Interview Flashscore - Libor Kašík : "À Marseille, l'OM est une machine mais le hockey a trouvé sa place"

Libor Kašík sous le maillot des Spartiates Marseille.
Libor Kašík sous le maillot des Spartiates Marseille.Instagram / @spartiatesmarseille

La Ligue Magnus française compte un nouveau challenger. Marseille tente de rivaliser avec les équipes établies. Les Spartiates sont dirigés par Luc Tardif, fils du président de l’IIHF, qui occupe le poste d’entraîneur principal. Dans les cages, le gardien tchèque Libor Kašík (33 ans) brille, et un joueur de l’équipe a même été sélectionné avec l’équipe de France olympique. Ce n’est donc pas un hasard si la Patinoire Palais Omnisports Marseille Grand-Est, située à quelques pâtés de maisons du Stade Vélodrome, affiche les plus fortes affluences de tout le championnat.

La chronique du hockey à Marseille a débuté dans les années 1970, mais ce sport d’hiver traditionnel a longtemps eu du mal à s’imposer dans la ville côtière. Les échecs se sont succédé, suivis de nouveaux départs. Ce n’est qu’en 2013 qu’un tournant décisif a eu lieu. Les Spartiates sont nés.

Tout a changé lorsqu’un certain Luc Tardif, fils de l’actuel président de l’IIHF, est arrivé dans le sud de la France. L’ancien international s’est vu confier le rôle de joueur, d’entraîneur et de manager général. En dix ans, il a contribué à bâtir une organisation solide. Grâce à son nom, sa personnalité et ses contacts, le club, né littéralement sur la plage, est devenu une marque respectée.

"J’ai entendu dire que le principal sponsor du club cherchait un sport qui ait du sens pour lui. Il est impossible de rivaliser avec le football à Marseille, l’OM est une véritable machine sportive. Ils ont donc misé sur le hockey, qui a vraiment trouvé sa place ici", raconte Libor Kašík, aujourd’hui pilier de l’équipe.

Joueurs des Spartiates Marseille
Joueurs des Spartiates Marseilleinstagram / @Spartiatesmarseille

Les Spartiates n’ont rejoint l’élite du hockey français qu’à l’été 2023, grâce à une promotion administrative. Ce sport d’hiver traditionnel a enfin trouvé sa place dans une ville de football.

"C’est une destination vraiment particulière, tout au sud, où il fait presque toujours chaud. Mais la ville compte 800 000 habitants et n’est pas si étendue. Les gens aiment le sport ici, donc il est assez facile de construire une base de supporters, à condition d’avoir quelque chose à offrir", estime le gardien tchèque, qui ne tarit pas d’éloges sur sa nouvelle aventure.

L’ambiance dans la patinoire est électrique, la salle est souvent pleine. Les rencontres sont rythmées par une mise en scène devenue indispensable, transformant le sport en véritable spectacle. À l’entrée des joueurs sur la glace, la mascotte les accueille avec un casque spartiate typique.

Mascotte des Spartiates Marseille
Mascotte des Spartiates Marseilleinstagram @Spartiatesmarseille

"Oui, c’est vrai, je suis un Spartiate, c’est vraiment drôle, sourit Kašík. Pourtant, quand je jouais en Extraliga tchèque, il n’y avait pas de plus grand rival que le Sparta. Et aller gagner à l’O2 Arena, c’était toujours un événement spécial pour Zlín", se souvient-il.

Avant Kašík, une vingtaine de joueurs tchèques ont déjà porté les couleurs de Marseille au fil des ans. Le brassard de capitaine a même été porté par le Sud-Bohémien Roman Novotný. Mais le gardien actuel, champion de l’Extraliga tchèque en 2014, est sans doute la figure la plus marquante.

Salarié pour la première fois

La France n’est pas encore une destination où les hockeyeurs affluent pour des salaires irrésistibles. On compte 60 Canadiens dans la ligue, qui ont l’avantage de parler français. Il y a 17 Suédois, 14 Finlandais et seulement huit Tchèques. Mais cela pourrait vite évoluer.

"Je pense que les Français savent prendre soin de leurs joueurs dans les clubs. Du moins à Marseille, nous bénéficions d’un service parfait, que ce soit pour les kinés ou pour tout ce qui concerne le suivi sportif. Mais je n’ai rien à gérer non plus sur le plan administratif. Pour la première fois de ma vie, je suis salarié", s’étonne Kašík.

La législation française ne permet pas d’autre statut. Pour un joueur qui a toujours été travailleur indépendant, c’est un avantage intéressant. "Évidemment, le montant qui arrive sur le compte n’est pas le même que lorsqu’on facturait, mais on sait qu’on reçoit un salaire net. Plus besoin de s’occuper des cotisations, c’est un certain confort. Je pense que c’est surtout une bonne chose pour les joueurs plus âgés, qui ont un peu plus de recul",  estime-t-il. Selon lui, cet environnement social pourrait attirer d’autres joueurs intéressants à l’avenir. "Je sais que c’est un sujet dont on parle beaucoup en ce moment, notamment chez les Finlandais. Pour eux, c’est un vrai sujet", ajoute Kašík.

Dormir dans le bus

Les joueurs de Marseille ont l’inconvénient de devoir parcourir de longues distances pour affronter de nombreux adversaires. Amiens, Rouen, Cergy ou Angers sont des destinations situées à près de 1 000 kilomètres.

"C’est vrai qu’on fait parfois de longs trajets, mais grâce au service offert par le club, je ne ressens pas la fatigue. Nous avons un bus formidable, chaque joueur dispose de sa propre couchette pour dormir", explique Kašík.

Bus des joueurs des Spartiates
Bus des joueurs des Spartiatesinstagram / @spartiatesmarseille

Pour les déplacements les plus longs, le départ se fait généralement vers 22 heures et le voyage se déroule de nuit. Les joueurs dorment dans le bus et arrivent le matin dans la ville, avec la possibilité de se reposer encore à l’hôtel. "Si je compare avec les habitudes en République tchèque, à Zlín, on partait souvent le matin et, après un long trajet, on allait presque directement sur la glace, complètement courbatus", raconte l’un des rares Tchèques de la Ligue Magnus.

Le hockey à Marseille progresse chaque saison. Cette année, l’équipe affiche pour la première fois un bilan positif. Grâce notamment à son gardien tchèque, le club figure dans la première moitié du classement. Dans toute la Ligue Magnus, aucun gardien n’a disputé plus de minutes. De plus, dès le premier match de 2026, Kašík a signé un blanchissage lors du prestigieux derby contre Nice, son deuxième de la saison. Il occupe la deuxième place au classement de l’efficacité des arrêts.

Ambiance lors du match de hockey Marseille vs. Nice.
Ambiance lors du match de hockey Marseille vs. Nice.instagram / @Spartiatesmarseille

Le club du sud de la France ne veut pas faire de la figuration. Dans le vestiaire, on commence à élaborer des plans pour réussir en play-offs. L’appétit vient en mangeant. "Je vois une vraie progression, l’équipe s’améliore d’année en année. Moi aussi, j’ai envie de gagner", souligne-t-il.

Un gardien tchèque en équipe de France ?

En France aussi, l’approche des Jeux olympiques commence à faire parler. Marseille a fourni un joueur à l’équipe olympique, le défenseur Enzo Cantagallo. "On l’a tous félicité", raconte Kašík. Mais il ne donne pas beaucoup de chances à l’équipe nationale pour les prochains Jeux de Turin. "La France ne compte actuellement qu’un seul joueur de NHL, et cela va forcément se ressentir. En plus, dans le groupe, elle affrontera le Canada, la Tchéquie et la Suisse, ce qui est un tirage extrêmement difficile", ajoute-t-il.

L’équipe du Coq pourrait aussi compter sur Martin Neckář, un gardien d’origine tchèque. Mais Kašík ne le connaît pas du tout : "Je dois avouer que je n’ai entendu parler de lui qu’à l’occasion de cette sélection. C’est un jeune, il joue en Suisse. Je suis curieux de voir s’il aura sa chance".

Mais il n’y a pas que les Jeux de cette année. La France se prépare aussi pour les Jeux qui auront lieu en 2030 dans les Alpes savoyardes. Ils devraient donner un nouvel élan au hockey. "Les Jeux olympiques n’iront certainement pas jusqu’à Marseille. Mais de grands projets sont prévus à Nice. Le hockey devrait s’y jouer, et ce sera sûrement très beau", anticipe le gardien tchèque.

Zlín ne descendra pas

Kašík s’est bien acclimaté dans le sud de la France. "Avant, je rêvais un peu de jouer en NHL, par exemple en Floride. D’une certaine façon, mon rêve se réalise. C’est vraiment agréable ici. Cet hiver, il a fait plus froid, mais le reste de l’année, le climat est très doux", raconte-t-il. Le football est aussi un bonus : "Je n’ai pas d’abonnement à l’OM, je choisis plutôt les matchs que je veux voir. J’adore l’ambiance, c’est vraiment une expérience".

Il ne sait pas encore si son aventure française sera une courte parenthèse ou si elle se prolongera sur plusieurs années. "Tout reste ouvert, mais je ne suis pas venu ici juste pour profiter du soleil. J’aimerais vraiment accomplir quelque chose ici, gagner un titre avec l’équipe", affirme le gardien tchèque avec détermination.

Piliers du hockey marseillais : Albin Lindgren et Libor Kašík
Piliers du hockey marseillais : Albin Lindgren et Libor Kašíkinstagram / @spartiatesmarseille

Et un retour à Zlín, sa ville d’origine ? "Je serais heureux d’y revenir si, à l’avenir, il y a de l’intérêt et que cela a du sens. Je sais que les Berani ne sont pas au mieux en ce moment, je continue de suivre ça à distance. Mais je ne pense pas qu’ils devraient descendre en deuxième division. Il faut surtout stabiliser la situation, et avec le temps, ça ira mieux. L’essentiel, c’est que la défense tienne la route, car dans la lutte pour le maintien, c’est la clé", conclut celui qui a fêté le titre de champion avec Zlín il y a 12 ans.