Peut-être aurait-il mieux valu écouter Marcelino plutôt que de le mépriser...

Marcelino García Toral
Marcelino García ToralCLEMENT MAHOUDEAU / AFP

"Le temps te donnera raison" affirme Marcelo Bielsa. Cette maxime vaut aussi pour Marcelino García Toral. Deux ans et demi après une interview au vitriol accordée à L'Equipe, son analyse s'est révélée prophétique sur les ambitions de l'OM.

"Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent". Michel Audiard avait le sens de la formule et peut-être que cette référence au film 100 000 dollars au soleil d'Henri Verneuil aurait dû faire écho à Marseille depuis plusieurs années. Car quand Marcelino García Toral, quasiment 500 matches comme entraîneur en Espagne au compteur au moment de sa venue, a expliqué dans les colonnes de L'Équipe le 10 octobre 2023, que l'OM était un club qui régressait, il aurait mieux valu prendre ses remarques en considération plutôt que de l'insulter. 

Après les menaces de certains membres de plusieurs groupes de supporters, il avait décidé de foutre le camp plutôt que de rester dans cette poudrière, tandis que Pablo Longoria et plusieurs autres dirigeants avaient dû rester... avant de partir les uns après les autres. Deux ans et demi plus tard, il n'y a plus personne de cette époque. 

Dans cet entretien, tout est déjà expliqué. L'Asturien n'était probablement pas le nom clinquant espéré par les supporters et une bonne partie des médias qui recherchaient un fort en gueule qui mouline des bras comme un forcené dans sa zone technique. Mais il était probablement un choix lucide de la part de Longoria car Marcelino tranchait avec ce refus obstiné du calme ambiant, tellement vendeur mais si peu efficace. 

Son diagnostic était clair, sans concession et peut se résumer en une seule phrase : "C'est l'illogique qui s'invite dans le monde réel". Au lendemain d'une piteuse élimination en 1/4 de finale de Coupe de France à domicile, en ayant mené deux fois au score et avec une équipe chassée de la pelouse par des jets de fumigènes, relire ses propos est éloquent.

La fuite en avant a commencé à ce moment-là et personne n'a encore trouvé le frein. Après le coup de pression, Marcelino avait été cinglant : "Ces événements déplorables démontrent que ce n'est pas un club aussi grand que ce qu'il voudrait être. Certains supporters radicaux qui veulent influer en permanence sur les événements l'empêchent d'être un grand club. (...) Mon expérience très courte me fait penser que c'est un club où créer un projet est absolument impossible. Parce qu'un club aussi grand ne peut pas être manipulé par quelques-uns. Les clubs sérieux sont dirigés par le haut, et chaque problème, chaque situation est gérée et sanctionnée si besoin. (...) Les clubs doivent évoluer, pas régresser. Et l'OM, comme le montrent les résultats depuis un bout de temps, est un club qui, au lieu d'évoluer, régresse.(... ) À mon avis, pour les exigences qu'il y a à l'OM, il doit y avoir un effectif plus ample que ce qu'il y a actuellement. Il n'y a pas de corrélation entre les exigences et la réalité de l'effectif". 

Les dirigeants olympiens ont créé un tourbillon, l'ont alimenté avant d'être engloutis. Les transferts incessants, les mises à l'index publiques, les suspensions, les valses des entraîneurs : c'est à se demander comment le Vélodrome peut être à guichets fermés depuis des années alors que tout a été fait pour aboutir à cette situation. 

La victoire agonique contre Lyon dimanche a fait long feu : l'OM est 4e et il lui faudra des trésors de mental pour tenir bon jusqu'à la 34e journée, contre Rennes, un concurrent direct. Pendant ce temps-là, le Villarreal de Marcelino est certainement imparfait et a sombré en Ligue des Champions, mais il est toujours en course pour terminer sur le podium de Liga devant l'Atlético et devrait, sauf catastrophe, retourner en C1 la saison prochaine, avec un coach bientôt prolongé.