Interview Flashscore - "On se donne le droit de rêver", Nicolas Chabot raconte la folle saison du FC Nantes

Interview Flashscore - "On se donne le droit de rêver", Nicolas Chabot raconte la folle saison du FC Nantes
Interview Flashscore - "On se donne le droit de rêver", Nicolas Chabot raconte la folle saison du FC NantesAntoine Rinié / @arinie_studio

Deuxième de Première Ligue à quatre journées de la fin, le FC Nantes est la grande sensation de la saison. Un an après une 7e place déjà inattendue, les Canaries confirment et bousculent la hiérarchie. Entre recrutement audacieux, groupe sans complexes et philosophie de jeu, Nicolas Chabot revient sur les clés d’une ascension express à quelques heures d'un match décisif face au PSG, à la Beaujoire (21h).

La saison passée vous avez fini 7e pour la première saison de Première Ligue, c'était déjà plutôt une surprise. Comment vous avez fait pour encore nous surprendre cette saison ? 

C’était déjà une surprise oui et non dans le sens où on l'avait annoncé un peu d'entrée l'année dernière. On ne voulait pas se fixer de limites et on voulait essayer un peu de déjouer les statistiques. On avait dit que l'équipe qui monte souvent joue le maintien, voire redescend et nous on s'était pas conditionné à ça. On se disait qu’on pouvait aller s'insérer dans la première moitié ou dans la partie un peu plus haute que seulement le maintien donc déjà ça nous a permis de jouer libéré, d'acquérir cette belle 7e place avec beaucoup de joueuses qui découvraient la D1. 

Comment on a fait pour faire mieux ? On a essayé de capitaliser sur les bonnes joueuses qu'on avait dans notre effectif qui avaient un petit peu d'expérience en D1, comme Emily Burns, Maureen Cosson, Nelly Rodrigues, Juliette Mossard, Camille Robillard. Ce sont des joueuses qui étaient avec nous dès le début du projet et elles ont pris encore plus de maturité et de performance dans ce niveau D1. Puis travaillé dur sur le recrutement et on a eu les bénéfices du travail. Les joueuses ont très vite matché les unes avec les autres et ont très vite matché avec le projet. Donc c’est on va dire cette symbiose là en plus des résultats positifs qui a fait que ça a créé un cercle vertueux rapidement. Après il y a le club aussi qui a travaillé un peu sur le les conditions d'entraînement. Ils nous ont rajouté un espace de musculation, d'activation. Ils ont refait l'espace de restauration. C'est mieux en fait dans le quotidien. On arrive aussi de plus en plus à s'entraîner sur les terrains herbes. Donc, tout mis bout à bout fait que les pièces du puzzle s'assemblent bien. Et voilà comment on arrive à faire mieux que l'année dernière et à challenger les plus grosses équipes de championnat.

Le groupe nantais célébrant sa victoire à Strasbourg le week-end passé
Le groupe nantais célébrant sa victoire à Strasbourg le week-end passéAntoine Rinié / @arinie_studio

Parce que vous, quand vous prenez l'équipe de Nantes, elle est en D3. Aujourd’hui vous êtes quasiment au sommet de la D1…

Quand je la récupère, il restait les deux derniers matchs de la saison 2022-23. À ce moment là l'équipe descend en D3 et moi en fait je commence la restructuration parce qu'il n'y avait pas de coach nommé. Je commence à appeler les joueuses, à faire le recrutement, identifier les profils etc. Donc on commence à avoir des discussions plutôt concrètes avec certaines joueuses pour le projet de D3. Et puis finalement je me retrouve à être nommé. Et de la D3 on est finalement maintenu administrativement D2, donc on garde le même effectif. Et dès la première année on fait monter et après on enchaîne.

Comment vous avez géré tout ça, parce que ça a été super rapide ?

On va dire que ma carrière sur le plan personnel a été aussi grande que le club parce que j'ai eu la chance de connaître que les succès ici. Au début, j’y ai passé beaucoup d'heures parce que je ne savais pas forcément faire un mercato. Il faut tout apprendre sur le plan juridique sur le plan sportif, sur le plan négociation, comment ça fonctionne, les codes, etc. Je me souviens sur le premier mercato que je fais de recrutement pour la D3, j’y ai passé beaucoup beaucoup d’heures, pour parler du projet, pour parler des joueuses, pour regarder les joueuses… En plus, le staff était en fin de contrat, donc je l'avais fait seul, celui-ci. Et puis, après, comme chaque année, c’est beaucoup de travail sur le mercato d'été pour bien constituer son effectif. C’est beaucoup de travail sur la présaison pour que le projet prenne bien et rapidement, parce qu'on se doit d'être performant à chaque fois rapidement. Nos contextes nous ont amené à changer l'équipe tout le temps en fait parce que la première année tu descends en D3 donc tout le monde était parti. Donc, il a fallu refaire 95% de l’effectif. Dès la première année, tu montes. Donc, on a gardé en gros 50% de l'effectif et on a renouvelé 50% de l'effectif. Et puis, l'année dernière, on va dire qu'on a gardé 60% de l’effectif et qu'on a renouvelé 40%. 

Parce que quand tu montes ta première année, tu es moins attractif, parce que le club est jeune et que beaucoup de joueuses ont peur de faire la descente. Comme c’est statistiquement prévu. Lorsque tu as la chance d'avoir une deuxième année en général tu es un peu plus attractif… Voilà pourquoi nous chaque année on a eu pas mal de modifications dans les effectifs. Ça prend du temps de mettre en place le projet de jeu, le projet de vie. C’est une course contre la montre donc c’est le fruit de beaucoup de travail du staff et des joueuses.

Parce que vous, vous n'êtes pas qu’entraîneur, vous êtes aussi directeur sportif…

Oui, avec ses avantages et ses inconvénients. Des fois, c'est à double tranchant, mais j'ai un espace de liberté avec une grande confiance du club dans le choix du staff, dans le choix des joueuses. J'ai toujours pu sélectionner chacune des joueuses. Les joueuses avec qui ça a matché, c’est ma responsabilité, celle avec qui ça n'a pas matché, c'est aussi ma faute. C'est aussi énormément de travail et d'énergie qui est laissé là-dedans parce que là où des fois des clubs qui sont plus structurés ont deux ou trois personnes pour faire le job là il y en a qu'une seule. 

C'est de moins en moins le cas aujourd'hui en D1. Il y a quand même plus en plus de clubs qui ont un directeur sportif, un manager etc. 

Les clubs se structurent de plus en plus, le foot féminin de manière générale évolue dans le bon sens que ce soit en France ou à l'étranger. Ça passe par la structure, les infrastructures, les budgets, les moyens humains… Le fait d'avoir des directeurs sportifs, des directeurs commerciaux, des directeurs de la communication… Après, c'est toujours des avantages et des inconvénients parce que quand les rôles sont bien définis et que tu as une super entente entre ton directeur général, ton directeur sportif, ton coach, c'est pour moi un triangle vraiment vertueux : le coach se concentre sur sportif, le directeur sportif se concentre sur les aspects financiers, négociations, ce qui n'est pas normalement le travail du coach. Et ça fonctionne bien, mais il faut être sûr que t'es main dans la main. Parce que sinon, c'est rajouter des problèmes, des doubles discours, et ça peut être contre-productif.

C'est un peu un système à la Nantaise aussi, parce qu'il n'y a pas de directeur sportif chez les garçons non plus.

Il y en avait. Les gars ont beaucoup changé parce qu'ils ont eu une cellule de recrutement puis ils n’en avaient plus, ils ont eu un directeur sportif puis aujourd’hui il n’y en a plus… Je sais qu'il y a une volonté en tout cas de de Franck Kita de faire le lien directement et de limiter les intermédiaires. Je pense que c'est aussi une volonté économique du club avec une seule personne qui gère tout et ça coûte moins cher.

"C'est ça qui est important aussi, c'est de rêver en fonction de ses moyens"

Il n’y aurait pas forcément les moyens d’avoir un directeur sportif chez les filles aujourd’hui ?

Je pense qu’aujourd'hui c'est une jeune section. Le club investit dedans, en se développant petit à petit, mais je pense qu'il ne faut pas griller les étapes. Aujourd’hui on a encore des besoins humains sur le plan staff technique, on a des besoins en kiné, on a des besoins de rajouter du monde dans le staff… On aurait besoin que les gens du staff aient un meilleur salaire. On aurait besoin de tout ça. Pour l’instant, on arrive à s'en sortir sans, maintenant c'est vrai que d'avoir un directeur sportif je pense que dans les prochaines années ça va être une nécessité. Pour le réseau qu'il peut avoir. J'ai déjà un très bon réseau sur le recrutement, mais je pense que c'est toujours intéressant d'avoir un directeur sportif qui lui va se concentrer sur la stratégie sportive, le recrutement, et va libérer le staff technique pour être encore plus sur le terrain. 

Nous, on use énormément d'énergie, notamment pour le recrutement, pour analyser les profils, pour regarder, pour sélectionner. Mais là, on le fait ensemble avec le staff. On use énormément de temps. Des fois on le fait dans les semaines de préparation de match, on essaie de regarder des profils, ou pendant les trêves, mais normalement ce serait le travail d'une cellule de recrutement.

Ça ressemble à quoi une journée dans la vie de Nicolas Chabot ?

C'est variable. J’arrive le matin ici au bureau, aux alentours de 9h30, quand les bouchons me laissent tranquille. Sinon, je bosse déjà dans la voiture, je passe des coups de téléphone, je réponds, je gère un peu justement les relations avec les agents au quotidien, ça c'est tous les jours. Donc ça démarre dans la voiture, après on prend le temps de se retrouver, de boire un café avec le staff le matin, on échange un peu avec le médical pour savoir quelles joueuses sont à disposition, celles qui sont aménagées, ce qu'on veut faire… La séance est préparée la veille, mais on re-paufine un peu les rôles. Après on mange ensemble le midi avec les gars du staff. Les joueuses elles arrivent après, enfin ça dépend de si on s’entraîne le matin ou si on change de site d’entraînement. Les joueuses ne mangent pas toujours le midi ici.

L'après-midi j'essaie de me faire une petite demi-heure de sieste et après on bosse sur la préparation du match. Là notamment sur le début de semaine, on fixe toute l'analyse de l'adversaire, tout le plan de jeu et ça nous permet de préparer toutes les séances de la semaine : sur ce qu'on veut travailler, tel type d'exercice va nous permettre de bosser telle idée sur le plan de jeu pour la semaine et on prépare toute la semaine comme ça. Donc le début de semaine est assez chargé. Moi je termine ma journée vers 19h30. Tout en ayant eu à gérer au fil de la journée soit des sollicitations médias, soit de l'organisation, de planification de la semaine parce qu'on va devoir changer de terrain, soit la relation avec les agents parce que tous les jours on reçoit des demandes de joueuses… Mais aussi comment on organise la trêve internationale parce qu'on a trois semaines sans match. Ce sont plein de petites choses comme ça, mais mon rôle est aussi de gérer cet intermédiaire-là. Ce n'est pas que le terrain.

Nicolas Chabot à l'entraînement avec le FC Nantes
Nicolas Chabot à l'entraînement avec le FC NantesNathalie Querouil

Est ce que le fait d'avoir fini 7e lors de votre première saison en Première Ligue, ça vous avait mis un peu de pression pour la saison 2 ?

Oui et non, dans le sens où c'est toujours une bonne pression. Ce que je dis aux joueuses c’est que l’on fait ces métiers là aussi parce qu'on aime la compétition, parce que c'est ce qui nous anime, c'est notre carburant. On essaie toujours de se fixer des objectifs qui sont à chaque fois un peu plus élevés. C'est sûr que quand tu fais une belle saison comme ça où tu finis 7e, c'est déjà dur pour une première année de finir 7e. Quand tu vois la qualité des autres effectifs, quand tu vois la qualité des autres clubs… Moi je l'ai dit, dès le début de la saison, je trouve que la D1 de cette année n'a jamais été aussi forte que maintenant.

Je trouve qu’en termes de qualité individuelle, de projets collectifs, pour moi la D1 de cette année est bien meilleure que celle de l'année dernière… Et quand tu fixes la barre déjà haute, tu te dis que il y a forcément une possibilité de faire moins bien. Mais nous en tant que compétiteurs on essaie de toujours dire qu'on peut réussir à faire mieux.

On voulait à la fois se fixer des objectifs qui étaient qui étaient ambitieux et atteignables. C'est ça qui est important aussi, c'est de rêver en fonction de ses moyens. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on était une section où en termes d'infrastructures, ce n'est pas suffisant, il fallait qu'on fasse bien mieux. Donc aujourd'hui, on ne pouvait pas parler de performance au point de se dire qu’on jouerait les play-offs. On avait des objectifs qui étaient atteignables et mesurés. Donc c'était de réussir à faire mieux et de s'insérer dans la première moitié. On est une équipe qui vient de monter, c'est cohérent de se dire qu'en deux ans déjà tu cherches à t'insérer dans le top 6. Parce que le top 6, tu enlèves Lyon, le PSG, Paris FC, qui sont les clubs aujourd'hui les mieux structurés, les plus gros clubs de la D1. Ensuite tu as Fleury qui investit énormément, donc tu as ces quatre gros clubs là. C'est à dire que quand tu finis dans le top 6, il te reste deux places. Il te reste deux places pour huit clubs qui bataillent grosso modo. 8 clubs quasiment à budget égal, plus ou moins infrastructures égales, mais tu as 8 clubs qui sont en train de batailler et tu as 2 places pour finir dans le top 6. Donc c'est déjà cohérent et mesuré de se fixer ces objectifs-là. Ils ne sont déjà pas faciles à atteindre. 

À la base, c'est ce qu'on s'était fixé parce que nous on voulait grandir petit à petit. Même si quand tu t'engages dans une compétition, tu as envie de gagner tous les matchs et tu rêves de gagner tous les matchs et de te dire, on va faire Ligue des Champions, on va faire top 4. Tu ne peux pas te dire : "Allez, ok, on accepte de perdre 8-9 matchs dans la saison." Tu as envie de tout gagner. Comme quand tu démarres la Coupe de France, tu penses que tu peux la gagner, c'est normal. 

L'idée c’était d'avoir un objectif qui était un peu meilleur. Donc au moins, on ne se mettait pas à une grosse pression. Peut-être que si on avait eu tout un complexe d’entraînement, qu’on pouvait s'entraîner sur l’herbe toute l’année, qu'on avait bien augmenté la masse salariale peut-être qu'on aurait eu des objectifs qui montaient d'un cran encore. Mais là ce n’était pas le cas donc on sait que factuellement sur la ligne de départ, dans tout ce qui est extérieur au terrain, on était en dessous de tous les clubs que j’ai cités. Après la chance qu'on a c'est que la vérité c'est le rectangle vert. 

"C'est beau d'être là à ce moment-là, à quatre journées de la fin"

Être deuxième de Première ligue, à quatre journées de la fin, c'est quand même une surprise. 

Ouais. Nous on a essayé de travailler dans ce sens là, c'est à dire qu'on a tout donné pour ça, les joueuses ont travaillé énormément, ont fait le job donc surprise oui et non parce que en toute sincérité je trouve que sportivement on a fait des choses bien. Les matchs qu'on a gagnés on a mérité de les gagner, il y a même des matchs qu'on a perdus qu'on aurait pu mériter de gagner. Je trouve qu'on est à notre place dans ces trois premières places, je trouve qu'on est à notre place sur le plan sportif, c'est sûr. Mais c'est une fierté aussi, parce que cette deuxième place, on l'a tenue quasiment toute la deuxième partie de saison. Je pense que c'est historique d'avoir un club hormis les trois gros qui tiennent ce rang-là. Dans les moments où certaines personnes pensaient qu'on allait perdre cette place-là, on relançait la machine et on gagnait à chaque fois. Donc non, c'est beau d'être là à ce moment-là, à quatre journées de la fin.

Est-ce qu’aujourd’hui le challenge va au-delà de se qualifier en play-offs ?

Il y a plein de challenges qui sont qui sont importants à jouer : sur la phase retour on est invaincu. Il faut qu'on essaie de le tenir le plus longtemps possible. On fait toujours partie des meilleures attaques, on est bien remonté dans le classement des défenses, on stabilise. Là on a encore tout à jouer donc évidemment on se donne le droit de rêver.

Et quand on voit ce groupe assez jeune, qui a l'air assez fou aussi en interne, qu'est-ce qu'elles se disent les joueuses entre elles ?

On a toujours joué sur ce format-là. Quand on était en on fait le recrutement pour la D3, on a un effectif pour la D3 et puis on arrive en D2 et puis on se dit peut-être qu'on va monter et puis si on y va tu vois, on arrive en D1. On arrive avec un peu de fraîcheur, un peu de culot beaucoup d'humilité et de respect. Ce groupe-là, il a du peps, il est culotté, il ne se dit pas : "Ok, on vient de monter, donc on va jouer le maintien."  En fait, il ne se donne pas de limites, tout en étant respectueux et travailleur, mais il donne le maximum, sans se poser de questions, en étant culotté, mais dans le bon sens du terme. On a un groupe qui a confiance en lui mais qui est très humble, qui travaille. 

On est conscient que parfois on a perdu des matchs parce qu'on a joué une équipe qui était meilleure. Et ça, toutes les joueuses sont capables de le dire. Mais non, ce groupe-là, il ne se donne pas de limites. Il fonctionne comme ça. Ce week-end contre le PSG, les conditions sont réunies pour faire les choses bien, pour essayer de prendre des points dans ce match. Donc le groupe, forcément, il y croit. Il y va avec beaucoup de détermination. Et puis on verra bien. À la fin, on espère qu'on sera là où on mérite d’être.

Ça veut dire qu’il n'y a pas vraiment de mot d'ordre en interne. Dans certains clubs, on a l'impression que c'est martelé aux joueuses que se maintenir c’est vraiment l’objectif. Est-ce que ça tire un peu vers le bas dans ce cas-là ?

Je ne sais pas. Chacun fonctionne différemment. Moi, j'estime que quand tu programmes un groupe en disant on joue le maintien, en fait, tu programmes le groupe mentalement à accepter de perdre des matchs, à accepter d'être moins bien et tu ne sais pas à quel point le fait de se programmer là-dedans fait que ça arrive. Nous on a choisi mentalement de ne pas se programmer à ça et de se dire qu’on doit jouer pour gagner tous les matchs, même si on vient de monter. On doit être déçu chaque fois qu'on perd un match, parce que ce n'est pas la normalité. Peut-être que tu engendres une dynamique plus positive, je ne sais pas. Ce serait trop facile avec le recul de dire : "Il faut faire ça." Nous on a choisi cet angle là, il nous a réussi. On aurait très bien pu choisir cet angle-là et que ça foire complètement, mais chaque année ça nous a réussi d'être respectueux, ambitieux mais culotté.

Si tu commences à dire à ton groupe : "Non, la Ligue des Champions, on oublie, non, les playoffs, on oublie parce que ce n'est pas notre truc..." Sinon je serai resté bloqué sur cet objectif de 6e ou 5e. Je trouve que du coup tu te mets une barrière que les joueuses n’osent pas franchir, parce que tu es Nantes, parce que ceci… La vérité c’est le terrain : peu importe les conditions, peu importe le statut, peu importe qui tu es… Aujourd'hui c'est sûr qu'il y a des équipes qui ont des meilleures individualités que nous, ils ont des joueuses beaucoup plus expérimentées… Nous on a un groupe jeune mais à la fin c'est onze joueuses contre onze joueuses sur le terrain. Et c'est ça qui règle le truc. Chacun fonctionne comme il veut et moi je ne suis pas là pour juger ce qui se fait ailleurs. Nous c'est sûr qu’on fonctionne toujours en se disant on est respectueux, on sait qui on est, mais on se challenge.

Vous parlez beaucoup de culot, c'est un mot qui revient peut-être en interne, parce que je pense au but par exemple de Melissa Bethi contre l'OM avec la passe de Julie Swierot, c'est culotté finalement de tenter ça !

On s'est toujours attaché au spectacle qu'on produit, au-delà des résultats, parce que le football féminin, je pense que dans la sphère populaire, il va se développer par le spectacle qui est produit. C'est ce qui fait que les gens ont envie de venir au stade, c'est ce qui fait que les gens ont envie de regarder les matchs. Ça, c'est la première chose. Et pour produire du spectacle, il faut avoir de la confiance. Et la confiance, ça vient aussi avec la créativité, avec le culot. C'est-à-dire que si moi, en tant que technicien, je ferme tout, je restreins tout, on n'a pas des joueuses qui sont créatives, on n'a pas des joueuses qui suivent leur intuition. Parfois, le foot, c'est certaines qui suivent leur intuition et parfois le foot c'est une passe, c'est un geste, c'est un appel, c'est un feeling… Ça, ça s'entraîne au quotidien pour qu'elles puissent avoir à la fois cette confiance et cette créativité. Elles ont les enjeux tactiques du projet et à l'intérieur de ça elles jouent avec ce cadre-là. C’est ça que j'appelle le culot et le peps dans le bon sens du terme, c'est que oui elles jouent sans se fixer de limites. Il y a les valeurs, le respect, le travail, l'humilité, il y a plein de choses. 

Mais le culot, c'est un peu le mélange entre la créativité, la confiance en soi et le fait de ne pas avoir de barrière. Ça crée des bonnes choses. C'est quelque chose qui revient souvent dans les approches du match, dans le mindset qu'on essaie de créer dans le match. C'est toujours celui-ci, c'est d'être un peu force tranquille. On ne se prend pas pour d'autres, on reste humble. Moi, j'ai toujours dit aux joueuses : "Je veux qu'on soit propre sur le terrain, je ne veux pas qu'on ait une image d'une équipe qui met des coups, qui parle mal." Je pense que l'image qu'on a aujourd'hui, c'est une image d'équipe qui est propre, qui est respectueuse, qui est humble, qui gagne en jouant fair play, mais en même temps qui a de la confiance en soi et pas de l'arrogance. Il ne faut pas tomber dans les deux trucs, mais on essaie de développer ces choses-là. Donc au quotidien, ce sont des mots, c'est un mindset sur lequel on essaie d'avancer. C'est celui qui nous a toujours réussi.

"On a eu à chaque fois ce cercle vertueux"

Le fait que l'équipe performe aussi, j'imagine que ça amène de la confiance, c'est un cercle vertueux finalement.

C'est sûr, parce que le jeu qu'on pratique, c'est un jeu où il y a beaucoup de mouvements, il y a de l'alternance dans ce qu'on fait, il y a du dribble, il y a des actions collectives, des actions individuelles et tout ça c'est amené par la confiance. Mais la confiance est amenée par les résultats aussi. Pour avoir des résultats tu as besoin d'avoir un jeu qui est fluide, pour avoir un jeu qui est fluide tu as besoin d'avoir confiance. Quand tu as confiance en toi, que ton jeu est fluide, les résultats arrivent. Mais quand les résultats arrivent ça te donne de la confiance… Le résultat arrive parce que t'as eu ce processus de confiance, d’application dans ton jeu et en même temps tes résultats te donnent cette confiance-là.

C'est à double tranchant et c'est pour ça que des fois il y a des projets qui sont pas loin de fonctionner et qui ne fonctionnent pas parce que l'équipe joue bien mais elle n’est pas récompensée en début de saison. Donc elle ne crée pas son cercle vertueux et elle s'enterre dans une dynamique négative… Parfois le process de travail est très bon mais il n'est pas valorisé par les résultats donc les joueuses perdent confiance en l’idée, en l'entraînement le jour le jour, individuellement et collectivement. Et tu entres dans un cercle négatif, à l'inverse de nous sur ces trois années. On a eu à chaque fois ce cercle vertueux. On a travaillé dur pour le créer et puis voilà.

Quand on regarde les joueuses sur le terrain, on a l'impression qu'elles se régalent à jouer toutes ensemble, comme ce but de Lucie Calba ce week-end face à Strasbourg

On a failli mettre encore plus beau on loupe le quatrième. La phase collective était encore plus belle ! Mais c'est aussi le discours que je leur tiens la fin du match : Je suis fier de vous, qu'on l’ait fait, mais je suis autant fier de comment vous l'avez fait, avec de la maturité, de la personnalité, de la confiance dans le bon sens du terme. Vous l'avez fait, on a fait les choses bien, c’est-à-dire qu'on a été propres dans le jeu, on a été propres avec l'adversaire aussi. On n'a pas mis des coups partout, etc. 

Avant le match, moi je parle toujours d'intensité, mais à la fois de calme, de maîtrise, de maturité. Et c'est ça qu'on cherche. Et c'est comme ça qu'on associe les profils aussi. Parfois on m'a dit que je suis fou de mettre Mélissa Bethi en point de basse parce qu'elle fait 1m10 et ça nous donne raison. Par contre contre Dijon on perd trois points. Ça fait partie du jeu. Et puis moi c'est le foot que j’aime. Je dis toujours à mon groupe que j'ai envie de kiffer mon métier, j'ai envie de m'asseoir sur le banc et d'adorer ce que je regarde. Que vous nous fassiez partager des émotions. Donc dans les profils de joueuses qu'on choisit, dans les associations qu'on choisit, dans la façon dont on joue, dans la façon dont on entraîne, dans tout le côté confiance qu'on amène, c'est pour pratiquer ce jeu-là aussi.

Le fait de jouer comme ça aussi quand on est Nantes, ça c'est culotté pour le coup, parce qu'on sait que les équipes qui jouent le maintien ont plus tendances à pas mal défendre, envoyer des longs ballons de devant, etc. Et Nantes a montré qu'il y avait quelque chose d'autre qui était possible.

C'est magnifique parce que moi, c'est le football en lequel je crois. Et quand t'arrives à avoir ces résultats-là, c'est bien, parce que parfois tu peux très bien jouer et ne pas être récompensé, donc ça c'est terrible. Mais nous, sur les saisons, on estime qu'on a souvent été récompensé en jouant bien. Et puis après, les profils de joueuses qu'on choisit, ce sont souvent des joueuses qui, cognitivement, sont éveillées sur le plan tactique, sont éveillées sur les autres, qui techniquement ont de la qualité. Et donc on associe ces profils-là. C'est vrai qu'on a très peu de profils athlétiques durant les trois années. Mais ça reste qu’aujourd’hui dans certaines équipes tu as des profils athlétiques qui font gagner des matchs.

L’année dernière par exemple je pense qu'on jouait bien, qu'on se créait les mêmes occasions mais on ne les mettait pas parce qu'à un moment techniquement où ça ne le faisait pas, ça faisait poteau sortant… Mais pourtant on avait les mêmes idées et parfois tu joues bien mais tu n'es pas récompensé parce que l'action n'est pas finalisée. Donc des fois ce sont des profils qui sont un peu plus avancés athlétiquement qui viennent te valider tes actions. Nous on a toujours choisi les joueuses par rapport à leur état d’esprit, la qualité technique, la qualité cognitive et en réfléchissant on fait Calba, Khelifi, Bethi, Swierot, Toloba, Saoud, bref, toute cette association-là, je sais que ça va matcher entre elles. Parce que dans la façon de jouer, dans la façon de voir le foot, dans la façon d'être, on sait que si on leur donne une idée collective, des codes collectifs, un cadre général, elles vont matcher les unes avec les autres.

"On a fait les choses avec zéro joueuse confirmée"

Mais c'est toutes ces joueuses-là, ce sont des joueuses qui sont internationales. Toloba, quand vous la signez, elle a un peu marqué les esprits avec son but contre l'Espagne. Comment Nantes arrive à convaincre ces joueuses-là ?

Alors, nous, dans la dimension dans laquelle on était, les joueuses qui sont déjà confirmées dans les sélections du top 10 on ne peut pas. Donc tu vas signer, une Mariam Toloba qui joue en Belgique elle, n’a pas encore pété, elle joue dans un championnat de qualité moyenne par rapport au top 5. Elle commence à jouer un peu avec la sélection mais tu la signes avant. Lucie Calba, elle avait fait 6 très bons mois en D1 l'année dernière, 6 mois un peu plus compliqués, c'était une joueuse qui était à potentiel, elle n’avait pas encore confirmé. Julie Swierot pas confirmée, Melissa Bethi premier pas en D1, Imane Saoud championnat suisse donc ce n'est pas la même chose, elle n’avait pas encore confirmé, Van de Ven tu la signes à Braga, elle n’a pas encore confirmée, elle est dans des championnats un peu de deuxième zone. Il n'y a que Louise Fleury qui avait un peu plus de réputation. Julie Rabanne, elle venait de descendre avec Lille. Julie Pasquereau dans un profil avec Reims, elle avait un peu de confirmation. Maureen Cosson, elle était inconnue du grand public. Emily Burns, elle n'avait pas joué en D1 depuis des années. Tu as Léa Khelifi qui était en fin de cycle avec Montpellier et qu'il fallait relancer…

Ce sont beaucoup de profils émergents et ils ont pas encore éclos, soit il faut les relancer. En tout cas on n’avait aucun profil quasiment où on se disait allez c'est un profil top 5 D1 qui est titulaire dans son club, qui peut venir chez nous, non. Quand tu es Nantes, tu as une chance sur deux que ça match, tu peux très bien avoir là tous les profils qui éclosent mais parfois tu peux en avoir que la moitié qui éclôt et les autres il leur faut une année supplémentaire. Parfois tu peux avoir des erreurs, parce que ça ne se passe pas bien, elle ne s'adapte pas au pays, elle ne s'adapte pas au style… On a fait les choses avec zéro joueuse confirmée quasiment donc c'est encore plus plaisant et ça donne encore plus de marge parce que qu’est-ce qu'elles seraient capables de faire si ces joueuses-là avaient joué ensemble déjà depuis deux trois ans ? Ce serait magnifique.

Après quand on est Nantes ,on sait qu'on doit aussi faire des bons coups. À moins qu'à un moment donné le club décide d'augmenter le budget, d’augmenter les infrastructures, la qualité des infrastructures etc. et là vraiment tu vas pouvoir aller chercher des profils avec un rendement instantané… Mais aujourd'hui notamment dans la concurrence qu'on avait ce été dans les profils par rapport au Paris FC ou à Fleury par exemple, les bons profils qu'on voulait ils ont signé dans ces clubs-là. Parce que soit il y a une plus grosse histoire en D1, soit il y avait plus de budget, soit il y avait des meilleures infrastructures.

Mais des joueuses, par exemple comme Khelifi ou Toloba, j'imagine qu'il n'y avait pas que Nantes qui les voulait…

Je ne sais pas. Je n'en sais rien. Je ne sais pas parce que Toloba n'avait pas encore éclos vraiment en Belgique. Elle a été bien en Belgique, mais dans un championnat moindre. Je ne sais pas s'il y avait énormément de concurrence. Moi j’ai passé du temps pour lui expliquer le projet, comme on veut la développer, comment on va faire les choses avec elle et jusqu'ici on ne s'est pas trompé dans le développement. Beaucoup de joueuses qui sont passées par ici et qui ont travaillé avec nous ont pu faire un pas dans leur carrière. C'est factuel. 

Donc aujourd'hui c'est aussi ça qui donne de la confiance. Quand tu vois que certaines joueuses en travaillant avec nous dans ce collectif-là avancent ça donne aussi envie à d'autres de dire : "Ok c'est possible !" Parce que ça a déjà été fait. On leur vend un projet qui est sincère : "Le projet de jeu c'est celui-ci, le projet d'entraînement c'est celui-ci…" Pour moi, il convient parfaitement au style de ces joueuses-là. Ça c’est pour l’aspect terrain. Après on n'a pas vendu des choses sur les infrastructures… On sait qu'on doit faire mieux. Je sais que le club avance petit à petit, on peut faire encore beaucoup mieux. Si tu veux à un moment donné attirer de meilleures joueuses et garder tes meilleures joueuses, il faudra de toute façon que le club passe soit un cap sur le plan financier et un cap sur les infrastructures. Ce n'est pas possible aujourd'hui nous qu'on ne s'entraîne pas sur l'herbe pendant des mois alors que tu joues sur l'herbe. Sinon, tu ne parles pas de performance. Ça dépendra des ambitions du club, mais si tu veux continuer d’avancer et être compétitif chaque année pour être dans les quatre meilleures équipes de France… Il faut continuer d’avancer.

Et au niveau du budget, le budget a augmenté cette saison un peu ?

Non, le budget n'a pas augmenté mais on a un peu plus de... On va dire de tout ce qui est subventions, tout ce qui est recettes. T'as un peu plus de recettes que les autres années. Donc je pense que ton équipe première globalement te coûte quasiment la même chose, mais avec un peu plus de recettes. Pour arriver sur un modèle économique viable, je pense qu'il faut encore attendre peut-être 4-5 ans. Si tu continues d'investir, parce que ceux qui sont rentables, c'est ceux qui auront investi le plus tôt ça c'est sûr. Mais aujourd'hui tu as une section qui est presque autonome je dirais à 50-60%, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années quand on était en D2. Le club devait remettre un peu plus d'argent donc plus t'es à haut niveau, plus t'es attractif dans toute la visibilité, dans les performances plus tu vas générer de recettes et plus tu vas générer de recettes moins moins tu as besoin d'investir pour garder le même niveau. Soit tu peux investir et tu montes ton budget mais nous globalement entre les transports, la masse salariale etc on est resté sur les mêmes lignes. Même les salaires proposés aux joueuses globalement, on est sur la même fourchette que la saison passée. On est sur la même masse salariale.

Il y a un salary-cap ?

Ça a bougé. Il y avait un salary-cap qui avait été fixé cet été. Ensuite, vu que le directeur sportif qui fonctionnait sur les gars et filles est parti, il n'y a plus de salarié cap. Donc, ça a pas mal bougé. En tout cas, il y a un groupe qui est plus ou moins sur les mêmes niveaux de salaire. On n'a pas d'énormes écarts de niveau de salaires. Nous on doit être dans les mêmes eaux, je pense que Strasbourg, que Marseille, et encore Marseille, il y a des profils de joueuses où ils ont dépassé les offres que nous on pouvait faire. Que ça soit Saint-Etienne, Dijon Marseille, Lens, Nantes, Strasbourg, Montpellier, peut-être un peu moins, mais sinon on était dans les mêmes eaux. Et on reste, pour moi, en termes de budget, de puissance club, d'infrastructure, moins fort que Fleury ou Paris FC.

"Un groupe qui vit bien, ça se voit sur le terrain, mais ça s'entretient au quotidien"

On voit que le groupe vit particulièrement bien. C'était un peu le cas déjà la saison dernière, mais cette saison, on a l'impression que c'est encore un autre niveau. C'est quoi le secret pour que Nantes, à chaque fois, réussisse à vivre aussi bien ?

C'est vrai qu'on a eu toujours des groupes qui ont super bien vécu. J'ai le souvenir qu'en D2, on s’est créé des souvenirs incroyables aussi. Il y a plusieurs choses. Nous, on est attentifs dans le choix des profils aux valeurs humaines. On veut des joueuses qui sont capables de se fondre dans le collectif et qui sont capables de se faire passer après. Ça, c'est important. Et les joueuses qui ont le mieux réussi chez nous, ce sont ces joueuses-là, dans ce profil-là. Ensuite, je pense que c'est comme tout. Une fois que tu as la bonne mentalité, déjà, c'est plus facile. Les profils s'associent. 

Après, tu as un cadre collectif et un projet qui amène tout le monde dans la même direction. Et c'est comme tout, c’est toujours plus facile quand tu as des résultats. Ça fait trois ans qu’on a de bons résultats, donc le groupe vit super bien, ça amène des résultats mais les résultats amènent la bonne ambiance la bonne humeur… Je pense que si tu perdais peut-être les trois quarts de tes matchs, est ce que le groupe vivrait aussi bien ? Je n’en sais rien. Je pense que c'est l'ensemble des pièces du puzzle qui se mêlent parfaitement et qui fait que ce groupe est à la fois joyeux, respectueux et festif.

Quand on regarde sur les réseaux sociaux, vous avez l’air de bien vous amuser.

En fait c'est cette relation entre le staff et les joueuses. C'est-à-dire que nous on incarne aussi ces valeurs-là, on est un staff qui est jeune. Dans le respect de plein de choses, on amène aussi un espace de liberté. Et ce sont des moments sympas. Si évidemment on ferme tout, il ne se passe jamais rien. Et au jour le jour on s’ennuie. Donc c'est toujours trouver un cadre et des limites à ne pas dépasser. Dans ce cadre-là, c'est important qu'elles aient un espace pour vivre, pour s'amuser. Parce qu'un groupe qui est compétitif, c'est un groupe qui aime passer du temps ensemble. C'est un groupe qui vit bien, ça se voit sur le terrain. Ça, ça s'entretient au jour le jour aussi. C'est un peu le secret qu'on a. C'est cette relation entre les joueuses, le staff, les joueuses entre elles. La relation liée au projet, au cadre de vie. Tout est défini pour essayer de performer. Et en plus de ça, quand les résultats viennent, ça vient embellir tout ça.

Au-delà de coach, vous avez un peu la casquette aussi de happiness manager.

C'est l'ensemble du staff. Parce que c'est toujours difficile pour le coach d'être... Le coach fait quand même référence à l'autorité, au cadre. Donc, je dirais que c’est davantage les relations qu'elles ont avec les membres du staff, où elles ont encore plus de proximité avec les membres du staff. Moi, j'ai une proximité qui est liée où des fois, on va discuter de la vie de tous les jours avec les joueuses. Moi, je vais m'intéresser à leur bien-être, que ce soit professionnel ou extérieur, sur comment on peut les aider. Je vais toujours prendre du temps pour elles, pour essayer de les mettre en confiance, pour essayer de leur faire donner le meilleur d’elles-mêmes. Ce sont des temps où quand ça va moins bien on prend du temps ensemble. Quand ça va bien, on sait aussi leur dire quand c'est bien. Ce sont des temps où j'aime bien rigoler, chambrer aussi. Donc dans l’autre sens ça chambre un peu aussi. Moi j'ai envie de faire mon travail dans ces conditions-là : le sérieux, la bonne humeur, les sourires, la joie… Pour moi l'un n'empêche pas l'autre. Tu peux très bien être souriant, tu peux très bien avoir confiance en toi, et en même temps être très respectueux, très humble. Et c'est ce qu'on essaie d'amener au quotidien. Donc je ne dirais pas que moi, je ne suis pas le clown de service.  Je suis quelqu'un qui est très tranquille, mais j'aime bien rigoler et j'aime bien faire le travail dans la bonne humeur.

"En trois ans, on a connu tous les succès possibles donc est-ce que ce n’est pas le bon moment ?"

En parlant de vous, justement, on vous annonce plus ou moins sur le départ à la fin de la saison. Est-ce qu'il y a eu le sentiment d'avoir été au bout de ce que peut faire le projet de Nantes ?

Ça va dépendre de plein de choses, mais on est à trois ans. En trois ans, on a connu tous les succès possibles donc est-ce que ce n’est pas le bon moment ? J’en sais rien. Ça va dépendre aussi un peu des ambitions du club, de quelle direction veut prendre le projet, quelle direction va donner la direction… Ça va dépendre aussi des joueuses. Moi j'ai un attachement très fort pour mon groupe de joueuses tant sur le plan humain que sportif. J'ai aussi un attachement fort pour la ville, pour le club, parce que je suis arrivé ici il y a 18 ans. Ça va faire 13 ans que j'y suis. On verra bien. Pour l'instant, on se concentre sur la saison sportive. Je vais voir aussi peut-être les sollicitations que j'aurai. Je ferai le point entre ma direction, le projet.

Je me suis toujours dit que si un jour je devais bouger c'est au moment où le club est entre de bonnes mains. Après si je sens qu'on a fait le maximum et qu’on ne peut pas forcément faire mieux, peut-être que ce sera le moment de partir ? Ça dépend aussi un peu de l’envie du club, de la direction, de ce qu'ils peuvent faire et de ce qu'on veut se fixer, c'est sûr. Mais aujourd'hui, tout a été très vite, donc ça m'embêterait de faire moins bien ici, évidemment.

Nicolas Chabot sur le banc face à Strasbourg
Nicolas Chabot sur le banc face à StrasbourgAntoine Rinié

Il y a un côté rêve quand même dans la trajectoire de porter finalement le FC Nantes aussi haut.

Aussi rapidement ? Oui. On l'aurait rêvé. Quand tu prends une équipe, quand tu es coach, tu as envie de gagner très vite, tu as envie de monter dès la première année, tu as envie d'aller dans les places européennes d’entrée. Donc on l’a rêvé, on s'est donné les moyens de le faire. Et puis tout ce que tu ne maîtrises pas, la part de réussite, de destin, de tout ça, ça fait que très vite, on a tout eu. Donc c'est super, mais pour autant, on continue de bosser, de ne rien lâcher. Il y a une chose qu'on ne peut pas nous enlever c'est les heures qu'on passe à travailler pour réussir.

Entendre la musique de la Ligue des champions féminine à la Beaujoire, ce serait magnifique quand même…

C'est pour ça qu’il y a aussi tout ce qui va se passer en fin de saison… En-dehors du sportif tu as l'attraction de la ville : beaucoup de clubs ne jouent pas devant autant de supporters. Mes plus beaux souvenirs, ils sont à la Beaujoire. Réussir à amener autant de monde au stade, réussir à vivre ces émotions-là et gagner et marquer des buts quand tu es coach, ça, c'est des choses qui resteront gravées à la vie. 

Quand on est coach, tu réfléchis aussi à tout ça dans ta carrière. Il y a des infrastructures que tu peux trouver, le projet humain et la relation avec la direction. Moi j'ai une super relation avec ma direction. Il y a l'espace de liberté que tu as. Si aujourd'hui je suis dans un projet où j'ai zéro espace de liberté, est-ce que je vais me sentir pareil ? Là j'ai pu tout construire avec beaucoup de confiance. Le club m'a donné carte blanche donc ça m'a aidé. Et puis la relation qu'on a avec les médias locaux, les supporters, c'est un projet où tout s'assemble bien. C’est vachement plaisant. Après, dans ma carrière, j'ai aussi envie de vivre d'autres expériences, ça c'est sûr, parce que j'ai envie un jour, pourquoi pas, d'entraîner à l'étranger, j'ai envie de pouvoir vivre d'autres cultures. Et puis peut-être qu'à terme, revenir ici. Mais ouais peut-être qu'à un moment donné j'aurais envie de voir d'autres choses. Après je ne suis pas pressé pour l’instant, je viens d'avoir 31 ans, j'ai un peu de temps encore. Mais c'est sûr que j'ai envie de voir plein de choses, peut-être un jour de voir une sélection nationale… J'ai envie de profiter de mon métier pour vivre différentes expériences aussi mais toujours en essayant de laisser une bonne trace dans les clubs dans lesquels tu passes. 

La cette saison elle est historique, vous vous en rendez compte ou vous ne regardez pas forcément derrière vous ?

On n’a pas trop le temps de profiter. Là on n'a même pas eu le temps de profiter de la victoire à Strasbourg parce qu'on est déjà dans la préparation de Paris. Les saisons passent trop vite. Je l'ai souvent dit mais la montée en D1 je n'ai pas le temps d'en profiter moi parce que c'était plus un soulagement. Elle était attendue depuis tellement d’années, ça faisait tellement de temps qu'elles n’arrivaient pas à monter, que dans les derniers moments quand tu sens que tu es proche et que tu viens valider ton billet pour la D1, c'est plus : "Ça y est on l'a fait !" C'était il y a deux ans mais je revois comme si c'était hier les émotions de l’intérieur, c’était plus un soulagement qu'au final d'en profiter.

Et après l'année dernière on s'est maintenu, ça y est c'est réglé, c’est fait. On l'a fait, on l'a bien fait. On ne se rend pas compte de l'intérieur de tout ce qu'on fait de même si on leur dit parfois aux filles. Je pense que des fois tu ne te rends compte de des choses que plusieurs années après. On a marqué le premier but à la Beaujoire, la première victoire à la Beaujoire, le premier maintien… Ça serait les premiers playoffs… Quand tu es la tête dans le guidon dedans au quotidien, tu t'en rends moins compte.

Et puis marquer l’histoire avec votre club de cœur, j'imagine que c'est encore plus...

Ah bah ouais, c'est incroyable, c'est le club où moi j'ai démarré, c'est le club où j'ai grandi, c'est le club que j'ai toujours supporté, c'est le club qui m'a donné aussi ma chance, parce que les conditions ont été réunies pour qu'ils me donnent ma chance, mais ils auraient bien pu donner la chance à quelqu'un d’autre. Donc je les remercie aussi par rapport à ça, et moi je peux que faire le maximum pour leur rendre. C'est pour ça aussi que l'histoire d'amour avec le club est belle et que la relation que j'ai avec ma direction est une relation de confiance. Quoi qu'il arrive si je dois pousser quelques années ici ça sera pour faire mieux. Je peux le faire à partir du moment où le club continue de progresser. Si à un moment donné je dois aller voir ailleurs pour chercher un projet supérieur ça n’empêche que dans l'histoire qu'on a ensemble, je ne ferme pas du tout la porte à revenir un jour travailler ici.

Dernière question : Nantes chez les garçons a très peu de chances de se maintenir en Ligue 1. Est-ce qu'une descente de l'équipe masculine, aurait un impact sur la section féminine ? 

Je n'en sais rien. Déjà, tant que c'est mathématiquement encore possible, nous, on leur apporte tout leur soutien.

0,99% de chance selon la statistique d'OPTA…

Ça, c'est sûr. Mais après, il y a encore des confrontations directes qu’ils peuvent gagner. Donc, nous, on y croit. Je ne sais pas. Ça, c'est plutôt une question qu'il faudrait poser à la direction. 

Vous n'avez pas eu de garantie particulière de votre côté ? 

Non pas encore. J’ose espérer que cela n’aura pas d’impact. Parce que pour moi l'entité a commencé à s'autonomiser donc j'espère que pour le coup ce ne sera pas impactant. Je l'espère sincèrement pour les joueuses, pour tous les gens qui travaillent au quotidien. Mais je ne peux pas le garantir, j’en sais rien. J'espère quand même que ça va le faire.