Si ce nom "Williot Swedberg" vous dit quelque chose, c’est sans doute que vous étiez assis derrière votre télévision le 7 décembre dernier, pour regarder le Celta de Vigo signer une victoire de prestige 2-0 face au Real Madrid au Santiago Bernabeu. Au tableau d’affichage, un seul nom. Celui du jeune suédois de 22 ans, avec son numéro 19 floqué dans le dos. Mais peut-être que ce nom vous évoque aussi d’autres matchs : celui contre le Real Madrid il y a deux semaines, où Swedberg avait été passeur décisif pour Borja Iglesias lors d’une défaite (1-2) concédée en toute fin de rencontre sur un but de Fede Valverde ou encore celui d’octobre 2024 où il avait été l’unique buteur du Celta de Vigo dans une autre défaite 1-2.
Au total, Williot Swedberg a déjà marqué 4 buts et délivré une passe décisive en six matchs face au Real Madrid. Alors quand il s’agit de décrire leur milieu de terrain d’un mètre 87, les supporters du Celta ont un mot à la bouche : clutch. Clutch comme son premier but avec le Celta de Vigo en septembre 2023, lorsqu’il entre et marque le but du 3-2 face à Almería, dans une rencontre déjà décisive pour le maintien en première division. Et ça ne surprend pas vraiment Theo Graasvoll, gardien qui a fait ses classes avec Williot à Hammarby : "Personne n’était aussi calme et concentré que lui au moment de jouer les grands matchs."
"Meilleur que son papa"
Dans le club de Stockholm où il a débarqué à l’âge de 7 ans, Swedberg était déjà catégorisé comme ce joueur capable de faire basculer les rencontres. Lors de son tout premier match avec l’équipe première en Allsvenskan, l’élite suédoise, le 11 juillet 2021, le jeune talent était entré en jeu à la 78e minute face à Degerfors. Trois minutes plus tard, il marquait le troisième but pour Hammarby, scellant la victoire des siens. Et, quelques minutes après, il délivrait sa première passe décisive, enfonçant un peu plus Degerfors dans un large succès 5-1.
En tribunes, les supporters de Hammarby reprenaient alors en coeur : "Meilleur que son papa, oui, il est meilleur que son papa." Son père lui faisait partie des 7 000 fans présents à la 3Arena, observant les larmes aux yeux la première très réussie de son fiston, qui avait eu le permis quatre jours plus tôt. Mais Hans Eskilsson n’est pas n’importe qui : ancien international suédois aux 8 sélections, il a joué pour Hammarby à plusieurs reprises entre 1988 et 2001, mais aussi le Sporting CP ou Braga, avant d'être contraint de prendre sa retraite suite à une grave blessure. La mère de Swedberg, dont il a pris le nom, aussi a excellé au niveau professionnel : Malin Swedberg compte elle 78 capes avec la Suède et est légende d’Älvsjö avec qui elle a été cinq fois championne de Suède.
"Il est à Hammarby depuis l'âge de sept ans, soit depuis dix ans. Né à l'hôpital Södersjukhuset, il a un fort sentiment d'appartenance à Hammarby, confiera sobrement son paternel après la rencontre, ne préférant pas voler la vedette à son fils. Il n’est pas à l’aise avec les appels au téléphone, comme tous les jeunes de son âge, il va falloir qu’on se batte avec lui pour les médias."
Après sa première grande performance à tout juste 17 ans, Swedberg doit donc jongler entre cet héritage et ses débuts prometteurs au micro de la télévision suédoise : "J’ai entendu les supporters chanter que j’étais meilleur que mon père, mais mon père est bien meilleur, il a eu une très grande carrière et je suis fier de lui. Il m’a toujours aidé et a toujours été là pour moi, ma mère aussi. Elle a joué en équipe nationale et a remporté le Diamantbollen (le Ballon de Diamant suédois), elle était en fait encore meilleure. Tous les deux ont compté énormément pour moi."
"L’un des joueurs les plus talentueux issu de l’académie de Hammarby"
Milos Milojevic, alors coach de Hammarby, rappellait : "Il ne joue pas ici parce que son père est une légende à Hammarby, il joue ici parce que c'est un joueur formidable." Mikael Hjelmberg, actuel directeur sportif de Hammarby et directeur du recrutement lorsque Swedberg était au club, assure qu’il est "l’un des joueurs les plus talentueux qui est issu de l’académie". "Dès son plus jeune âge, c'était un joueur très technique et intelligent, doté d'une excellente compréhension du jeu. Sa créativité était sans doute ce qu'il y avait de plus difficile à gérer à l’entraînement", se souvient Theo Graasvoll, qui l’a connu dès les U16.
"Il réclamait toujours le ballon. En tant que gardien, c'était très rassurant de l'avoir dans l'équipe, sachant qu'il était toujours prêt à intervenir. Je me souviens que je pouvais lui envoyer un long dégagement sur lui au milieu de terrain et il pouvait récupérer la balle et se projeter vers le but, même cerné par trois ou quatre adversaires", rembobine celui qui évolue aujourd’hui en D2 suédoise.

À Hammarby, Williot Swedberg est très vite celui dont on parle le plus. Pourtant, il a grandi entouré de ce qui est l’une des toutes meilleures générations du centre de formation du club de Stockholm, aux côtés de Mayckel Lahdo, aujourd’hui à Alkmaar, Jusef Erabi (Genk), Ben Engdahl (Häcken) ou encore Oliver Dovin (Coventry en D2 anglaise). Mais il est le seul joueur de l’année 2004 à accéder aussi vite à l’équipe première.
"Quand je suis arrivé à Hammarby, il avait 16-17 ans, c’était le plus jeune joueur de l’équipe, qui avait déjà débuté avec l’équipe première la saison passée. Mais avec moi, ça a été la saison de sa consécration, raconte Marti Cifuentes, entraîneur de Hammarby entre janvier 2022 et octobre 2023. Il était titulaire, jouait sur les 3 positions de l’attaque : comme faux numéro 9, avec de la liberté pour venir à l’intérieur, comme numéro 10, comme ailier… Il a les mêmes qualités que celles que l’on voit aujourd’hui : de très bons centres, de très bons tirs, capable de déborder, capable de jouer entre les lignes, un très bon sens du but. C’est un joueur très intelligent, qui est très timide en dehors mais qui a une grande personnalité sur le terrain."
L’entraîneur catalan se souvient aussi d’un jeune "très calme", avec un entourage "très sain" qui "connaît très bien le monde du football". "Ses parents l’ont beaucoup aidé à devenir professionnel mais aussi à quitter très jeune la Suède", alors même que le FC Barcelone le courtisait dès ses premiers pas avec Hammarby. Swedberg a baigné dans le monde du football, au-delà même de la simple pratique de haut niveau. "Il aime énormément le football, il regarde énormément de matchs", ajoute Cifuentes, alors que son père Hans recense lui sur un compte Instagram tous les matchs auxquels il assiste : allant de la troisième division de la communauté de Valence à la Ligue des champions en passant par le derby de Téhéran et de la ligue amateure suédoise.
Un transfert avorté en Russie avant un retour en Espagne
Marti Cifuentes est un pilier dans la progression de Swedberg au niveau professionnel, au point que son père, qui refuse de parler de son fils dans la presse n’aimant lui-même pas que ses parents fassent de même du temps où il était joueur, le définit comme "la bonne personne pour parler de Williot". C’est d’ailleurs avec lui que le jeune milieu de terrain de tout juste 18 ans a pris une décision capitale pour son avenir : "Avant de signer au Celta de Vigo, lors du mercato hivernal 2022, un club russe (le Lokomotiv Moscou, ndlr) était intéressé par lui. Je lui en avais parlé, je lui avais recommandé de peut-être attendre avant de partir en Russie parce qu’il était jeune et qu’il avait le temps d’attendre d’autres offres de d’autres pays. Et la guerre a commencé et tout s’est arrêté, mais les négociations entre les clubs étaient très avancées."
Un mal pour un bien pour celui qui vit ensuite un excellent début de saison 2022, marquant cinq buts lors des cinq premières journées de championnat, ce qui lui a valu le titre de joueur du mois de l'Allsvenskan en avril. Deux mois plus tard, Swedberg rejoint finalement le Celta de Vigo dans un transfert estimé à 5 millions d’euros, un montant record pour Hammarby, et retrouve l’Espagne, lui qui a grandi durant trois années dans la région de Valence étant petit. "Lui voulait jouer en Espagne et son père connaît le pays, précise Cifuentes, qui échangeait avec lui couramment en espagnol lors des entraînements, rapprochant de fait les deux hommes. Pour moi c’était une bonne chose qu’il aille en Liga."
Ses premiers mois au Celta sont compliqués et Swedberg passe le plus clair de son temps sur le banc. Mais il prend son mal en patience. "Il a toujours eu un caractère plutôt décontracté, mais il a toujours fait preuve d'un grand professionnalisme", se souvient Mikael Hjelmberg. En Galice, le jeune de 21 ans impressionne pour… son niveau d’espagnol. "Après l’entraînement, les gens s’arrêtent souvent ici pour prendre des photos. Parfois, ils posent des questions en anglais, et là, il y a toujours un coéquipier qui dit : 'Il parle espagnol, allez !' Ils sont complètement surpris et ça me permet de briller un peu", rigole-t-il auprès d’Expressen.
Le temps où le milieu de terrain cirait le banc est désormais loin et celui qui a été replacé comme ailier gauche est aujourd’hui un titulaire indiscutable du XI de Claudio Giraldez. qui devrait grandement s’appuyer sur lui face à l’OL ce jeudi, alors que l’attaque celte est déjà privée de Borja Iglesias (suspendu) et que Ferran Jutgla revient tout juste d’une commotion cérébrale. "Il a fait d'énormes progrès en Espagne, analyse Hjelmberg. Et je dois dire que je suis vraiment surpris qu'il ne soit pas plus sélectionné en équipe nationale suédoise."
Avec l’arrivée de Graham Potter sur le banc de la Suède, Williot Swedberg a été convoqué pour le match de barrages à la Coupe du monde 2026 face à l’Ukraine. De quoi enfin lancer sa carrière internationale ? En attendant, le jeune d’aujourd’hui tout juste 22 ans devient progressivement une idole à Vigo et a été renommé "Kraken" par les supporters en référence à une créature mythologique gigantesque des mers nordiques semblable à une pieuvre, capable d'engloutir ses adversaires. Mais aussi simplement parce qu'il est un "crack". Au point que certains font de lui l’héritier de Iago Aspas, annoncé de plus en plus proche de la retraite. Et à la question de savoir s’il sera meilleur que son père, Hjelmberg qui a vu Hans jouer avec Hammarby a la réponse : "Je suis sûr qu'il est déjà meilleur que Hasse et qu'il le deviendra encore davantage."
