Depuis l’arrivée de QSI, le Paris Saint-Germain a longtemps incarné, en France comme en Europe, une puissance financière sans équivalent. Superstars mondiales, contrats records, masse salariale hors normes : le club de la capitale assumait pleinement un modèle fondé sur l’attractivité immédiate et la domination par l’investissement, symbolisé par des transferts historiques comme ceux de Neymar ou de Mbappé. Trois ans plus tard, le paysage a profondément changé.
Sous l’impulsion de son président Nasser Al-Khelaïfi, le PSG a engagé, à l’issue de la Coupe du monde 2022, une transformation structurelle de son projet, à la fois sportive et économique. Ce moment marque la fin d’une ère dominée par l’accumulation de stars. Dans les colonnes du Parisien, le président évoquait alors la fin des "paillettes", une formule marquante, dont la concrétisation a demandé du temps, mais qui a fini par prendre forme grâce au travail conjoint d’Al-Khelaïfi, de Luis Campos et de Luis Enrique.
Pour la première fois depuis longtemps, la gouvernance sportive semble alignée autour d’une vision commune et d’une feuille de route clairement définie. Paris paraissait avoir amorcé le bon virage ; il s’agissait donc de laisser le temps aux dirigeants et au staff de déployer pleinement leur projet.
Les départs successifs de Messi (3,4 M€ brut par mois), Neymar (3,7 M€ brut par mois) et Verratti (1,2 M€ brut par mois) en 2023, puis celui de Mbappé en 2024 (72 M€ brut par an, auxquels s’ajoutaient 180 M€ de prime à la signature), ont symbolisé cette rupture. La masse salariale, qui représentait 111 % du chiffre d’affaires lors de la saison 2021-2022, a été drastiquement réduite.
L’épreuve du fair-play financier de l'UEFA
L’année 2024 marque ainsi une étape charnière dans la stratégie du club. Il ne s’agit plus d’empiler les noms prestigieux, mais de bâtir un collectif structuré, mêlant joueurs expérimentés et jeunes talents à fort potentiel, tout en maîtrisant les coûts. Le PSG change de dimension : moins flamboyant en apparence, mais plus cohérent et durable dans son ambition.
Un chiffre résume à lui seul l’ampleur du virage : comme expliqué plus haut, la masse salariale représentait 111 % du chiffre d’affaires il y a quelques saisons. Elle est désormais passée sous la barre des 65 %. Dans un football européen soumis à un encadrement financier de plus en plus strict, cette évolution est majeure. Il fallait optimiser les revenus au mieux tout en réduisant la dépendance à des charges fixes trop lourdes. Pourquoi ? En partie à cause de l'UEFA.
Engagé dans un settlement avec l'instance européenne depuis août 2021, le PSG devait respecter un cadre strict et atteindre plusieurs objectifs financiers progressifs. Et selon des données communiquées à l’UEFA, le club de la capitale a expliqué avoir respecté l’ensemble de ses engagements et se trouverait même en avance sur plusieurs indicateurs clés, selon nos informations. Cette trajectoire nourrit en interne une confiance certaine quant à la possibilité de sortir de cet accord avec des résultats supérieurs aux objectifs initialement définis.
En parallèle, le PSG est également passé sous le seuil des 70 % sur le Squad Cost Ratio — l’indicateur suivi par l’UEFA qui encadre les dépenses liées à l’effectif professionnel (salaires, amortissements et commissions). Ce passage sous la barre symbolique marque un retour dans les standards européens les plus vertueux. Pour Nasser Al-Khelaïfi, également président de l’Association européenne des clubs, l’enjeu dépassait le simple redressement comptable. Il s’agissait aussi d’asseoir la crédibilité du PSG dans un football européen en pleine mutation réglementaire.
Pour le PSG, un nouveau modèle structurel
Trois ans plus tard, la transformation est tangible, mais elle ne s’est pas limitée à une simple réduction mécanique des dépenses. Le PSG a repensé en profondeur sa politique contractuelle, sa structure de rémunération - davantage indexée sur des variables et moins sur des fixes démesurés - ainsi que sa stratégie de recrutement et sa gestion des actifs joueurs. Le cas Gianluigi Donnarumma illustre parfaitement cette nouvelle dynamique.
Héros de la Ligue des champions remportée la saison dernière, le gardien italien n’a pourtant bénéficié d’aucun traitement de faveur lorsque son entourage a sollicité une revalorisation salariale. Statut ou non, Luis Campos est resté fidèle à la ligne directrice fixée par le club : contenir les salaires fixes et privilégier une structure plus équilibrée. C’est précisément sur ce point que les discussions ont coincé, le joueur et ses représentants refusant la proposition formulée. La décision a donc été prise de le céder à Manchester City, permettant au PSG de récupérer une indemnité de transfert tout en allégeant significativement sa masse salariale.
Parallèlement, la jeunesse est devenue un pilier central du projet parisien. Formation, développement et valorisation de jeunes profils constituent désormais des axes stratégiques majeurs. L’objectif est clair : conjuguer performance immédiate et création de valeur à moyen terme. Dans cette logique, le nouveau Campus PSG joue un rôle structurant. Le club y développe un modèle fondé sur la cohérence et la progression collective, loin de l’accumulation d’individualités. Aussi, une véritable pyramide a été mise en place. L’équipe première au sommet, soutenue par un centre de formation aligné sur les mêmes principes de jeu comme l'intensité, le pressing et l'esprit collectif. Pour l'anecdote, 15 joueurs formés au PSG ont été dernièrement appelés en équipe de France.
Ce virage à 180 degrés est sûrement arrivé au meilleur moment, quand le PSG a soulevé sa première Ligue des champions. Loin d’être un aboutissement isolé, ce sacre est venu valider un changement de cap profond, amorcé dans la discrétion mais construit avec constance. Désormais, le défi pour le PSG n’est plus seulement de conquérir, mais de s’installer dans le temps... avec cette nouvelle politique sportive.
