L’entraîneur belge de Monaco, qui a remplacé Adi Hütter limogé en octobre, a beau avoir vu des choses positives à Pafos, l'égalisation de la petite équipe chypriote dans les arrêts de jeu sur un énième duel perdu a crispé du monde en interne.
"On n'a pas de statistiques flatteuses dans les duels, a-t-il acquiescé. On s'attache à montrer des images, à essayer de changer la mentalité par rapport à ça. Il faut vouloir gagner son duel, être dur dans ce moment".
Cette capacité à aller au combat est un maillon essentiel de ce qu'il compte mettre en place. Mais la volonté du technicien belge semble peu suivie d’effet.
Salisu, "sujet de discussion"
D'ailleurs, dès après le match mercredi, le défenseur central Mohammed Salisu a fustigé "le manque de mentalité" du groupe. "Nous avons besoin de joueurs qui ne renoncent jamais", a-t-il lâché, avant de pointer l'incapacité à tuer un match. "Lorsque vous menez 2-1, c'est insuffisant, vous devez marquer si vous créez des occasions, a-t-il poursuivi. Sinon, vous reculez et à la fin, ça donne un match de merde comme ça".
Son discours a été fraîchement accueilli par le vestiaire. "Peut-être que les mots n'étaient pas complètement appropriés, précise l'expérimenté gardien Lukas Hradecky. Mais sa réaction signifie que Salisu veut gagner."
Plutôt en phase avec son défenseur, Pocognoli a, lui, reconnu que "ça a été un sujet de discussion". "C'est un des leaders vocaux et on en a besoin, soutient Pocognoli. On est en recherche de caractère, de personnalité et d'émotion. Il n'y a pas d'histoire. Cela a été très vite réglé."
Pas d’histoire, mais pas de résultats. Et si Hradecky pense que "le feu sacré brûle toujours" à Monaco, il attend que chacun fasse "un peu plus". Pour lui, il faut "créer cette atmosphère sur chaque action à l'entraînement, être très discipliné sur tout, comme arriver à l'heure à l'entraînement".
"Petit-déjeuner sur un plateau"
A la veille de la réception de Paris, il n'a d'ailleurs pas pu réprimer un message adressé à ses jeunes coéquipiers. "Au cours des 10-15 dernières années, le changement générationnel a été important, indique-t-il. Je vois des joueurs ayant des possibilités que nous n'avions pas (...). De nos jours, et c'est partout pareil, les jeunes joueurs obtiennent trop, trop tôt (...). Si on vous apporte votre petit-déjeuner sur un plateau, peut-être pensez-vous que quelqu'un prendra soin de ce que vous avez à faire sur le terrain. Pour la réussite de l'équipe, il faut se mettre à l'abri de ce genre de changement."
Une réelle distorsion interne existe. Elle se prolonge sur le terrain. "Ces derniers matches, on n'est pas assez compacts", ne peut nier Pocognoli. Or "ce bloc-équipe reflète l'esprit collectif. Quand on attaque et qu'on défend ensemble, chacun a sa responsabilité. C'est ce qui nous manque."
Ce sera sans le capitaine Denis Zakaria, suspendu après son exclusion à Rennes, et qui "va manquer", dit son entraîneur. Forcément, la question de la titularisation de Paul Pogba devient légitime. Mais Pocognoli tempère. "Paul est une option, soutient-il. Mais, il va falloir faire les choses par étapes, au niveau physique et des signaux. On va dans le bon sens. On espère doucement pousser vers un peu plus de minutes sur le terrain."
En attendant, Pocognoli a "bien conscience" que ce qu'il vit "est un challenge" et "espère" que ses joueurs le ressentent. "Même si le calendrier est difficile, on n'a pas le choix. Il faut qu'on réagisse", conclut-il.
