Longtemps, très longtemps, Harry Kane a été considéré comme un immense loser. Jouer à Tottenham, souvent placé et jamais gagnant, n'a pas aidé à garnir son armoire à trophées qui ressemblait à Nothing Gulch, ballots de paille qui traversent le Far West inclus.
La trentaine sonnée, après avoir perdu une finale de Ligue des Champions avec les Spurs et une de l'Euro à Wembley, Kane a mis le cap sur le Bayern. Pas de chance, la guigne l'a accompagné pour sa première saison, avec le sacre du Bayer Leverkusen, le Tottenham allemand. Et sa deuxième finale de l'Euro s'est de nouveau finie dans les larmes et l'amertume. Harry maudit ?
Buteur régulier, Kane est une garantie mais il lui manque une dimension pour pleinement devenir un leader. Il va l'acquérir avec Vincent Kompany. Décrochages, organisation, repli, relance et toujours des buts en pagaille : Kane irradie et, en bonus, il apprend à soulever des coupes.
Cette saison, il a remporté la Bundesliga, la Pokal et la SuperPokal ainsi que le Soulier d'or. Seuls le PSG en Ligue des Champions et l'Argentine lors de la Coupe du monde ont pu stopper la marche victorieuse de Kane qui, chaque fois qu'il a croisé Kylian Mbappé, son grand rival en termes de pions inscrits, en est sorti vainqueur.
Pour les bookmakers britanniques, forcément chauvins, Kane n'a jamais quitté la première place des favoris pour le Ballon d'Or. Chez lui, à Londres, il succède notamment à Stanley Matthews, premier lauréat en 1956, et à Michael Owen, dernier Anglais sacré il y a déjà un quart de siècle, en 2001. Owen ou l'exact opposé de Kane, wonderkid devenu roi de Liverpool avant de s'éteindre petit à petit, jusqu'à commettre le crime de porter le 7 de Manchester United en fin de carrière. Kane a connu les affres des divisions inférieures, avec des prêts à Leyton Orient, Millwall, Norwich et Leicester. Une maturation lente qui ne l'a pas empêché de devenir un artilleur exceptionnel : 213 buts en 317 matches avec Tottenham, 102 en 100 apparitions avec le Bayern et 91 en 125 capes avec les Three Lions.
À 33 ans, Kane s'inscrit dans la lignée des Ousmane Dembélé et Karim Benzema, lauréats quand on ne l'espérait plus, des joueurs d'équipe qui ont utilisé leurs capacités individuelles au service du collectif.
