Depuis qu'Álvaro Arbeloa a pris la suite de Xabi Alonso, le Real Madrid oscille entre de grandes satisfactions comme la qualification en 1/4 de finale de la Ligue des Champions contre un Manchester City ridiculisé et de grandes déconvenues comme la défaite à Albacete en Copa del Rey.
Les blessures et suspensions n'aident absolument pas le nouveau coach mais son passé d'entraîneur du Castilla en troisième division lui sert grandement et cela ne s'arrête pas à simplement garnir son banc des remplaçants. Quatre joueurs ont débuté en équipe première sous ses ordres : Thiago Pitarch, Manuel Ángel Morán, César Palacios et Jorge Cestero tandis que Daniel Yánez avait joué... une minute en Liga avec Carlo Ancelotti en décembre 2024 et que Diego Aguado avait disputé l'intégralité d'un match de Copa contre Minera en janvier 2025.
Tous ont eu du temps de jeu et Lamini Fati pourrait être le prochain après avoir été aperçu sur le banc contre le Celta. Ces joueurs, dont plusieurs (Cestero, Yáñez, Aguado) ont affronté le Sporting CP mercredi en Youth League, ont fait irruption sur les feuilles de match. Si on ajoute Raúl Asencio et Gonzalo García, cela fait 9 joueurs de 23 ans ou moins issus de la Fábrica. Et c'est sans oublier le vétéran Dani Carvajal et le transfuge de l'été Álvaro Carreras, partis puis revenus au pays. En somme, le Real Madrid ressemble beaucoup plus à l'étendard espagnol qu'il n'a pu l'être ces dernières saisons.
La crise a aidé
Serait-ce la résurgence des "Zidanes y Pávones" ? De 2001 à 2006, le Real Madrid a beaucoup pioché chez ses canteranos. Le premier a été logiquement Francisco Pavón, même s'il n'a pas été le seul à être promu le 6 octobre 2021 contre l'Athletic, comme il le rappelait dans les colonnes du Periódico en 2021 : "les circonstances ont joué en ma faveur. De nombreux joueurs étaient blessés, et Raúl Bravo, Valdo et moi étions dans le groupe. J’ai débuté sur le banc ce jour-là, et alors que le score était de 2-0, Vicente Del Bosque, soucieux d’assurer la victoire, a décidé de faire entrer un autre défenseur central".
La semaine suivante, Aitor Karanka se blesse en première période, Pavón entre et ne lâchera plus sa place : "il n'y avait pas d'autres défenseurs centraux disponibles. Fernando Hierro était le seul et il en fallait un autre. J'ai eu la chance d'avoir Vicente comme entraîneur, qui connaissait très bien le centre de formation et savait qu'il pouvait faire appel aux joueurs en cas de besoin".

Pour Del Bosque, la situation était à ce moment-là très, très difficile : après les 6 premières journées, le Real Madrid était 15e après une déroute à Las Palmas (4-2). Difficile de croire que son équipe terminera la saison 2e en Liga et surtout championne d'Europe.
Outre Pavón, Bravo et Valdo, Carlos Sánchez, Óscar Miñambres, Rubén González, Javier Portillo, Tote, Borja Fernández, Álvaro Mejía, Antonio Núñez, Jordi López, Javi García, Juanfran Torres qui deviendra par la suite une idole à l'Atlético et Árbeloa lui-même ont tous obtenu une chance pendant ces cinq années. Tous n'ont pas percé mais ils ont tous l'étiquette de "Pavones". "Je pense que l'histoire des "Zidanes et Pavones" était une tentative de détourner l'attention du fait que l'équipe n'avait pas bien commencé la saison", a constaté Pavón qui n'a jamais été dérangé d'être l'étendard de cette génération. "J'en suis convaincu, ça m'a toujours été bénéfique. Quand on associe votre nom à un slogan, on vous met en avant, et être mis en avant dans un club comme le Real Madrid… C'est une grande fierté. Et puis, voir mon nom à côté de celui de Zidane, et être présenté comme représentant du centre de formation, c'était ce que je préférais dans le slogan".
Beaucoup d'essais, peu de vraies réussites
Fils de cette ère, Arbeloa accorde une grande confiance au groupe qu'il gérait il y a encore quelques mois. Mais rien ne garantit l'éclosion d'une génération performante au Real Madrid. Par le passé, Ancelotti et Zinedine Zidane ont pioché dans le Castilla, plus par nécessité que par réelle conviction.
Ils furent 11* à jouer lors du premier mandat de l'Italien (2013-2015) et seuls Álvaro Morata (95 matches, 31 buts, 11 passes décisives), Jesé Rodríguez (94 matches, 18 buts, 15 passes décisives) et Lucas Vázquez (402 matches, 38 buts, 73 passes décisives), après un détour par l'Espanyol, ont eu un rôle dans la rotation merengue.
*Jesús Fernández (gardien, 2 matches de Liga), David Mateos (2 matches, une titularisation en Copa) Denis Cheryshev (7 matches, une titularisation en Liga), Álvaro Morata, Jesé Rodríguez, Fernando Pacheco (gardien, 2 matches de Copa), Diego Llorente (3 matches, aucune titularisation), Omar Mascarell (1 match de Liga, aucune titularisation), Lucas Vázquez, Álvaro Medrán (5 matches, une titularisation en Copa), Raúl de Tomás (1 match de Copa)

Entre 2021 et 2025, ils ont aussi été 9* à avoir porté le maillot de l'équipe première. Seul Raúl Asencio (76 matches, 2 buts, 3 passes décisives) a profité des circonstances pour se faire une place.
*Juanmi Latasa (1 match de Liga, aucune titularisation), Fran González (gardien, 1 match en liga), Nico Paz (8 matches, 1 titularisation en Copa), Raúl Asencio, Jacobo Ramón (6 matches, 2 titularisations en Liga), David Jiménez (4 matches, 1 titularisation en Liga), Mario Martín (4 matches, aucune titularisation), Lorenzo Aguado (3 matches, une titularisation en Copa), Chema Andrés (3 matches, aucune titularisation)
Avec Zidane (2016-2018 et 2019-2021), 17* canteranos ont été testés mais celui qui a le plus porté le maillot merengue est Mariano Díaz (84 matches dont 18 titularisations, 12 buts, 3 passes décisives), devant Marcos Llorente (39 matches dont 26 titularisations, 1 but), Borja Mayoral (33 matches dont 12 titularisations, 7 buts, 4 passes décisives), Sergio Reguilón (22 matches dont 21 titularisations, 3 passes décisives) et Achraf Hakimi (17 matches dont 13 titularisations, 2 buts, 1 passe décisive). Preuve que gagner du temps de jeu au Real Madrid, même avec beaucoup de talent, est loin d'être simple.
*Achraf Hakimi, Marcos Llorente, Sergio Reguilón, Borja Mayoral, Mariano Díaz, Marvin Park (4 matches de Liga, 2 titularisations), Sergio Arribas (14 matches, aucune titularisation), Víctor Chust (3 matches, 2 titularisations), Antonio Blanco (6 matches, 2 titularisations en Liga), Hugo Duro (3 matches, aucune titularisation), Luca Zidane (2 matches de Liga), Álvaro Tejero (5 matches, 3 titularisations en Copa), Óscar Rodríguez (1 titularisation en Copa), Franchu (2 matches de Copa, une titularisation), Jaime Seoane (un match de Copa), Enzo Zidane (un match de Copa), Luismi (1 match de Copa)
Retour vers le futur
Dans les clubs qui visent tous les trophées, la place réservée aux canteranos et aux jeunes joueurs de manière générale est congrue et il faut souvent des circonstances favorables pour qu'ils puissent s'épanouir. Ces apparitions sont-elles ponctuelles ou amenées à perdurer ?
L'accession au Final Four de la Youth League démontre que la Fábrica a encore des talents à proposer à l'étage inférieur. En cela, la génération "Mbappés y Pitarches" est probablement mieux fournie que son aînée d'il y a 25 ans. Être formé au Real Madrid est un gage de qualité mais ne garantit pas d'avoir une carrière ne serait-ce qu'en Liga. La difficulté est encore majorée pour s'imposer avec les Vikingos. Et même en y parvenant, nombre d'entre eux n'a pas réussi à rebondir par la suite.
Pour autant, le chemin que semble vouloir emprunter Arbeloa rend cette fin de saison d'autant plus intéressante. Une nouvelle génération merengue est en train d'éclore et elle a un beau point de repère à sa disposition.
