L'Olympique de Marseille est né en 1899 et en quasiment 127 ans d'histoire, il a tout vécu, les plus grandes joies comme les menaces de disparition, les guichets fermés comme les OM-Forbach, les titres glorieux comme les caisses noires, OM-Milan comme VA-OM. Mais le coup du gardien qui marque à Lisbonne pour éliminer une équipe rossée à Bruges en Ligue des Champions, ça, il faut bien reconnaître que c'est une première. Avec Benfica, il y a eu la main de Vata, il y a désormais la tête de Trubin. Et c'est tout l'éco-système marseillais qui tremble sur ses fondations.
McCourt va devoir intervenir
L'OM est un club voué aux chocs thermiques. Bernard Tapie l'a sauvé avant de le plomber durablement car, 33 ans plus tard, les répliques sismiques perdurent. Finalement, la situation actuelle en est une nouvelle conséquence. Ce refus obstiné de la rationalité, de la stabilité, du long terme se vérifie depuis beaucoup trop longtemps. La Coupe de France n'a pas vu le Vieux-Port depuis 1989. Le dernier titre de champion de France remonte déjà à 2010, le dernier quart de finale de Ligue des Champions à 2012 et l'artisan de cette rare séquence victorieuse, Didier Deschamps, a été éconduit sans guère d'égards, notamment par un travail de sape assidu de certains groupes de supporters. Certes, il y a eu de grands soirs, des finales nationales et européennes, mais jamais l'OM n'a trouvé la quiétude.
Et ce n'est pas sous la présidence de Pablo Longoria que cela changera. En l'espace de quelques jours, Roberto de Zerbi est passé de "futur Diego Simeone de l'OM" à un entraîneur proche de la porte. Rien ne forçait l'Espagnol à dire cela au Telegraph mais il n'a pas pu s'empêcher de se mettre lui-même en position délicate.
Une déclaration à l'image de son mandat. Tout part dans tous les sens et c'est contagieux. Quel besoin avait De Zerbi à faire l'enragé alors que son équipe venait de battre le leader samedi soir ? Quel besoin avait Medhi Benatia à s'en prendre aux joueurs qu'il a choisi après l'humiliation de Bruges ?
Un dicton espagnol dit que les mouches n'entrent pas dans les bouches fermées. Or ce tourbillon permanent confère à la fuite en avant perpétuelle. Dans l'administration, dans la direction sportive, dans le vestiaire, les têtes changent à un rythme effréné, sans que l'on ne comprenne les objectifs recherchés.
Combien de fils de l'entraîneur sont déjà partis quelques semaines après avoir été encensés ? Combien de transferts dispendieux ont été des fiascos ? Les bonnes pioches ont été rares si l'on se fie uniquement au terrain. Les comptes sont constamment dans le rouge, et l'armoire à trophées est toujours aussi poussiéreuse.
Il est possible que dans l'esprit de Frank McCourt, habitué aux mouvements incessants dans le baseball du temps où il était le propriétaire des Dodgers, cela soit la norme. En revanche, il n'est pas certain qu'il accepte encore bien longtemps les trous dans le budget pour des joueurs qui ont autant flanché mercredi soir.
La période Louis-Dreyfus, longue de 20 ans, avait été chaotique mais après une décennie de gestion McCourt, le bilan à mi-chemin est tout aussi mitigé. Seule la gestion du Vélodrome, rare enceinte augmentée ou créée pour les besoins de l'Euro-2016 à avoir réussi sa mue, est à mettre en valeur. Vu les résultats et les déceptions, cela tient du miracle.
Au moment où l'institution toute entière est prise en défaut, McCourt doit parler et agir. Parce que l'humiliation de mercredi soir ne va pas s'effacer comme ça.
