Flashscore : Qu'est-ce que cela te fait de jouer un Marseille-Nantes, un match tout de même un peu particulier pour toi ?
Maureen Cosson : Particulier, non. Forcément, ça me fait plaisir de retrouver Nantes, de revoir les filles avec qui j'ai joué pendant trois ans, ainsi que les personnes du club. Mais ça reste un match comme les autres, que l'on a envie de jouer et, forcément, de gagner.
Y a-t-il aussi l'envie de rebondir après le match contre Lyon (défaite 5-0, ndlr) ?
Forcément. C'était notre première défaite, donc on a à cœur de rebondir, d'autant que l'on reste aussi sur trois matchs nuls en plus de cette défaite. À domicile, devant nos supporters, on a envie de renouer avec la victoire et de ramener les trois points.
Comment expliques-tu que l'OM soit un peu plus en difficulté alors que vous aviez démarré la saison très fort ?
Je ne parlerais pas de difficulté. Strasbourg et Fleury sont de belles équipes, qui vont batailler en haut de tableau, et Lyon reste Lyon. Au contraire, on prend quand même un point contre des concurrents directs. C'était une série de matchs qui n'était pas évidente, donc il va être important de rebondir face à Nantes. Mais on a eu du positif et des choses à corriger lors des trois derniers matchs, ce qui sera bénéfique pour les rencontres à venir.
Sur quels points pensez-vous devoir progresser ?
On a forcément des axes d'amélioration, notamment défensivement, parce qu'on a encaissé pas mal de buts lors des derniers matchs. Il faut bien travailler là-dessus, continuer à concrétiser nos actions et continuer de faire avancer le projet de manière collective, surtout.
En face, Nantes vient enfin de gagner : les dynamiques sont opposées. Est-ce difficile d'affronter une équipe qui est enfin lancée dans le championnat ?
Difficile, non. Nous, on l'aborde comme un match comme les autres. On fait un bon début de saison, elles sont à un point de nous, donc on sait que ça ne va pas être un match facile. Je pense que ce sera un bon match, parce que si elles sont si proches de nous, ce n'est pas pour rien. Mais on ne prend pas forcément en compte les dynamiques : on l'aborde comme un match de haut de tableau, avec à cœur de gagner à domicile.
"Pas de place pour l'émotion"
Plusieurs joueuses et membres du staff ont un lien avec Nantes. Y a-t-il un petit plus, une dose d'émotion dans ce match ?
On l'aborde comme tous les autres matchs, parce que je pense que ce serait une erreur de laisser la place à l'émotion. Personnellement, je suis contente de revoir les filles et les personnes du staff qui sont encore là. Ce sera sympa de se retrouver, mais ça reste un match comme les autres et, sur le terrain, il n'y aura pas de place pour l'émotion.
Cela vous aide-t-il d'avoir d'anciennes Nantaises, même si l'équipe d'en face a beaucoup changé ?
Oui, mais il ne reste pas beaucoup d'anciennes Nantaises. C'est une équipe nouvelle, avec un staff nouveau et un projet nouveau aussi. Forcément, ça aide, même s'il y a peut-être un petit peu moins d'attache avec l'équipe actuelle.
Il reste tout de même Camille Robillard en face...
Oui, il reste Camille Robillard, avec qui je m'entendais très bien et je m'entends toujours très bien. C'est l'occasion de se revoir et de jouer contre elle. C'est aussi sympa de jouer contre d'anciennes coéquipières, comme ça a été le cas avec Lucie Calba et comme ce sera le cas avec d'autres dans le championnat. Ce sont des moments sympas de retrouvailles.
À Nantes, Camille Robillard était un peu ta protégée. As-tu pris une joueuse sous ton aile, de la même manière, à Marseille ?
Je ne pense pas. À Marseille, on est un groupe avec davantage de filles de ma génération, donc on a un peu moins de jeunes. Il y en a avec qui le courant passe bien aussi, mais c'est vrai qu'avec Camille, c'était probablement un lien un peu plus particulier.
"Je jouerai ce match comme tous les autres, à 100 %"
Quand on regarde ton parcours et la façon dont tu as marqué l'histoire du FC Nantes féminin, t'imaginais-tu un jour affronter Nantes dans un duel, comme tu le dis, plutôt de haut de tableau en D1 ?
Oui, complètement. Lors de mon passage, on a fait de belles choses avec Nantes, et l'idée du club, comme mon envie à moi, c'était que le projet nantais continue après ce que nous avons pu faire. Je dirais donc que c'est même bien d'avoir ce duel-là. En tout cas, ça me fait plaisir pour eux. Et ça veut dire que nous aussi, on est là où on voulait être. Ce sera un bon duel.
Tu as aussi connu des OM-Nantes en D2. Ce n'est plus la même chose.
Non, ce n'est plus la même chose, c'est différent. Mais ce sont les aléas d'une carrière : on change de club, on va vivre son aventure dans d'autres projets et dans d'autres clubs. Aujourd'hui, je suis à Marseille et je suis très contente d'y être. Je jouerai ce match comme tous les autres, à 100 % et avec l'envie de gagner, que ce soit Nantes ou une autre équipe en face.
Que gardes-tu de ces souvenirs, des OM-Nantes de l'époque de la D2 ?
Ce sont de bons souvenirs. Les OM-Nantes, je les avais gagnés avec Nantes. Ça a toujours été des matchs disputés. Mais aujourd'hui, ce sont deux équipes différentes, des joueuses différentes, donc rien ne se ressemblera. Et comme je l'ai dit, je porte aujourd'hui le maillot de Marseille. J'espère donc que ce week-end, ce sera Marseille qui gagnera et que ce sera nous qui ramènerons les trois points.
Tu as connu beaucoup de choses dans le football : tu arrives à Nantes pour jouer en D2 et aujourd'hui, tu es co-capitaine de l'OM, un club qui se veut, sinon pionnier, du moins un peu leader de ce mouvement du football féminin en France. Y a-t-il une fierté personnelle à avoir effectué un tel parcours ?
Forcément, c'est une fierté. Je suis arrivée un peu tard dans le monde professionnel, donc c'est pour moi une évolution logique d'être aujourd'hui à Marseille. Comme tu le dis, être co-capitaine, c'est aussi toujours valorisant de porter le brassard dans un projet. Sur le plan personnel, c'est une belle évolution, j'en suis satisfaite et j'espère que ça va continuer, parce que le projet que nous avons à Marseille sur plusieurs années est ambitieux. J'espère que cela continuera dans ce sens.
Tu dois aussi voir une évolution assez folle dans les conditions dans lesquelles tu évolues au quotidien.
Oui, c'est sûr. Aujourd'hui, on est dans de très bonnes conditions. On vient d'emménager dans le nouveau bâtiment, donc nos conditions viennent encore de passer un cap et on est très bien. Au fil de ma carrière, mes conditions ont évolué au quotidien : on voit les étapes qui ont été franchies et l'envie du club de continuer dans ce sens. C'est que du positif.
Tu me fais une belle passe décisive, car je voulais justement te poser une question sur les infrastructures. Le nouveau bâtiment, qui a été inauguré, est-ce un bâtiment pour la musculation ?
C'est un bâtiment pour l'ensemble de notre lieu de vie. On y a nos vestiaires, avec bain chaud et bain froid, une salle de musculation, une salle de vie et une salle vidéo. C'est vraiment l'endroit où l'on vit au quotidien au club, avec tout ce dont on a besoin pour performer.
"C'est satisfaisant de se sentir considérée de cette manière"
Dans son discours, l'OM met énormément les féminines en avant, et on a l'impression que, concrètement, au quotidien, beaucoup de choses sont faites pour vous. Ça avance vraiment. J'imagine que c'est très gratifiant, en tant que joueuse, de se sentir ainsi considérée.
Totalement. On sent que le club répond à nos attentes et cherche toujours à nous mettre dans les meilleures conditions : dès qu'il y a un besoin, il est là pour y répondre. On sent vraiment la volonté du club de nous mettre dans les meilleures conditions. Et en tant que joueuse, c'est satisfaisant de se sentir considérée de cette manière et de voir que le club met les moyens pour la réussite du projet.
Entre l'année dernière et cette saison, le groupe a beaucoup évolué et vous avez aujourd'hui un très bon effectif. Comment le ressens-tu au quotidien ? Parles-tu de l'évolution de ce projet avec des joueuses qui étaient déjà là l'année dernière, comme Mathilde Bourdieu ?
Oui, complètement. On en parle même souvent, parce que le projet a débuté avant même que nous arrivions. Il existe depuis bien deux saisons, depuis la montée. L'année dernière, il y a déjà eu du travail accompli avec le maintien. Le projet continue d'évoluer, le club continue de le faire évoluer. Celles qui sont là, même Jenny Perret, qui est là depuis bien plus longtemps, on échange assez souvent sur ces évolutions, et on en est contentes, parce que, quand on regarde en arrière et qu'on voit le chemin parcouru, c'est toujours plaisant de voir tout ce que le club a pu mettre en place pour continuer à faire évoluer ce projet.
Tu disais aussi qu'au sein du vestiaire, cette saison, vous êtes une équipe peut-être moins jeune, avec des joueuses de ta génération qui ont connu plus de galères dans le football féminin. Être aussi bien traitée aujourd'hui, est-ce rassurant ?
Oui, c'est rassurant. Quand on a commencé, on était loin d'avoir ces conditions-là dans les clubs. Je trouve que c'est aussi une réussite pour le football en général de voir que les clubs sont aujourd'hui capables de mettre les moyens pour nous placer dans les meilleures conditions. Ce sont des choses pour lesquelles on s'est battues dans chacun des clubs où l'on est passées, pour faire améliorer les conditions, et de voir aujourd'hui où l'on en est. Il y a encore des choses qui peuvent être faites et les choses vont continuer d'évoluer au fil des années, mais quand on compare le début de carrière et maintenant, c'est plaisant de voir ce qui a été fait et ce qui est fait dans l'ensemble des clubs pour mettre en avant le football féminin et améliorer les conditions, ce qui amènera aussi à faire évoluer les performances des joueuses en général.
En parles-tu aux plus jeunes, à celles qui montent de la réserve et s'entraînent avec vous ? Leur dis-tu, sans dire qu'elles ont de la chance, qu'elles ont aujourd'hui de bonnes conditions et que ça n'a pas toujours été comme ça ?
Oui, on en parle, parce que, quand on évoque notre vécu, on est amenées à leur dire que ce qu'on a est bien, qu'on a quand même de la chance et que ça va continuer à s'améliorer. Elles connaîtront probablement encore de meilleures choses, mais c'est important aussi de se rendre compte de ce qu'on a, de pouvoir en profiter et de continuer à faire évoluer les choses.
"Plus les conditions seront bonnes dans l'ensemble des clubs, plus le niveau continuera d'augmenter"
Penses-tu que des choses peuvent encore évoluer avant la fin de ta carrière ? Je me souviens qu'on avait discuté de la convention collective et que tu disais le faire surtout pour celles qui arrivent, pas forcément pour toi. As-tu le sentiment de devoir pousser les choses avant peut-être d'arrêter ?
Oui, un peu. Nous, on n'a pas eu la chance de bénéficier dès le début de tout ce qui se met en place aujourd'hui, mais on se doit quand même de... Enfin, je pense qu'aujourd'hui, on a la chance de pouvoir avoir la parole, d'échanger, d'essayer de négocier des choses. Et c'est important de le faire pour que les générations futures puissent en bénéficier et que cela serve à développer le football féminin dans sa globalité : faire évoluer le championnat, le niveau, mais aussi les mentalités des gens en général sur le foot féminin. Je pense que plus les conditions seront bonnes dans l'ensemble des clubs, plus le niveau continuera d'augmenter, plus les gens auront du plaisir à regarder, plus le spectacle sera beau, et ainsi de suite. Et plus le football féminin, dans sa globalité, évoluera.
Dans ce sens, as-tu l'impression que l'OM fait les choses bien et va dans le bon sens pour vous ?
Oui, complètement. Le club va tout à fait dans ce sens et on échange aussi beaucoup avec lui sur tout ce que l'on peut encore continuer à faire évoluer. On est là pour ça aussi, avec nos retours et nos différentes expériences. C'est bien de pouvoir échanger pour continuer à faire évoluer les choses, sachant que le club a déjà beaucoup fait et fait beaucoup évoluer les choses cette saison.
On est loin des trajets Nantes-Marseille en bus que vous pouviez faire à l'époque.
On en est très, très loin. Aujourd'hui, les conditions sont bonnes et Marseille fait les choses bien pour nous mettre dans les meilleures conditions, ça, c'est une certitude.
"Ça reste mon choix et mon envie à moi de venir ici"
Je voulais te poser une question sur le rôle de Nicolas Chabot dans ta venue à l'OM. On sait qu'il joue un rôle très important dans ta carrière. A-t-il vraiment eu besoin de te convaincre de déménager à Marseille ?
Me convaincre, je ne sais pas si c'est le mot. Forcément, on a échangé sur le projet, mais ça reste mon choix et mon envie à moi de venir ici. Il y a forcément eu une discussion avec Nico, parce que ça reste le coach, et j'apprécie énormément le projet : je prends énormément de plaisir au quotidien à évoluer dedans. Il y a aussi eu des échanges avec le club et, à la fin, les choses se sont alignées. Cela s'est d'ailleurs fait assez facilement à mon arrivée ici.
L'intégration à Marseille a l'air de bien se passer, même si tu rentres de temps en temps à Nantes.
Franchement, ça se passe super bien. On a été super bien accueillies. Le projet prend bien et on prend énormément de plaisir au quotidien. La ville offre un cadre de vie très sympa. Le soleil au quotidien, ça compte beaucoup. Et cela ne m'empêche pas de rentrer souvent à Nantes, puisque le Nantes-Marseille se fait vite en avion, pour retrouver ma famille et mes amis. Le cadre est idéal et, aujourd'hui, je suis épanouie ici.
Comment vous organisez-vous au quotidien avec Mathilde Bourdieu pour ce co-capitanat ? Et comment as-tu vécu le fait d'hériter du brassard à l'extérieur ?
À la base, nous sommes quatre capitaines dans le groupe. Le brassard est ensuite partagé, mais cela relève plutôt de l'anecdote. Nous sommes vraiment quatre capitaines au quotidien, ce qui permet de partager les responsabilités, de renforcer la cohésion du groupe et de faire en sorte que chacune se sente bien. Quant au partage du brassard, franchement, il se passe super bien. Je m'entends très bien avec Mathilde. Que je sois capitaine parce que je joue à l'extérieur, ou que Mathilde le soit quand nous jouons à domicile, cela ne change rien à notre rôle à chacune, ni à la manière dont on fait les choses sur le terrain et en dehors. Ce partage du brassard se passe donc très, très bien.
Cela a-t-il une saveur particulière ? Tu viens à peine d'arriver et tu es déjà capitaine à Marseille. Est-ce quelque chose qui te touche ?
Forcément, c'est toujours valorisant de porter le brassard. Mais cela ne change ni ma personnalité ni mon état d'esprit. Je suis comme je suis, et si j'ai le brassard, c'est aussi parce que le groupe l'a voulu, surtout. Donc ça fait forcément plaisir, et cela me permet de rester moi-même. Par ailleurs, je connaissais déjà le projet de jeu avec l'arrivée de Nico, ce qui facilite sûrement un peu les choses. Mais oui, ça se passe très bien.
"J'ai hâte de jouer au Vélodrome"
Tu as déjà joué à la Beaujoire. T'imagines-tu jouer un jour au Vélodrome ?
Complètement, j'ai même hâte. J'ai hâte de jouer au Vélodrome et de découvrir cette ambiance. On y va très souvent voir le match des garçons et, quand on y est, ça donne énormément envie d'y jouer. On a hâte et on espère y aller au moins une fois cette saison. Donc oui, je m'y vois très bien.
Ces matchs dans les grands stades sont-ils importants pour vous, les joueuses ?
Oui, ils sont importants. On aime jouer dans les grands stades, déjà pour la qualité des terrains. Ensuite, on sait que les grands stades attirent du monde, et on aime jouer devant du public. Ça prend une autre dimension. Ce sont donc des matchs où l'on prend énormément de plaisir, par ce que l'on fait sur le terrain, mais aussi par tout ce qui vient des tribunes et tout ce qu'on peut partager avec les supporters dans ces stades.
À Nantes, tu étais un peu la chouchoute des supporters. Quelle relation as-tu avec ceux de Marseille ?
Franchement, c'est quasiment la même. Les supporters marseillais sont adorables. On reçoit énormément de messages, on fait énormément de photos en fin de match. Ils sont bienveillants, on partage beaucoup de choses avec eux et on sent qu'ils sont attachés à nous. C'est toujours agréable, en tant que joueuse, de pouvoir partager ça avec les supporters.
Ce sont aussi des supporters qui se déplacent : que ce soit à Nantes ou à Martigues, un petit groupe vous suit partout.
On a toujours des supporters. Pour le moment, peu importe où l'on a joué, on a toujours eu des groupes de supporters. On les remercie à chaque fois, parce que c'est un plus pour nous d'avoir toujours des supporters qui nous suivent. Cela crée aussi des relations entre les joueuses et les supporters, et c'est toujours agréable de voir l'engouement que ça peut prendre, de voir des supporters qui nous suivent sur tous les matchs. Pour tout ça, on les remercie.
Le maillot sorti pour Octobre Rose est une belle preuve de cet engouement.
Oui, quand on voit la vitesse à laquelle les maillots sont partis, c'est sûr que c'est une belle preuve de l'engouement.
Que peut-on te souhaiter pour ce match contre Nantes ? Même si tu dis que ce n'est pas forcément particulier, tu salueras tout de même les supporters nantais, s'il y en a ?
Oui, évidemment. Je reçois encore aujourd'hui des messages de supporters de Nantes, qui sont aussi bienveillants et très sympas avec moi. S'il y en a, j'irai les saluer, évidemment. Quant à ce que l'on peut me souhaiter : que le match se passe bien pour moi, que je prenne du plaisir et que je ramène les trois points à la fin du match.
