20 décembre 2023. Dans le froid glacial qui balaie les terrains d’entraînement du Real Madrid, Gaëtane Thiney raffraîchit un peu plus l'atmosphère lorsqu'après 79 minutes de jeu la capitaine du Paris FC vient crucifier les espoirs merengues sur une panenka. Les Parisiennes se donnent de l'air et peuvent encore croire à une 2ᵉ place qualificative pour la suite de la compétition. Les Madrilènes elles sont officiellement éliminées de la Ligue des champions et terminent dernières, dans un groupe avec Chelsea et Hacken.
En conférence de presse, Alberto Toril défend que son équipe a "bien joué" et que le destin de la rencontre ne s'est joué que sur "des détails", sans regretter la 4ᵉ place dévastatrice pour l'image de la Casa blanca. Un peu plus de deux ans plus tard, le Real Madrid retrouve le Paris FC, avec une toute autre envergure. Quart de finalistes de la dernière édition de la Ligue des champions, le Real Madrid a même réussi, le temps d'un match, à bousculer Arsenal, futures championnes, en s'imposant 2-0 à Valdebebas avant de subir la foudre et un 3-0 au retour.
Un parcours plus qu'encourageant pour celles qui terminaient dernières de leur groupe la saison précédente. Le club merengue a commencé à faire le ménage : sur les 11 titulaires face au Paris FC en décembre 2023, plus que trois joueuses sont encore au Real aujourd'hui (Athenea del Castillo, Misa Rodriguez et Teresa Abelleira). À l'été 2025, l'entité madrilène a aussi fait le choix de ne pas prolonger Toril et ses tactiques douteuses et a misé sur Pau Quesada, jeune entraîneur de 33 ans qui fait ses débuts dans le football féminin après avoir passé plusieurs années au sein de la cantera locale.
Exit Ivana, Oihane Hernandez, Freja Olofsson, Kathellen, Hayley Raso ou Caroline Møller, le Real Madrid mise sur des internationales comme Maëlle Lakrar, Emma Navarro, Sara Däbritz ou Filippa Angeldal. Un nouveau step est franchi lorsqu'enfin les Merengues réussissent à vaincre le FC Barcelone, après une vingtaine de défaites en Clasico le 23 mars 2025, au stade de Montjuic. Si au classement le Real est à 10 points du Barça, l'écart se resserre, du propre aveu des joueuses blaugranas et montre un Real loin d'avoir atteint son potentiel certes mais qui l'exploite de mieux en mieux.
Un rafraîchissement au Paris FC qui n'apporte pas autant de garanties
En face, le Paris FC aussi a beaucoup changé : parmi les 11 joueuses alignées par Sandrine Soubeyrand ce soir de décembre 2023, cinq joueuses ont quitté le navire (Mathilde Bourdieu, Kessya Bussy, Gaëtane Thiney, Julie Soyer et Chiamaka Nnadozie). Le projet parisien a été "raffraîchi", comme voulu par l'entraîneure du club, mais compte aujourd'hui moins d'internationales tricolores qu'à l'époque. Les recrues estivales sont jeunes, avec une grosse marge de progression, mais encore en plein apprentissage du haut niveau.
En témoigne le match nul 2-2 face à Louvain en ouverture de phase de ligue, après avoir pourtant mené 2-0. En championnat, le Paris FC reste d'ailleurs sur une claque 3-0 face au PSG, en ayant encaissé trois buts en vingt minutes, contre un adversaire auquel il avait pourtant souvent tenu tête auparavant. Au classement, les Parisiennes sont quatrièmes dans une Première Ligue où le PSG a été rétrogradé à la 5ᵉ place après un retrait de 9 points pour une sanction administrative. Devant elles : le FC Nantes et le FC Fleury, aux ambitions pourtant moindres.
Le Paris FC, racheté cet été dans son entièreté par la famille Arnault et Redbull, commence à poser les premières pierres d'un nouveau projet pour sa section féminine, avec la nomination de Gaëtane Thiney comme directrice sportive. Soubeyrand, Clara Mateo et Melween N'Dongala ont ainsi toutes prolongé leurs contrats, affirmant une vraie volonté de conserver ses cadres et sa jeune pépite pour l'avenir.
Mais il reste que si sportivement, avec un recrutement malin, le pensionnaire de Charléty pouvait rivaliser avec le Real Madrid, il est aujourd'hui décroché financièrement par un mastodonte du football mondial qui aligne des salaires sans précédents pour attirer des internationales dans la banlieue madrilène. Un chemin sur lequel pourrait s'engager aussi le Paris FC avec sa nouvelle puissance financière – le football féminin ne demandant pas des sommes gargantuesques pour faire la différence – mais il préfère miser, comme chez les garçons, sur de bons coups bien sentis en plus des jeunes formées au club pour grandir. Quitte à être décroché de l'élite mondiale.
