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Exclu' Flashscore - l’ex-CEO de l’AC Milan évoque la crise du football italien

Marco Fassone a évoqué le business du football lors du sommet.
Marco Fassone a évoqué le business du football lors du sommet.Portugal Football Summit

L’Italie est devenue la première ancienne championne du monde à manquer trois Coupes du monde consécutives. Pour l’expérimenté dirigeant Marco Fassone, le problème est bien plus profond qu’un simple entraîneur ou une campagne ratée.

Interrogé par Flashscore lors du Portugal Football Summit, peu après son intervention, l’ancien CEO de l'AC Milan et conseiller senior auprès de clubs de football a expliqué pourquoi les règles de la Serie A pénalisent les talents italiens, pourquoi Côme doit être considéré comme une référence plutôt qu’un problème, et ce que les investisseurs étrangers comprennent mal lorsqu’ils rachètent un club de football.

La disette de l’Italie en Coupe du monde

Pour Fassone, l’absence de l'Italie lors de trois Coupes du monde consécutives ne s’explique pas par une seule cause. Il pointe plutôt un lent déclin de la qualité du football national, aucun club italien n’ayant remporté la Ligue des champions depuis l’Inter en 2010.

"Il y a beaucoup de raisons, pas une seule", a-t-il confié à Flashscore. "Mais lorsqu’un cycle dure aussi longtemps, il faut s’interroger sur la structure et les règles du système. Quand on regarde les données disponibles aujourd’hui, on constate que les joueurs italiens sont à peine utilisés en Serie A. Le produit footballistique généré par la Serie A aujourd’hui est faible."

Il estime que le problème vient du cadre réglementaire lui-même, et que le changement doit venir d’en haut.

"Les règles actuelles ne favorisent pas le développement des talents et des joueurs italiens", affirme Fassone. "Espérons qu’avec Roberto Mancini désormais, et le nouveau président de la fédération, on puisse mettre en place de nouvelles règles pour soutenir le niveau de notre football."

Les prochains matchs de l’Italie en Ligue des Nations.
Les prochains matchs de l’Italie en Ligue des Nations.Flashscore

Sans aller jusqu’à prescrire des mesures précises à la fédération, Fassone a souligné l’ampleur du problème. Selon lui, la pénurie de joueurs italiens en Serie A laisse à la sélection nationale un vivier dangereusement restreint.

"Le nombre total de joueurs italiens sélectionnables en équipe nationale est très, très faible", a-t-il déclaré. "Lors de sa dernière convocation il y a quelques jours, Mancini a été obligé de regarder hors d’Italie pour trouver des joueurs éligibles. Avec les lois générales de la Commission européenne, il faut trouver un moyen de récompenser les clubs qui soutiennent la sélection nationale. Si ce n’est pas fait, il sera difficile de sortir de l’impasse."

L’ascension de Côme

Peu de clubs illustrent mieux la tension entre ambitions de club et intérêt national que Côme. Leur ascension fulgurante s’est accompagnée de critiques sur le manque de joueurs italiens, le club ne pouvant inscrire qu’une vingtaine de joueurs pour la Ligue des champions et devant payer le prix fort pour des recrues formées localement comme Moïse Kouamé.

Interrogé sur le fait de savoir si Côme fait partie du problème ou de la solution, Fassone a répondu simplement : "Les deux".

"L’histoire de Côme, à mon sens, est extrêmement intéressante", a-t-il expliqué. "J’aime ce qu’ils ont accompli ces trois ou quatre dernières années. Je pense qu’ils sont une référence pour les autres clubs. Mais la perspective d’un club n’est pas celle de la fédération. Les objectifs ne sont pas les mêmes."

Il a expliqué que Côme a cherché à bâtir un nouveau grand club en Italie en misant sur une stratégie totalement différente, axée sur le marketing et l’attractivité mondiale du lac de Côme. Le manque de joueurs italiens est, selon lui, une conséquence logique de cette approche, et non un défaut.

Ce que révèle vraiment Côme, selon Fassone, c’est un problème plus profond lié aux règles financières imposées aux clubs, tant au niveau européen que national. Selon la réglementation actuelle, les clubs ne peuvent consacrer que 70 à 85 % de leurs revenus aux salaires et transferts, selon le pays, ce qui rend une croissance rapide presque impossible pour les petits clubs.

"Côme n’est pas en conformité avec le fair-play financier, car on ne peut pas faire grandir un club si les revenus sont faibles", a-t-il souligné. "Si Côme avait respecté ces règles, il ne serait pas là où il est aujourd’hui."

Il insiste sur le fait que la responsabilité incombe aux instances dirigeantes, et non au club. "La combinaison des règles financières et sportives n’est pas entre les mains des clubs. Elle est entre les mains de la fédération italienne et de l’UEFA", a-t-il déclaré. "Nous avons besoin de cas comme Côme. Ils sont très, très importants. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut écarter ou balayer sous prétexte qu’ils ne respectent pas les règles."

Cela ne signifie pas pour autant que Fassone soutient la position de la direction de Côme, qui consisterait à simplement payer les amendes du fair-play financier et continuer. "Ce n’est pas la solution", a-t-il affirmé. "On ne peut pas se contenter de dire : 'D’accord, on a payé l’amende.' Ce n’est pas une solution à long terme."

Quant à la rapidité de l’ascension de Côme, Fassone l’attribue à un véritable esprit entrepreneurial, avec des investissements massifs dans les infrastructures et les joueurs bien avant que les revenus ne suivent.

"Comment améliorer son produit si on attend que les revenus augmentent ?", a-t-il lancé. "Les revenus augmentent après avoir investi, et c’est vrai dans tous les secteurs, pas seulement le football. Ils ont sans doute été plus rapides qu’ils ne l’avaient imaginé au départ. Mais ils ont fait ce que je recommande. Si vous êtes entrepreneur, il faut investir d’abord, et les résultats viendront ensuite."

Multipropriété de clubs

La multipropriété de clubs est devenue l’une des grandes tendances du football moderne, avec des groupes comme City Football Group ou BlueCo (propriétaire de Chelsea) bâtissant de véritables réseaux. Fassone, qui conseille des propriétaires de clubs et compte parmi ses proches Giampaolo Pozzo, propriétaire de l’Udinese et de Watford, estime que ce modèle peut fonctionner s’il est bien géré.

"D’un point de vue business, je pense que la multipropriété de clubs est un système qui peut fonctionner", a-t-il déclaré.

Pour Fassone, la clé réside dans la diversité au sein du réseau : des clubs de tailles et de divisions différentes, répartis dans des pays aux réglementations variées, comme le Portugal qui bénéficie d’avantages avec les joueurs portugais et brésiliens, ou la Suisse qui limite le nombre d’étrangers sur le terrain.

Fassone faisait partie des intervenants lors du tout premier panel du Portugal Football Summit.
Fassone faisait partie des intervenants lors du tout premier panel du Portugal Football Summit.Portugal Football Summit

"On peut ainsi construire un parcours pour ses joueurs, en commençant dans le plus petit club et en gravissant les échelons", a-t-il expliqué. "Si la gestion financière est bonne, avec des prêts et des transferts, on peut protéger un club en difficulté grâce à un autre club en bonne santé à ce moment-là. Si tout cela est fait dans le respect des règles, et qu’on évite que deux clubs du même réseau se retrouvent dans la même compétition internationale, je suis convaincu que la multipropriété de clubs peut être une bonne voie de développement."

Ayant conseillé de nombreux investisseurs qui se lancent dans le football, Fassone a aussi identifié l’erreur la plus fréquente des nouveaux venus : croire que le football fonctionne comme n’importe quel autre secteur.

"L’hypothèse naturelle, quand on investit dans un nouveau domaine, c’est : 'Si j’ai réussi dans l’immobilier ou un autre secteur, je peux réussir dans le football en appliquant les mêmes règles'", a-t-il expliqué. "C’est la première chose que j’essaie de leur apprendre. Le football est un univers totalement différent. C’est le seul secteur où vos joueurs, vos employés, sont aussi des actifs financiers."

Son conseil aux nouveaux propriétaires : s’adapter plutôt que transposer. "On peut bien sûr apporter quelque chose de son expérience précédente, mais pas tout", a-t-il précisé. "J’essaie de leur apprendre à ne pas commettre trop d’erreurs au début en pensant qu’ils peuvent reproduire exactement ce qu’ils ont connu ailleurs."

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