Bonjour Faustine, ça va ? Comment se déroulent les premiers entraînements ?
On est arrivées en milieu de journée hier. On a fait notre première séance hier soir. Ce matin, on était sur une double séance musculation et terrain. Là, on est vraiment sur quatre jours où on se prépare intensément pour pouvoir mettre en place notre jeu pour le tour principal. On aura une confrontation samedi pour une première mise en place avant d'enchaîner.
Tu aimes bien rentrer en France comme ça ? C’est l’occasion de retrouver la nourriture française, tes proches...
Oui, c'est toujours une bouffée d'air de retrouver mes amies françaises parce qu'au-delà d'être des coéquipières, ce sont des amies. Par exemple, j'ai eu l'opportunité de rentrer trois jours à la maison. Le fait que ce soit à Paris, ça fait beaucoup de bien. C'est toujours une grande joie de venir en sélection.
C'est la première campagne de qualification à un Euro pour l'équipe de France de futsal. Comment gérez-vous cela ?
Effectivement, c'est une première sur une qualification à l'Euro. Après, on a connu le tour principal et le tour élite de la qualification à la Coupe du monde, ce qui fait qu'on a déjà joué quelques matchs officiels. Mais là, c'est une première pour l'Euro, d'autant plus que ce sera un premier Euro à huit équipes. On y va vraiment avec l'intention de se qualifier pour le premier Euro de notre histoire. Le mois dernier, on était en préparation, mais là on est dans un cadre de compétition officielle. L'exigence est encore plus élevée, chaque séance compte, et la récupération invisible d'autant plus. On est vraiment dans un "mood" compétition.

Le fait d'avoir déjà fait les qualifs au Mondial vous donne l'expérience de ces matchs décisifs ?
Oui, tout à fait. Les matchs officiels sont toujours différents des matchs amicaux car il y a un enjeu important. On sait que seuls les premiers de chaque groupe et les deux meilleurs deuxièmes passent. On n'a pas le droit à l'erreur, il faut donner le maximum de soi. On n'est pas sur des tests, mais sur des matchs importants.
Vos adversaires sont l'Irlande du Nord, la Slovénie et la Lettonie. Ce sont des équipes à votre portée ?
Oui, d'autant plus qu'on a déjà joué la Slovénie et l'Irlande du Nord. On avait gagné 5-2 contre l'Irlande du Nord au tour principal de qualification à la Coupe du monde. Contre la Slovénie, on avait fait 1-1, puis 2-1, ce qui était notre première victoire de l'histoire. On sait que ce sont des équipes à notre portée, mais on a énormément travaillé depuis. Les émotions ressenties contre la Slovénie nous donneront encore plus d'énergie. Rien n'est gagné, il faut les prendre au sérieux. Concernant la Lettonie, c'est une équipe dont on entend peu parler, on a peu d'informations, mais ça reste une nation à jouer à 100%.
"J'ai toujours l'impression d'avoir plus que mon âge"
Vous allez vous déplacer en Slovénie, là où vous aviez fait votre premier déplacement de votre histoire. C'est un peu votre deuxième maison maintenant ?
C'est vrai que c'est la première fois qu'on retourne dans un même endroit à l'étranger. On ne va pas exactement dans la même ville, ce ne sera pas Ljubljana, mais les émotions seront les mêmes que lors de notre première victoire. Je pense qu'on joue au bon endroit.
L'Euro, c'est un rêve pour toi ?
Oui, c'est un grand objectif. Il y avait cet objectif de se qualifier pour la première Coupe du monde de l'histoire ; on n'a pas réussi, mais il reste du temps pour pouvoir y participer plus tard. L'Euro est une grande compétition avec les meilleures équipes européennes et l'occasion de gagner un titre. On travaille chaque jour pour ce genre de match.
La sélection n'a que trois ans, ça va très vite finalement.
Quand on voit les moyens que met la Fédération aujourd'hui, ils en mettent plus que de nombreuses nations européennes. On est dans un cadre qui nous permet d'avoir de grandes ambitions. On a un staff hyper complet et les meilleures conditions possibles. Tout ça aide à progresser très vite. Ce qu'on a fait en trois ans, très peu de nations l'ont fait.
Est-ce que les progrès de l'équipe masculine vous boostent aussi ?
Oui, les garçons sont un vrai exemple. C'est aussi pour ça que la Fédération investit sur les filles, parce qu'on voit que les garçons commencent à être présents sur la scène internationale. On le voit aussi au niveau des clubs avec Laval qui se qualifie pour le Final Four de la Ligue des champions. La France commence à exister. On va y arriver petit à petit, il faut nous laisser du temps. Chez les garçons, ça a pris vingt ans ; pour nous ça ira plus vite car tout est déjà en place, mais on ne peut pas tout demander en si peu de temps.
Le groupe a été rajeuni. Tu te sens comme une "taulière" de l'équipe à 23 ans ?
C'est vrai que le groupe est plus jeune. Avant, j'étais peut-être la deuxième plus jeune, ce n'est plus le cas. Le fait d'être là depuis le début permet de guider les nouvelles et de mettre en place le plan de jeu. C'est une responsabilité car on doit montrer l'exemple et on n'a plus le droit à l'erreur. C'est super positif. J'ai toujours l'impression d'avoir plus que mon âge, j'oublie que j'avais 21 ans quand je suis arrivée. Mais on est un groupe soudé, ce n'est pas l'âge qui fait l'importance de la joueuse. Chacune a sa place.

Ça fait bizarre d'être aussi jeune mais d'être un point de repère pour celles qui débarquent ?
Ouais après je pense que c'est terrible mais j'ai toujours l'impression d'avoir plus que mon âge et des fois j'oublie que par exemple j'ai 23 ans et que j'avais 21 ans quand je suis arrivée en sélection. C'est chouette et à la fois je pense qu'on est vraiment un groupe soudé qui fait que ce n'est pas l'âge qui fait l'importance de la joueuse ou la responsabilité et on a tout un rôle dans l’équipe. Chacune est vraiment importante au groupe, peu importe finalement où elle joue, son palmarès, etc.
Il y a aussi une nouvelle sélectionneure, Émilie Trimoreau. Qu'est-ce que ça change ?
Le staff a changé et s'est élargi. Mais on est dans le futsal français, le plan de jeu est le même pour toutes les sélections. Les objectifs sont figés, donc il n'y a pas tant de changements que ça.
C'est plus simple d'avoir une femme comme entraîneure ?
On a toujours eu des femmes dans le staff, il a toujours été mixte. Après, une femme est peut-être plus en capacité de comprendre le fonctionnement de la femme. Émilie a commencé le foot tôt, elle a été joueuse pro tout en travaillant à côté, donc elle comprend la fatigue et elle est à l'écoute. Elle était déjà là avant, c'est une continuité.
"Je me dis : 'Wow tu as de la chance chaque matin !'"
Tu es aussi la leader technique car tu es professionnelle. Ressens-tu cette différence ?
Pas forcément, car le staff exploite les qualités de chacune. Je suis peut-être leader technique, mais j'ai beaucoup à apprendre des leaders défensifs. C'est vraiment l'union qui fait la force et c'est quelque chose qu'on nous répète au quotidien. C'est ce qui nous fait aller chercher aussi des résultats.
Tu es la meilleure buteuse de la sélection. C'est une pression ?
Je dirais plutôt une fierté car ça met en lumière mes sacrifices et mon travail. Le principal est que l'équipe termine les actions. Mais effectivement, c'est une fierté de pouvoir être la meilleure buteuse. L'objectif, c'est de l'être dans le temps aussi.
Tu es celle sur qui on compte quand c'est un peu difficile, à qui on donne le ballon en espérant que tu délivres tout le monde ?
De temps en temps, oui. En tout cas, quand je rate mon tir, j'avais peut-être pas le droit de le rater celui-là. Mais c'est normal.
Tu es la première Française professionnelle en futsal. C'est particulier d'être une pionnière ?
Avec le temps, ça devient une responsabilité car les médias s'intéressent à moi et je deviens un exemple pour les jeunes filles. C’est une grande fierté de réaliser ce rêve et d’en vivre. Ça me permet de me consacrer à 100 % au futsal, alors que la plupart des filles en équipe de France travaillent la journée et s'entraînent le soir.
Tu penses qu'il y en aura d'autres qui vont te suivre comme ça dans ce sens là?
Oui, après on a Luana Kondo aussi qui fait sa première année en Serie A. Et j’espère au fond de moi que toute l’équipe suivra et sera aussi professionnel en France dans quelques années. Parce que disons d'aller à l'étranger ça me permet d'avoir de l'expérience aujourd'hui, mais ce que je souhaite c'est que le futsal français avance lui avant tout.
Comment se passe ta vie de joueuse pro en Italie ?
C'est la première année où j'ai terminé mes études, donc je suis à 100 % sur le futsal. Là où avant je suivais aussi des cours en ligne (pour son CAPES et être professeure de sports). Ma journée est remplie comme une travailleuse : deux séances par jour, analyse vidéo, récupération. Le fait d'avoir du temps pour regarder des matchs et les analyser permet de tout optimiser et de pouvoir vraiment s'y consacrer et se préparer à 100 % sur l'objectif de la semaine qui est finalement le match du week-end. C'est une chance énorme.
C'est aussi une liberté, moins de charge mentale, de pouvoir se concentrer à 100 % sur le futsal...
Oui, en réalité, c'est une chance. Je vis sans réveil, parce que mon corps est habitué à se réveiller à 8h tous les matins. Et c'est vraiment une grande chance, parce que combien de filles ont un réveil à 6h du matin (pour aller travailler, ndlr) et subissent leur réveil, entre guillemets. Et je pense que ça, c'est la chose qui me fait dire : "Wow, Faustine, tu as de la chance chaque matin !" Parce que ce n'est pas le réveil qui me dit qu'il faut se lever, non. Mon corps a dormi le temps suffisant et est prêt, plein d'énergie pour tout consacrer au futsal et c'est réellement une opportunité aujourd'hui que je saisis à 100 %.
"J'ai envie de vivre le maximum d'expériences"
Quand tu as commencé le futsal, tu pensais pouvoir en vivre un jour ?
En réalité, non. En France, il n'y avait même pas de championnat régional quand j'ai commencé, donc forcément quand tu n'as pas d'exemple, tu l'envisages difficilement. Ma priorité était mes études, s'assurer un avenir sûr. En grandissant, j'ai vu qu'il y avait du futsal à l'étranger lors de stages en Espagne ou en Italie et je me suis dit que c'était possible. Que j'aimerais bien que ça soit mon cas aussi.
Et à la fois, quand je voyais que ça fait 10 ans, ça fait 15 ans qu'ils ont déjà des championnats nationaux, comment moi, en tant que Française, je peux venir légitimer ma place par rapport à une Italienne, par rapport à une Espagnole. Et donc c'est vrai qu'avant, je n'y pensais pas. Et le fait que ce soit réalisé, c'est exceptionnel et c'est une chance parce qu'en réalité, nous, on n'a pas encore de formation au futsal dès le plus jeune âge. Et quand tu as des joueuses espagnoles qui, depuis qu’elles ont six ans, jouent au futsal, qu'est-ce que tu apportes en plus qu’elles ?
Qu'est-ce que tu apportes en plus, donc ?
Je dirais que c'est les qualités qu'on me donne aussi en équipe de France. C'est peut-être le leader technique, l'envie et la capacité d'apprendre vite. Et la détermination, parce qu'au final, c'est tellement une chance aujourd'hui d'être professionnelle que je vis chaque jour comme une chance. Et donc, forcément, l'énergie que tu mets sur le terrain, la volonté de jouer, d'aller chercher des résultats, elle est peut-être encore plus élevée qu'une joueuse qui a peut-être toujours eu l'opportunité ou qui a toujours su qu'il y avait la possibilité, je ne sais pas.
Dernièrement, tu as quitté Milan pour aller à Cagliari. Pourquoi tu as fait ce choix ?
J'ai fait ce choix parce que j'avais une opportunité de pouvoir découvrir autre chose. Ça a été des choses aussi liées à comment je me sentais dans l’environnement. Et disons que Cagliari avait vraiment une structure professionnelle avec un accompagnement qui est au-delà du terrain. On a beaucoup d'initiatives en dehors du terrain pour venir aider que ce soit les jeunes, des actions pour la prison des femmes. Ce qui fait qu'on a un impact au-delà du terrain. Et le cadre qu'ils pouvaient proposer de travail qui était vraiment intéressant. Finalement, à Kick-off, j'étais avec des joueuses d’expérience, ce qui fait que quand tu arrives, tu dois prouver ta place. J’étais une joueuse à potentiel.
Aujourd'hui, à Caliari, c'est un groupe jeune avec peu d'expérience. Je suis une des leaders. Donc, plus de responsabilité, plus de temps de jeu. Et c'est vrai que ce que je viens chercher aussi à l'étranger, c'est du temps de jeu pour pouvoir prendre de l'expérience. Il n'y a qu'en jouant qu'on peut l'apprendre. Donc, c'est un ensemble qui a fait que j'ai fait ce choix-là. Et d'autant plus qu'avec mon concours qui a été validé, mon report de stage qui est d'une durée limitée, j'ai envie de vivre le maximum d'expériences. Et ayant eu cette opportunité, je me suis dit, j'ai envie aussi d'aller voir ailleurs pour voir comment ça se passe et pour apprendre encore, disons. Et puis c'est la Sardaigne, c'est un cadre de vie qui est chouette. Tu fais ton banc froid dans la mer...
Il y a aussi le championnat espagnol qui est professionnel. Toi, tu verrais pourquoi pas évoluer un jour là-bas ?
Oui, tout à fait. L'Espagne est même pratiquement encore au-dessus de l'Italie en terme de niveau, même si l'Italie est déjà très forte. Et oui, c'est un objectif d'aller découvrir ce championnat-là. Après, effectivement, c'est plus fort, donc il faut aussi avoir davantage d'expérience. Peut-être que l'année prochaine, j'aurai l'occasion, de par mes choix que je dois faire par rapport au professorat, de vivre à la frontière espagnole, d'enseigner en France et de jouer en Espagne. C'est des questions qui se posent, mais oui, dans ma carrière, j'aimerais le découvrir pour prendre conscience du futsal européen et de sortir de ma zone de confort pour apprendre encore.
"J'ai hâte que toutes les filles en sélection puissent jouer au niveau national"
Tu te sens d'enseigner dès la saison prochaine ?
Disons que ce n'est plus trop un choix... Je vais être obligée de faire mon année de titularisation pour être titulaire et demander une disponibilité. En fait, je ne vais peut-être pas avoir le choix l'année prochaine de faire ma titularisation. Donc c'est surtout ça. Sinon, je souhaiterais continuer encore quelques années et revenir, mais je vais peut-être être contrainte de revenir une saison en France pour pouvoir valider et ensuite après être libre autant de temps que je veux.
Donc finalement, ça ne tombe pas si mal que le championnat de France verra le jour la saison prochaine.
Exactement, parce que peut-être ce sera une possibilité pour l'année prochaine. En tout cas ce serait idéal qu'un championnat national voit le jour, parce que c'est vrai que de passer de la Serie A à du Régional c'est difficilement envisageable aujourd'hui. Mais de se dire qu' il y aura un championnat national, ça reste une vraie option si je ne peux pas avoir un report de stage supplémentaire ou bien de pouvoir jouer à la frontière de travailler à la frontière pour jouer en Espagne. Il y aura au moins un championnat national en France et ce sera une année de transition parce qu'il faudra que je valide mon concours, mais pas une année perdue.
Qu'est-ce que tu en attends de ce nouveau championnat français ?
Pour l'instant, on n'a pas encore énormément d'informations de comment ça se passera, quelles équipes il y aura, etc. Après, c'est sûr qu'il est attendu par de nombreuses personnes, et notamment moi, même si aujourd'hui je suis à l'étranger. J'ai hâte que toutes les filles en sélection puissent jouer au niveau national.
Forcément qu'il faudra être patient deux ou trois ans pour que ça prenne ça prenne forme, de pouvoir convaincre les filles qui jouent au foot de venir au futsal... Je pense qu'il deviendra très vite compétitif et qu'on attirera rapidement des étrangères. Donc là-dessus, j'ai confiance. C'est simplement le temps de se mettre en place et à la fois c'est normal que ça prenne du temps parce qu'un championnat national ce n'est pas rien, ça demande une grande organisation de la part autant de la fédé que des clubs eux-mêmes donc j'ai hâte.
Tu vas donc retrouver ce rythme entre le concours et le futsal, alors que là, tu étais à plein temps en futsal.
Exactement. Disons que c'est un peu une appréhension parce que ce sera une vie chargée, mais à la fois, je me dis que ce n'est que un an. Et je l'ai fait avant, pendant 7 ans, c'est que je suis capable de revenir, et ça pourra me permettre aussi de prendre encore plus conscience de ce dont j'ai besoin, et de la chance que j'ai aussi d'être à l'étranger. Même si c'est vraiment une chose que je me répète au quotidien.
Quand t'as su qu'il y aurait ce championnat, tu t'es dit quoi ? Enfin ?
Oui, enfin, parce qu'on l'attend avec impatience, et à la fois, je me dis que c'est important de le mettre en place dans les meilleures conditions, donc si ça a pris autant de temps, c'est que ça devait prendre ce temps-là. Mais c'est sûr que c'est une attente pour beaucoup de pouvoir jouer des matchs de plus haut niveau chaque week-end.
On t'a consultée, toi, pour savoir comment ça se passe en Italie ?
Pas forcément, parce qu'en réalité, vu qu'il y a déjà les garçons qui sont en place, la fédération a déjà du recul. Et en réalité, il y a le foot, il y a différentes disciplines déjà. Et ils sont au courant aussi le staff de comment ça se passe à l'étranger.
"On est sur une très belle saison collective"
Pour revenir sur ta saison, toi, à Cagliari, ça se passe plutôt très bien pour vous, en tant qu'équipe. Là, vous vous retrouvez quasiment à jouer les playoffs. C'était inattendu ?
Oui, tout à fait. On fait une très bonne saison avec l'équipe. Cette année, on a une équipe jeune, avec peu d'expérience. C'est une équipe qui souhaite faire progresser ses jeunes du territoire pour les emmener au plus haut niveau. On a des jeunes de Sardaigne, ainsi que quelques joueuses qui jouent en Serie B ou en Serie A. On est une équipe jeune, donc en début de saison, l'objectif c'était d'atteindre les playoffs. Après, il faut se dire qu'on est 11 dans le championnat cette année et les 8 premiers y vont. Donc c'est un objectif qui est atteignable. Ce n'était pas inatteignable, mais il y avait les playoffs et la Coupe d'Italie, c'était si vraiment on fait une bonne saison.
Aujourd'hui, on est qualifié en Coupe d'Italie en étant 7ᵉ, donc même pas 8ᵉ, donc c'est très positif. La Coupe d'Italie, pour se qualifier, fallait être dans les huit premiers à la fin de la phase allée, pour donner le contexte. Donc ça, on l'attend, c'est super. Les playoffs, on est septième pour le moment et si on fait le taf pour nos trois derniers matchs, on y sera, donc c'est une très bonne saison. D'autant plus qu'au départ, le club parlait de jouer le maintien. Donc on est sur une très belle saison collective. Et individuellement aussi, je pense que je réponds à mes objectifs de début de saison. Pour le moment, je suis aussi meilleure buteuse en club. Et c'était vraiment un objectif. Ça veut dire que j'arrive à apporter à l'équipe et que je fais aussi le travail qu'on me demande. Donc c'est une très bonne saison et les objectifs, ils sont quasi atteints.
Si tu compares le futsal français à celui d'Italie, qu'est-ce que tu dirais ?
Je parlerais d'expérience avant tout. Parce que, que ce soit en sélection ou dans le championnat italien existant depuis plus de 10 ans naturellement les filles font des matchs de haut niveau tous les week-ends depuis de nombreuses années. J'aurais tendance à dire que nous dans la mesure où on n'a pas de championnat national, les filles de la sélection ont une discipline et un engagement qui est énorme et assez impressionnant et que ça c'est vraiment une qualité que je pense qu'on a en plus de l'Italie. Parce que vu qu'on n'a pas les moyens chaque semaine, chaque week-end, on met le maximum pour pouvoir l'apporter en sélection. Donc, oui, je parlerais d'expérience, mais de manière logique, parce que nous, on n'a pas encore de championnat national. Demain, quand on aura le championnat national, depuis quelques années, je pense que l'écart va très vite diminuer. Parce qu'en France, on a des très bonnes joueuses, on est un pays du foot et qui deviendra certainement un pays du futsal dans quelques années.
Et les joueuses italiennes se rendent compte un peu des conditions que le fait de voir un championnat national depuis dix ans ce n'est pas forcément la norme dans tous les pays ?
Je dirais que non parce que c'est une normalité pour elles et donc elles ne se rendent pas forcément compte. Après, il faut se dire que même si c'est professionnel, on n'est pas toutes dans les mêmes conditions, on n'a pas toutes le même salaire, on n'a pas toutes les mêmes conditions en arrivant dans une équipe. Donc même si c'est professionnel, on n'a pas toutes un grand salaire.
Donc c'est logique que des filles qui touchent peu ou qui ne touchent pas parce qu'elles sont jeunes ne se rendent pas compte qu'elles ont de la chance par rapport aux autres pays parce qu'elles-mêmes ne sont pas encore dans des conditions qui leur permettent d'en vivre à 100%. C'est normal aussi qu'elles ne se rendent pas forcément compte. Et quand tu n'es jamais allée à l'étranger, dans tous les cas, tu as une vision des choses qui est cantonnée à ton pays.
Au niveau de la médiatisation, le futsal italien, c'est comment ?
Le masculin, c'est médiatisé sur les chaînes télé, etc. La fédération fait beaucoup de choses pour les garçons. Pour les filles, c'est encore un peu dur en réalité. Par exemple, cette année, ils choisissent de diffuser une fois par mois, je crois, un match de Serie A sur leur chaîne Sky. Mais ce ne sont que les gros matchs. Donc, il y a une considération des filles qui est un peu moins importante que les garçons. Il y a quelques médias sur les réseaux sociaux, etc. Mais comme nous en France quand il y aura un championnat national, c'est sûr. Je pense que par exemple nous on est davantage mis en avant en France à travers la sélection : les médias viennent au media day, la fédération fait des reportages... Parce que tout ça la sélection italienne, ne le fait pas.
Et les matchs, ils sont diffusés, non ?
Oui, ils sont diffusés sur YouTube, sur la chaîne YouTube de la division. Mais j'ai envie de dire, heureusement, je ne pense pas que c'est mettre en avant les filles de diffuser les images parce que ça paraît normal. Et par exemple, si on regarde, la Serie B n'est pas diffusée chez les filles et la Serie C ne l'est pas non plus. Donc c'est pour ça que c'est diffusé, mais à une certaine limite.
Ça viendra. Il faut laisser le temps au temps et nous, les filles on doit souvent prouver avant... Mais après disons qu'entre l'Italie et la France, la France prend au sérieux la cause des femme, le sport pour les femmes... On a vraiment aujourd'hui des mouvements qui nous mettent en avant et on commence réellement à exister. Là où en Italie on en est un peu loin.
"Participer à une Coupe du monde et venir chercher un podium, un rêve atteignable"
Au moment de quitter la France pour l'Italie, on sait qu'au niveau de la FFF on aurait aimé que tu restes en France pour être le visage de ce nouveau championnat national... Pourquoi tu avais décidé de partir malgré tout ?
Pas forcément parce que j'ai toujours évoqué ma volonté d'aller à l'étranger comme la volonté de prendre de l'expérience, de progresser dans une démarche d'apporter aussi encore plus à la sélection. Ça n'a jamais été dans la volonté de dire : "Bon, en France, il n'y a rien, je pars ailleurs." Parce qu'en réalité, j'ai conscience que c'est une question de temps. Et je pense que si je suis partie, c'est que justement, j'avais envie aussi de continuer d'apprendre, de continuer de progresser pour que le jour où je vienne en France, je puisse aussi encore plus apporter, finalement. Donc, c'était plutôt un projet plus dans une vision d'apprentissage que le contraire. Et à la fois, j'en ai parlé, reparlé avec la sélection, j'ai demandé leur avis. Avec le club de Nantes, j'ai été très contente. Ça n'a jamais été un problème pour eux que je parte, tout au contraire. Donc, ça a été vraiment une décision qui a été prise tous ensemble sur ce qui est le mieux pour moi. Et donc, je ne l'ai pas vécu comme une pression et ça a été perçu de manière positive aussi.
L’équipe de France féminine a énormément progressé en tout juste trois ans, toi tu es passée professionnelle en ayant seulement 23 ans, c’est assez fou quand on regarde en arrière ?
Ouais je me rends compte notamment quand je viens en sélection. Je parle avec les filles des conditions dans lesquelles elles sont, forcément que le niveau augmente, que même la Coupe de France, aujourd’hui ce n'est pas facile pour les équipes de passer les tours. Et je le vois aussi beaucoup avec le niveau de la sélection qui augmente, parce que finalement, avec trois ans de recul, on peut se dire qu'on a vraiment évolué depuis le départ. Quand on regarde nos matchs, on a vraiment passé des caps.
On passe toutes des caps rapidement, mais de par aussi les conditions dans lesquelles la fédération nous met. Parce qu'aujourd'hui, on a Arnaud Gaillard, préparateur physique à disposition, où on a un suivi avec lui. Si on veut performer demain, il faut préparer nos corps parce qu’on n'est pas des joueuses professionnelles aujourd'hui donc pour pouvoir faire des matchs de très haut niveau, pouvoir enchaîner ces matchs, on doit se préparer physiquement. Et toutes ces choses-là font que naturellement tu passes un cap, parce qu'en réalité au-delà de faire du futsal, il y a tout autour qui sert à progresser et qui est possible de faire chaque jour même si aujourd'hui en France, on n'a pas notre championnat national par exemple, on peut travailler d'une autre manière pour pouvoir arriver prêtes et progresser. Et ça, c'est positif parce qu'on est vraiment accompagnées pour ça.

Aujourd'hui, toi, tu es une modèle pour les jeunes qui se lancent en futsal. Tu t'en rends compte ?
Oui, je me rends compte. C'est génial parce que c'est aussi un des objectifs, pas un objectif majeur. Mais par rapport à mon parcours, si aujourd'hui je peux éclairer, je peux guider des filles, je peux les impacter, c'est positif. Parce qu'au final, la cause, elle est au-delà du terrain. Elle permet de peut-être changer des directions, de motiver les jeunes filles. Donc ça, c'est vraiment super positif et j'en suis très contente.
Et toi, aujourd'hui, tu espères que des joueuses rêvent de futsal avant de penser au football ?
Oui, après, il faudra aussi... Ça demande du temps aujourd'hui. Une joueuse, si elle ne veut faire que du futsal, ou en tout cas commencer par le futsal en tant que jeune, il y a peu voire pas d'écoles de futsal pour les filles. Donc le foot est encore important. Mais en tout cas, de faire la double pratique pour ensuite faire un choix, c'est aussi un objectif parce qu'au final, énormément de filles font du foot aujourd'hui, donc il faut plutôt les faire découvrir le futsal, leur faire pratiquer les deux. Pour qu'au final, quand elles fassent un choix, elles choisissent le futsal.
Cet été l'équipe de France participe au championnat du monde universitaire, toi tu y seras ?
Oui je suis éligible parce que j'ai passé mon concours l'année dernière et donc on n'a pas encore la liste finale des joueuses qui participeront mais en tout cas je suis éligible et c'est un beau projet que prépare l'équipe de France. Ça sera l'occasion de ramener un premier trophée à la France.
Toi, dans un monde idéal, ce serait quoi ton rêve ?
Soulever une Coupe du monde. C'est le rêve ultime. Aujourd'hui, quand on voit que le Brésil soulève leur première Coupe du monde, ça fait des années qu'elles existent, elles travaillent très dur et elles sont extrêmement fortes. Il faut avoir conscience que nous, on est aux prémices du futsal français. Mais participer à une Coupe du monde et venir chercher un podium, je pense que c'est quelque chose qui est un rêve atteignable et ce serait le plus haut rêve. Après, en club, ce serait jouer dans un grand club et être une cadre d'un grand club. Je dirais aller le plus haut possible. Mon rêve, c'est vraiment d'aller le plus haut possible. Je pense qu'il n'y a pas de limite au final. J'ai beaucoup de temps devant moi et je suis extrêmement bien accompagnée pour pouvoir aussi me permettre de rêver grand.
Le futsal pourrait être aux Jeux Olympiques un jour. J'imagine que participer à des JO, ce serait aussi incroyable…
Ça serait exceptionnel. Je ne l'ai pas évoqué, mais bien sûr. Les Jeux olympiques, on les regarde à la télé avec des étoiles plein les yeux. Ce sont des après-midis en famille devant la télé à regarder le sport. Si demain, on a la chance d'y participer, c'est exceptionnel, c'est magnifique.
Je pense qu'il manque peu de choses pour que le futsal soit aux JO. Mais vu que je suis jeune, peut-être que j'ai aussi davantage de chance de pouvoir y participer un jour. Je pense que tout sportif rêve de faire les Jeux olympiques même nous sur notre canapé, on y rêve.
