Prémonitoire, Xabi Alonso a un jour affirmé qu'Álvaro Arbeloa avait l'étoffe pour devenir l'entraîneur merengue. Il ne croyait pas si bien dire. Celui qui a été son coéquipier à Liverpool, au Real Madrid et avec la Selección lui succède, quelques mois après sa promotion à la tête du Castilla.
Ce changement après seulement 24 matches avec, ironie de l'histoire, les mêmes statistiques qu'Hansi Flick avec le FC Barcelone la saison dernière, a pu surprendre dans son timing, au lendemain d'un revers en finale de la SuperCoupe d'Espagne qui aurait pu s'achever aux tirs au but avec davantage de réussite.
Pour comprendre la situation d'Arbeloa d'une manière globale, les ondes espagnoles sont particulièrement intéressantes à suivre. La situation était devenue intenable pour Alonso qui n'avait pas la confiance de Florentino Pérez dès le début car le président rêve de Jürgen Klopp depuis de nombreuses années.
Un renoncement de Xabi Alonso ?
Dans les différentes prises de parole du lundi soir par les très influents éditorialistes madrilènes, se mélangeaient la surprise de voir Alonso viré à ce moment-là alors qu'il avait été épargné après la défaite en finale de la SuperCoupe d'Espagne la veille, l'impérieuse nécessité d'éviter une deuxième saison blanche consécutive, mais aussi le souhait de ne pas voir le désormais ex-coach merengue prendre pour tout le monde.
Au micro de la SER, Manu Carreño a exprimé une opinion partagée par une grande partie de la presse et de l'afición madridista : "Si vous me demandez si je m'y attendais cet après-midi, non. Si vous me demandez si je suis surpris, non, pas vraiment. Pourquoi Xabi Alonso a-t-il été limogé ? Parce que le club comprend que la dynamique doit changer. C'est une dynamique négative, que ce soit au niveau du moral, des résultats, et surtout du jeu de l'équipe."
Autre voix majeure, cette fois de la COPE, Manolo Lama a porté son regard un cran plus haut, en direction de Florentino Pérez : "Ancelotti et Alonso étaient conscient du problème, car il est impensable de se séparer de ces entraîneurs, l'un ayant connu le succès en Allemagne et l'autre ayant toujours réussi. Ils semblent incompétents. Le problème vient du dirigeant, celui qui laisse ses subordonnés faire ce qu'ils veulent. Je vous le dis, le Real Madrid va facilement battre Levante, mais je pense qu'ils hueront les joueurs avant même de huer le président".
Onda Cero a battu en brêche l'idée qu'Alonso a été débarqué unilatéralement. Au contraire, c'est le Basque qui aurait proposé son départ dans l'avion de retour après la défaite contre le Barça. "L'équipe est rentrée tôt ce matin, et durant le vol retour de Djeddah, le directeur général du Real Madrid, José Ángel Sánchez, et Xabi Alonso ont eu une conversation décisive, a ainsi révélé Edu Pidal. Xabi a exprimé son mécontentement quant au match, à la performance de l'équipe et aux joueurs. Il paraissait triste et abattu, et son départ a été présenté comme la meilleure solution pour redresser la situation".
Une identité à restaurer
Arbeloa le sait et Pidal l'a explicité lundi soir : "Au Real Madrid, il n'y a pas de défaites honorables, ni de défaites qui renforcent l'équipe." Le mécontentement est général et il a été accentué par le fait qu'Alonso était très attendu pour restaurer le jeu merengue, clairement en berne depuis de nombreuses saisons. Si cela semble difficile d'y parvenir en l'espace de quelques semaines, il faut restaurer la mentalité de l'équipe, cet esprit qui a souvent fait la différence en Ligue des Champions, même que la proposition collective n'était pas sensationnelle.
À ce titre, Arbeloa coche toutes les cases.
"¿Os habéis divertido?"; "Ne vous êtes-vous pas assez diverti ?" tel que c'est traduit en français, est une question rhétorique de Maximus dans Gladiator. Arbeloa l'a criée après la remontada du Real Madrid contre Wolfsburg (3-0 après une défaite 2-0 à l'aller) en 1/4 de finale de la Ligue des Champions en 2016. Mais son surnom, il le doit à 300, autre péplum martial. Discipline, dévouement et éducation : voici la définition du Spartiate.
Pour ce qui est des deux premières qualités, Arbeloa a fait ses preuves. Depuis 2020, a grimpé les échelons au sein des équipes de jeunes : Infantil A, Cadete A, Juvenil A et donc le Castilla en remplacement de Raúl González Blanco. A la tête du Juvenil A, Arbeloa a changé la mentalité et il a accumulé les trophées avec la génération Nico Paz-Gonzalo García : championnat, coupe du Roi Juvenil et surtout la Coupe des champions Juvenil considérée comme la compétition domestique la plus difficile d'Espagne dans cette catégorie d'âge. Seule l'AZ, futur vainqueur, a pu faire tomber son équipe en 1/4 de finale de Youth League (0-4).
Au moment de prendre la direction du Castilla, Arbeloa résumait le football qu'il voulait voir : "courageux, audacieux, dominateur, qui inspire l'enthousiasme et la passion. Nous voulons que les supporters prennent du plaisir, passent un bon moment et ressentent une connexion avec l'équipe ; pour que, lorsqu'ils voient le Castilla, se disent : "Voilà comment je veux que mon équipe joue". L'un de nos objectifs est de développer notre propre style et notre propre identité. Nous allons y parvenir à domicile comme à l'extérieur, et contre n'importe quel adversaire". Au moment d'être catapulté sur le banc le plus scruté du monde, il laisse le filial merengue à 4e place du groupe 1 de Primera RFEF (3e division espagnole), dans la zone des barrages d'accession. Une vraie performance.
Toujours très exigeant avec lui-même, Arbeloa est conscient que son degré de responsabilité est majoré à chaque promotion. Sa connaissance des arcanes du club est un gain de temps à un moment critique. "Je connais parfaitement la philosophie du club, expliquait-il cet été. J'ai passé cinq ans au centre de formation et je sais quelle doit être la relation entre Castilla, l'équipe première et les Juvenil A, car beaucoup de joueurs de notre système pourront aussi jouer en Youth League ou avec le Real Madrid C. C'est très important d'avoir toutes ces connaissances, qui me seront très utiles dans cette nouvelle étape".
Trop sanguin ?
Ça c'est pour le côte pile. Car le revers de la médaille n'est pas aussi reluisant, loin s'en faut. Dès lundi soir, les tertulias, les émissions de débats tardives dont les Espagnols sont si friands, ont commencé à envoyer des pierres dans le jardin du Spartiate. Sur le plateau d'El Larguero de la Cadena SER, Antón Meana émettait des réserves quant à l'appréciation d'Arbeloa au sein même du Real Madrid. Et donc du côté éduqué qui doit définir un Spartiate.
"Il a eu des accrochages avec des jeunes joueurs, des altercations avec des employés du club, des rivalités, et il critique quotidiennement les arbitres des équipes de jeunes. Mais pourquoi Arbeloa a-t-il eu ces altercations ? Se prend-il pour un dur à cuire ?", a interrogé le journaliste qui, s'il constate un soutien inconditionnel de la part des dirigeants, l'ancien latéral droit "n'a jamais été un entraîneur adulé de tous et n'a jamais entretenu de relation père-fils avec ses joueurs. Il a été exigeant avec les jeunes, il a eu des différends avec certains membres du club, et certains ici, qui ont passé des années au centre de formation, doutent qu'Arbeloa corresponde au profil d'un entraîneur du Real Madrid. J'ai donc hâte de le voir à l'œuvre car la période a été compliquée."
Coach au sang chaud, il avait failli en venir aux mains avec Fernando Torres lors d'un derbi. L'épisode avait été évidemment filmé et Arbeloa n'en était pas à son coup d'essai : "Il faisait des commentaires déplacés sur le bord du terrain aux rivaux, à l'arbitre assistant, au quatrième arbitre, voire à un remplaçant adverse qui passait par là – ce qui est inhabituel pour un entraîneur des jeunes du Real Madrid."
Si tout au long de sa carrière de joueur, Arbeloa n'a jamais fait cas de ce que pouvait penser la presse de lui, les choses vont radicalement changer. Le Real Madrid n'a que quelques semaines pour éviter une deuxième année sans trophée et tout Madridiste acharné qu'il est, Arbeloa ne sera davantage défendu qu'Alonso si les résultats n'arrivent pas. Mais si tel était le cas, il n'est pas acquis qu'il sera la cible principale. Il faudrait alors regarder plus haut, dans la loge présidentielle.
