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Exclu' Flashscore : l'ex défenseur de la Juventus Paolo Montero se confie

Paolo Montero en 2026.
Paolo Montero en 2026.ALESSIO MORGESE/DPPI VIA AFP

Dans l’imaginaire collectif, il est le "méchant" par excellence, le cauchemar des attaquants et un défenseur rugueux, fidèle au mantra selon lequel "l’agressivité dissipe les doutes". Pourtant, derrière la carapace de Paolo Montero se cache un profil inattendu : celui d’un homme réfléchi, direct et profondément humain.

Dans cet entretien exclusif accordé à Flashscore, l’ancien défenseur de la Juventus se livre sans filtre. Il évoque son aversion pour les flagorneurs du monde du football, son rôle de mentor auprès des jeunes et ses expériences d’entraîneur en Amérique du Sud, en Italie et aux Émirats arabes unis avec Mario Balotelli.

Un parcours entre le terrain et la vie réelle, qui révèle qu’à toute latitude, "celui qui a une belle âme est le même partout".

Comment votre transfert de l’Uruguay vers l’Italie s’est-il concrétisé et que retenez-vous de vos premières impressions à Bergame ?

Mon transfert a eu lieu après un problème à Peñarol, qui m’avait écarté du groupe. César Luis Menotti, qui entraînait alors en Uruguay, m’a contacté et m’a fait venir à Buenos Aires. C’était un proche d’Antonio Previtali, le président de l’Atalanta à cette époque.

L’Atalanta a décidé de m’acheter sans jamais m’avoir vu jouer en direct. Le club s’est uniquement appuyé sur cinq ou six rapports de recrutement établis lors de notre tournée en Amérique du Sud et en Espagne. Je suis arrivé à Bergame en avril, mais je n’ai pas pu jouer pendant les six premiers mois. L’objectif était que j’apprenne la langue et que je m’adapte à la ville et à l’équipe.

Je me suis tout de suite senti très bien. Montevideo est une petite ville, avec des rythmes très proches de ceux de Turin ou de Bergame. Il était donc plus facile de s’y installer que dans de grandes métropoles comme Rome ou Milan.

Quelles ont été les principales difficultés à votre arrivée et lors de votre premier contact avec le football italien ?

Au début, à 19 ans, j’ai eu du mal. À cette époque, le football italien comptait les meilleurs joueurs du monde. Je me souviens très bien de mon deuxième match, disputé à San Siro contre Milan.

Sacchi venait de quitter le banc et Capello était arrivé. Sur le terrain, il y avait des champions comme Maldini, Baresi, Ancelotti, Evani, Donadoni, Van Basten, Gullit et Rijkaard. Nous avons perdu 2-0 et nous n’arrivions pratiquement pas à franchir la ligne médiane.

À cette occasion, mon père m’a fait comprendre que je devais immédiatement changer de mentalité. Je devais abandonner l’approche sud-américaine de la formation pour devenir un défenseur beaucoup plus pragmatique et m’adapter au football européen.

Comment l’appel de la Juventus est-il arrivé et que représentait le fait de porter ce maillot ?

C’est une anecdote que je raconte souvent. Au départ, j’ai eu deux ou trois réunions avec Giacinto Facchetti et Sandro Mazzola pour rejoindre l’Inter, mais nous ne sommes pas parvenus à un accord lors de la première rencontre. Deux jours plus tard, ils m’ont rappelé. Comme je n’avais pas d’agent à l’époque, je suis allé seul à Milan et nous avons trouvé un accord verbal.

Quelque temps plus tard, j’étais à Bergame avec ma famille quand j’ai reçu un appel de Marcello Lippi. Il m’a demandé ce que je faisais et m’a dit d’aller à Milan pour parler avec l’Inter. Je lui ai répondu que nous avions déjà un accord. Il m’a alors ordonné de ne rien signer et de le rejoindre immédiatement à Turin.

« Je suis parti le soir même avec mon frère et, à minuit, j’ai signé le contrat avec la Juventus et Luciano Moggi.

En près de 300 apparitions avec les Bianconeri, vous avez traversé différentes époques. Quelle a été la meilleure équipe de la Juventus dans laquelle vous avez joué ?

La toute première équipe que j’ai découverte à mon arrivée était extrêmement forte. Cependant, je suis convaincu que l’effectif des années suivantes, renforcé par Edgar Davids et des joueurs comme Zidane, Del Piero, Inzaghi, Vieri et Deschamps, était sans aucun doute le plus fort dans lequel j’ai évolué.

Y avait-il dans le vestiaire une figure, un coéquipier ou un dirigeant, qui vous a transmis la célèbre mentalité de gagnant des Bianconeri ?

Sans aucun doute, des dirigeants comme Moggi et Giraudo. Mais ceux qui la transmettaient au quotidien étaient avant tout les cadres italiens du vestiaire : des champions comme Peruzzi, Ferrara, Conte, Pessotto, Di Livio, Tacchinardi, Torricelli et Lombardo. Ils transmettaient un esprit de 'famille'.

Dans un tel environnement, il était naturel d’acquérir cette mentalité. Je me souviens d’un épisode emblématique : lors d’un match d’entraînement, une équipe menait 5-0. Elle a concédé un but à la dernière minute et j’ai vu certains coéquipiers donner des coups de pied dans les sacs, sous le coup de la frustration.

Ils insistaient sur le fait que de telles baisses de concentration ne devaient pas se produire, car elles se répercuteraient sur le terrain le dimanche.

La concentration se construit dès le lundi. Pour un vrai champion, il ne doit y avoir aucune différence entre disputer une finale au Bernabéu et jouer un match sur un petit terrain de province en Coppa Italia.

Vous étiez réputé pour votre grande combativité. Comment décririez-vous votre conception du rôle de défenseur ?

Aujourd’hui, avec la VAR, le football a radicalement changé. Pour ma part, j’ai toujours appliqué une phrase de Julio Velasco qui correspond parfaitement à cette vision : 'L’agressivité dissipe les doutes'.

Comme j’étais un défenseur dans la moyenne sur le plan physique, mince et mesurant 1,79 m, le seul moyen de contrer des attaquants de 90 kg comme Van Basten, Weah, Batistuta ou Ronaldo était de se montrer extrêmement agressif. Pour moi, chaque tacle représentait “l’assiette de nourriture” à rapporter à ma famille.

J’allais sur chaque ballon en y mettant toute mon énergie, avec mes 80 kg au-dessus du ballon. Cette manière d’interpréter le football vous conduit inévitablement à toujours jouer à la limite et, parfois, à réaliser des tacles très durs.

Retrouve-t-on encore ce type de défenseur dans le football moderne ?

Le football a changé et les défenseurs d’aujourd’hui s’y prennent différemment. Récemment, je suis allé au stade voir Torino-Roma et je dois dire que la Roma possède, défensivement, des joueurs dignes du podium du football italien.

Des joueurs comme Mancini ou Ndicka ont très bien résisté au défi physique face à un attaquant comme Zapata, en utilisant leur corps, leurs mains et toute leur expérience. Les joueurs qui ont de la personnalité savent toujours s’adapter aux évolutions du jeu.

Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter l’Italie pour retourner jouer en Amérique du Sud en fin de carrière ?

Moggi m’avait appelé pour me proposer un transfert dans d’autres équipes, mais je savais que, physiquement et mentalement, je n’étais plus au plus haut niveau. Je sentais que j’étais arrivé au terme d’un cycle. Mon rêve était de jouer un an en Argentine, puis de tenir la promesse de terminer ma carrière à Peñarol, l’équipe que j’ai toujours supportée et où j’ai grandi.

J’ai joué un an à San Lorenzo, puis j’ai décidé de terminer ma carrière en Uruguay, pour ne pas prolonger les choses plus que nécessaire.

Paolo Montero during his time coaching in Argentina
Paolo Montero during his time coaching in ArgentinaMARCELO ENDELLI / GETTY IMAGES SOUTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Comment votre parcours d’entraîneur a-t-il commencé et comment s’est déroulé votre retour à la Juventus pour prendre en charge les équipes de jeunes ?

Au départ, j’avais ouvert une agence de représentation avec Gustavo Mendez, un ami que je considère comme un frère. Cependant, après quelques années, j’ai compris que ce monde n’était pas fait pour moi. Je me suis donc inscrit à une formation d’entraîneur avec l’intention d’aider les jeunes Uruguayens, notamment sur les plans tactique et stratégique, et j’ai commencé à me passionner pour ce métier.

Mon retour à la Juve s’est fait de manière inattendue. Gianluca Pessotto m’a appelé et j’ai pensé qu’il voulait parler de mon fils, qui jouait dans le secteur jeunes. En réalité, il m’a informé que la direction souhaitait me voir travailler avec les jeunes Bianconeri.

J’ai accepté immédiatement, d’abord par amour profond pour le club et pour la ville de Turin, un endroit où je me suis toujours senti chez moi depuis le tout début.

Comment transmettez-vous votre combativité aux jeunes joueurs tout en leur apprenant à ne pas franchir la limite ?

Tout d’abord, je leur demande de toujours s’entraîner à leur maximum. L’habitude de l’intensité se construit pendant la semaine. Même lors des matchs d’entraînement, nous favorisons les contacts physiques épaule contre épaule, car c’est une attitude que l’on retrouve ensuite en match. Je leur répète toujours la phrase de Velasco sur l’agressivité qui dissipe les doutes, en précisant que cela ne signifie pas réaliser des tacles déloyaux, mais mettre tout le poids de son corps dans chaque duel.

Un autre principe que j’essaie de leur transmettre, c’est qu’on peut perdre à domicile, mais que les adversaires ne doivent pas pouvoir repartir facilement avec la victoire.

Pensez-vous que les jeunes qui intègrent aujourd’hui le football professionnel ont un problème dans leur approche mentale ?

Le point essentiel est que les jeunes qui jouent avec la Primavera ou la Next Gen doivent comprendre qu’ils ne sont plus qu’à un pas de l’équipe première ou de la Serie B. Leur marge d’erreur a disparu. En Amérique du Sud, à 19 ou 20 ans, on n’est plus considéré comme un jeune. Soit on s’impose, soit on ne joue plus. En Italie, on a parfois l’habitude de considérer comme jeune un joueur de 23 ou 25 ans.

Les jeunes doivent comprendre le poids du maillot qu’ils portent. Ils doivent comprendre ce que signifie réellement perdre un match à ces niveaux. Tout dépend de l’attitude avec laquelle ils abordent leur semaine de travail.

Qu’avez-vous ressenti en vous asseyant sur le banc de l’équipe première de la Juventus après le renvoi de Massimiliano Allegri ?

C’était une émotion très forte. Je n’aurais jamais imaginé atteindre une telle étape. J’étais concentré sur la fin de saison avec les jeunes. On m’a appelé pour cette mission et j’ai trouvé un groupe de joueurs qui s’est comporté de manière exceptionnelle avec moi. Nous avons réalisé un grand match contre Bologne, en remontant de 3-0 à 3-3, puis nous avons livré une excellente prestation contre Monza.

Après avoir été au sein de ce vestiaire, je suis désolé d’entendre certaines critiques extérieures visant quelques joueurs. Pour moi, la relation humaine passe avant toute question tactique. La sincérité et le lien établi entre l’entraîneur et l’équipe sont le fondement de tout.

Comment avez-vous géré les critiques extérieures au cours de votre carrière ?

Les critiques font partie de ce monde et il faut les accepter. Je ne les ai jamais vécues comme un drame ou une attaque personnelle. Je les ai transformées en moteur. C’était un défi à relever sur le terrain le dimanche suivant.

C’est le conseil que je donne toujours à mes joueurs : si vous vous êtes entraînés au meilleur de vos capacités toute la semaine, vous entrez sur le terrain avec beaucoup de sérénité et sans doutes, en sachant que vous avez fait tout ce qui était nécessaire.

Comment s’est passée votre expérience avec Mario Balotelli ?

Elle s’est bien déroulée. Il y a eu des moments de confrontation directe, mais je me suis très bien entendu avec lui. Le secret, c’est la clarté et la constance. Je lui ai parlé immédiatement, en face, en lui disant : 'Les choses sont ainsi. Je sais que tu n’as plus 20 ans et que tu es différent physiquement. Parlons-en pour gérer ensemble ta charge de travail durant la semaine afin que tu arrives au match dans les meilleures conditions. Mais tu dois perdre du poids et retrouver la forme'.

Il a accepté et s’est comporté de manière très professionnelle. Quand on me l’a confié, on m’a dit que j’aurais des problèmes. Pourtant, au cours de ma carrière, je n’ai jamais eu de conflit avec des joueurs de caractère. Les vrais problèmes dans le football viennent des flagorneurs et des gens qui jouent un double jeu.

Je viens d’une culture sportive où tout se réglait en se regardant dans les yeux. J’ai appris cela à l’Atalanta avec des joueurs d’une grande valeur, puis à la Juventus, où nous avions 16 capitaines de sélections nationales dans le vestiaire. Je préfère quelqu’un qui vous dit les choses ouvertement à quelqu’un qui prend un air courageux.

Après avoir voyagé et entraîné dans de nombreuses régions du monde, notamment aux Émirats arabes unis, que retenez-vous de la rencontre avec des cultures aussi différentes ?

Mon expérience aux Émirats arabes unis a été l’une des plus belles surprises de ma vie. Je m’y suis senti très bien. J’ai rencontré des gens d’une générosité exceptionnelle et de grands travailleurs. Il y avait évidemment des coutumes religieuses et culturelles différentes des nôtres, qu’il fallait respecter. Par exemple, pendant le ramadan, sachant qu’ils ne mangent ni ne boivent lorsque le soleil est levé, nous rencontrions les joueurs pour planifier les séances et nous avons déplacé l’entraînement à 22 heures afin de les aider.

Au final, en voyageant, on réalise que l’humanité est la même partout. Quelle que soit la religion, la culture ou la langue, celui qui a une belle âme et se comporte bien est le même en Chine, en Uruguay, en Italie ou aux Émirats. C’est la leçon humaine la plus importante que j’ai reçue.

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