Messina au niveau du basket mondial ?

Il est l'un des coaches européens emblématiques, qui a non seulement fait une très grosse carrière en Europe mais aussi en NBA, avec une franchise qui a toujours été tournée vers l'international : les San Antonio Spurs. Il a apporté sa vision du basket européen, de passing game, de partage de la balle, du collectif. Je pense que c'est un des coaches qui, avec Zeljko Obradovic (9 fois vainqueur de l'Euroleague, ndlr), a vraiment cette volonté de mettre l'équipe en avant. J'aime beaucoup ces entraîneurs-là car ils n'ont pas besoin de la lumière, ils ne la recherchent pas mais la lumière vient à eux naturellement. Ils ne réclament rien, ils mettent des choses en place, des façons d'être, des savoir-faire qui font que l'équipe est performante. 

Vous avez décroché le titre de champion de France avec Pau-Orthez, à l'époque de la grande rivalité avec le CSP Limoges. Que représente ce maillot ?

Quand je suis parti de Cholet, j'avais le choix entre Pau-Orthez et Limoges et j'ai eu un meilleur feeling avec Pau-Orthez. C'est quelque chose qui me tenait à coeur : aller dans un club pour jouer le titre, avec une vraie identité forte régionale. Ce sont des clubs où, grâce à cette identité-là, il y a une passion autour du terrain qui nourrit les joueurs et donne envie de réussir tous ensemble, dans un palais des sports qui reste encore aujourd'hui une très belle salle. 

Impossible de jouer pour Limoges après avoir joué à Pau-Orthez ?

Je considère que quand on s'imprègne d'une identité et qu'on fait partie d'un club, il y a d'autres clubs où on ne peut pas aller. C'est ma façon de voir les choses. 

Ensuite, vous aviez le choix entre le Kinder Bologne et le Panathinaïkos que vous aviez martyrisé avec Pau-Orthez en Euroleague, ce qui avait achevé de les convaincre... mais vous avez préféré l'Italie. 

Il n'y a pas eu que ça parce que les recruteurs en Europe ou ailleurs ne regardent pas une performance sur un match. Cela dit, quand j'étais joueur, on m'avait dit qu'il était important d'avoir été bon contre le club qui voulait vous recruter. Ce style de match aide, mais il n'y a pas que ça. 

Dans le livre, vous parlez de Manu Ginobili qui, non seulement un joueur exceptionnel mais aussi un coéquipier facile à vivre quand vous jouiez ensemble à la Virtus. Star sans l'être : est-ce que c'est la quintessence du joueur collectif ? 

Je ne sais pas. Chaque joueur a sa personnalité. Quand j'entrais sur le terrain, c'était pour que l'équipe gagne. Si le joueur à côté de moi, même si je n'avais pas d'affinités, était en capacité d'aider l'équipe à gagner, je n'avais aucun problème par rapport à ça. Pour en revenir à Manu, non seulement, je n'avais jamais vu ce style de joueur faire ce genre de choses, avec cette humilité pour travailler, pour écouter, pour comprendre et pour assumer ses responsabilités en tant que jeune joueur dans une équipe qui jouait tous les titres. 

Vous différenciez le leader et le leadership. C'est une question de responsabilité ?

J'ai toujours fait très attention à ces différences-là. Le leader est capable de remplir une fiche de statistiques. J'ai rencontré des joueurs qui étaient les meilleurs marqueurs avec 25 points par match, mais ce n'est pas pour ça que leur équipe gagnait. Le leadership, c'est un joueur capable d'insuffler une dynamique positive, conquérante, un esprit de groupe pour faire en sorte que l'équipe aille vers le même objectif de victoire. Souvent, le joueur qui a du leadership montre à ses coéquipiers, notamment avec ses statistiques, qu'il est important. Néanmoins, ce n'est pas parce qu'il n'a pas de lignes statistiques exceptionnelles qu'il n'a pas de prise sur le groupe. Je pense que le joueur qui a vraiment du leadership, c'est celui qui ne joue pas mais qui fait en sorte que son équipe soit bonne quand même, juste par la présence, la sérénité, l'énergie qu'il peut apporter, juste par des mots ou par un geste. C'est une vraie différence et ce sont des choses très intéressantes à voir, y compris chez de jeunes joueurs qui ont déjà le caractère pour emmener un groupe par rapport à ceux qui sont déjà plus individualistes dans leur rapport aux stats. 

Bonus : le Top 10 à l'aveugle des joueurs d'Euroleague All-Time 

Antoine Rigaudeau est trop modeste !
François Miguel Boudet / Anna Carreau