Nous sommes à quelques jours du coup d'envoi de l'Euro. Comment vous sentez-vous personnellement et où en est l'équipe ?
Ça va très bien ! Personnellement, je me sens en pleine forme car nous avons fait une bonne préparation. À titre individuel, je me suis préparé pendant un an avant même de rejoindre le rassemblement. Collectivement, il y a une très bonne ambiance ; tout le monde s'entend bien et on sent vraiment que le groupe est unique.
Vous avez gagné 5-2 contre la Hongrie et vous avez un match amical contre la Belgique à Coubertin. Votre préparation semble plutôt tranquille, non ?
Franchement, tout se passe très bien. Le match contre la Hongrie servait à confirmer et valider ce que nous avions travaillé pendant la semaine. Contre la Belgique, l'objectif est de voir d'autres joueurs et de profiter du moment. Comme une grosse partie de l'équipe vient de Paris, c'est un vrai plaisir de jouer devant nos familles et nos proches.
Il y a 3 400 personnes présentes pour ce match à Paris. C'est motivant ?
Ce n'est pas la première fois que l'équipe de France joue devant autant de monde, mais ce qui change cette fois, c'est l'engouement lié au fait de jouer en région parisienne devant nos proches. Comme c'est notre dernier match avant l'Euro, une victoire est importante pour rester dans une bonne dynamique et se mettre dans les meilleures dispositions mentales pour la compétition.
Le coach avait indiqué vouloir travailler l'aspect physique. C'est aussi l'enjeu contre la Belgique ?
Le préparateur physique a déjà effectué le gros du travail en première partie de préparation. Aujourd'hui, nous sommes plutôt dans le maintien du rythme. On a commencé de manière très intensive et maintenant, il s'agit de gérer et de maintenir le cap jusqu'au début de la compétition.
Ressentez-vous un engouement grandissant autour du futsal en France ?
Oui, tout à fait. Il y a eu un tournant après la Coupe du Monde. On a mis du temps à s'en rendre compte, mais on en parle plus aujourd'hui. Personnellement, j'ai déjà été interpellé par quelqu'un qui m'avait vu pendant le Mondial. On espère que cet Euro fera encore grandir cet intérêt.
Sentez-vous que la Fédération fait un bon travail pour vous mettre en avant ?
Oui, absolument. On bénéficie de conditions optimales pour performer, ce qui n'est pas le cas de toutes les sélections. On se sent vraiment très soutenus par la fédération.
Les matchs de l'Euro seront diffusés en clair sur la chaîne L'Équipe. C'est important pour vous ?
C'est très important. Le fait que ce soit en clair est super. Ça avait bien marché lors de la dernière Coupe du Monde, donc c'est une excellente chose que ce soit reconduit pour l'Euro.
"On sera plus attendus par nos adversaires"
Quels sont les objectifs de l'équipe pour cet Euro ?
L'objectif est de gagner chaque match. Comme nous avons atteint la demi-finale de la Coupe du Monde, on s'attend au minimum à sortir des poules et à avancer sereinement.
L'équipe performe depuis peu, il y a donc peu de références historiques. Voulez-vous créer un précédent ?
Oui, car lors du dernier Euro, la France était sortie dès les poules (en 2018, ndlr). Depuis nos résultats au Mondial, les attentes du public sont plus hautes et nous voulons aller le plus loin possible. Cela nous donne confiance, même si on sait qu'on sera plus attendus et plus étudiés par nos adversaires. On sera moins imprévisibles, alors on va essayer de compenser par d'autres forces.
C'est un sentiment particulier d'être ainsi attendus, alors que le futsal français était encore un "petit poucet" il y a quelques années ?
Ça fait plaisir. C'est le fruit du travail des joueurs et de la fédération. Quand on réunit du talent et des moyens, cela donne de bons résultats. On espère que ce sera encore le cas pour cette Coupe d'Europe.
Qu'est-ce que la Coupe du Monde a changé, au-delà de la visibilité ?
Le regard des autres nations a changé. J'ai joué en Croatie et, en échangeant avec mes anciens coéquipiers, je sens que le futsal français est beaucoup plus respecté qu'avant. C'est ce genre de détails qui montre qu'on avance. Pour cet Euro, on veut faire au moins aussi bien, sans brûler les étapes : d'abord sortir des poules, puis avancer tranquillement.
"Le premier but des Bleus en Coupe du monde ? un souvenir gravé à jamais"
C'est votre premier Euro, quelles sont vos attentes personnelles ?
Depuis la fin de la Coupe du Monde, je me suis préparé psychologiquement pour performer lors de cet Euro. Mon attente est claire : être décisif et aider l'équipe au maximum.
Le futsal en club est peu visible en France. L'équipe de France est-elle d'autant plus importante pour vous ?
C'est la vitrine de notre discipline. Mais on voit que les clubs se structurent, se professionnalisent et avancent suite aux performances en grandes compétitions. Pour avoir des joueurs performants à l'international, il faut des clubs qui travaillent bien et des joueurs à 100%.
Vous avez marqué le premier but de l'histoire de la France en Coupe du Monde. Quel souvenir en gardez-vous ?
C'est un souvenir incroyable qui restera gravé à jamais. Parfois, je regarde les images chez moi. Vu le scénario du match, où nous avions eu un peu de mal à rentrer dedans pour notre premier mondial, ce but a permis de relancer l'équipe. Tout le monde a fait le travail, mais avoir finalisé cette action a été un grand plaisir et a libéré le groupe.
Vous attendiez-vous à atteindre les demi-finales dès le début du Mondial ?
On avait la même mentalité que pour cet Euro : on commence une compétition pour gagner tous les matchs, sans se fixer de limites. C'est cette insouciance qui nous a permis d'aller jusque-là. On était même déçus de ne pas aller au bout.
Certains médias ont beaucoup parlé du match face à l'Iran plutôt que de votre succès. Est-ce un regret ?
De mon point de vue, la compétition a quand même été bien couverte. J'ai eu beaucoup d'échos, des personnes que je n'avais pas vues depuis 10 ans m'ont envoyé des messages. La chaîne L'Équipe a même diffusé la finale Brésil-Argentine après notre élimination, alors qu'il n'y avait pas l'équipe de France, donc je pense que c'était suffisant.
"Contre la Croatie, c'est comme une finale pour nous"
À l'Euro, vous allez affronter la Croatie, où vous avez joué deux saisons. C'est un clin d'œil particulier ?
Oui, c'est particulier car j'y ai beaucoup d'amis et d'anciens coéquipiers. C'est toujours un plaisir, mais sur le terrain, on ne se connaît plus. C'est un match qui comptera énormément pour la phase de poules, c'est comme une finale pour nous car cela lancera notre tournoi.
La Croatie est une équipe physique. Est-ce un style qui vous correspond ?
C'est une équipe avec de gros gabarits. Ma force étant aussi la puissance physique, c'est un match où je compte imposer mon style. Ce sera un peu un match référence pour moi.
Quel est votre rôle exact de "pivot" sur le terrain ?
Il y a plusieurs styles de pivots. Il y a ceux qui sont mobiles et font des courses, et les pivots fixes comme moi, un peu dans le style d'un Olivier Giroud au football. Je sers de point d'appui pour permettre aux autres de marquer ou pour sortir les ballons. En équipe de France, nous sommes plusieurs pivots avec des styles différents, et le coach choisit selon l'adversaire ou nos performances.
L'équipe de France s'adapte-t-elle à l'adversaire ou impose-t-elle son jeu ?
On est obligés de s'adapter un peu car à ce niveau, tout le monde est très étudié par vidéo. Mais on essaie surtout d'imposer notre style particulier, très "à la française", avec des joueurs qui percutent. Pour l'instant, ça nous réussit plutôt bien.
Vous allez aussi affronter la Lettonie, pays hôte, devant son public. Comment aborde-t-on cela ?
Ce sont des matchs magnifiques à jouer. Jouer le pays hôte chez lui, c'est que du plaisir. Le public fait vraiment la différence, il faudra donc rentrer tout de suite dans le match et imposer notre style pour ne pas se laisser submerger. Personnellement, jouer dans un stade plein, même contre moi, me galvanise.
Qu'est-ce que vos expériences en Italie et en Croatie vous ont apporté ?
Ça m'a apporté beaucoup de choses, même en dehors du sport : des rencontres, la découverte de nouvelles langues, d'autres cultures et même des expériences culinaires. Sur le terrain, chaque championnat a son style : en Croatie c'est très physique, alors qu'en France, on attaque et on contre-attaque beaucoup. En Croatie, il y a aussi des ambiances incroyables car les clubs de futsal sont souvent affiliés aux clubs de foot, comme au Dinamo Zagreb.
"Il y a un vrai respect du futsal aujourd'hui"
Pourquoi être revenu jouer en France ?
J'ai eu l'opportunité de rejoindre un club compétitif chez moi, à Paris, et je l'ai saisie.
Le fait d'avoir beaucoup d'anciens coéquipiers (notamment de Nantes) en équipe de France aide-t-il pour les automatismes ?
Énormément. Au futsal, on joue à 4 contre 4, donc les automatismes sont encore plus importants qu'au football à 11. Avoir évolué quotidiennement avec un joueur en club donne une longueur d'avance. Le championnat français progresse énormément grâce au travail des clubs et de la fédération. Même si la division n'est pas pro en soi, beaucoup de joueurs sont désormais à 100% sous contrat fédéral, ce qui permet de franchir un cap. On rattrape progressivement notre retard sur des nations comme l'Espagne.
On ne dit plus que le futsal est un sport de repli pour ceux qui n'ont pas réussi dans le foot ?
Il y a un vrai respect de la discipline aujourd'hui. Il y a maintenant un Pôle France et des jeunes qui commencent directement par le futsal et choisissent cette voie spécifiquement. Ce sont de vrais joueurs de futsal.
Que peut-on vous souhaiter pour cet Euro ?
De profiter de chaque moment et de gagner tous nos matchs.
