La cellule vidéo de l'équipe de France, "une petite pierre à l'édifice"

Le staff des Bleus derrière Didier Deschamps face à la Pologne.
Le staff des Bleus derrière Didier Deschamps face à la Pologne.ANTONIN THUILLIER/AFP

Du magnétoscope en 1998 aux caméras PTZ télécommandées de Clairefontaine pour préparer l'Euro 2024, l'analyste vidéo de l'équipe de France, Thierry Marszalek, présente à l'AFP son travail, "une petite pierre à l'édifice" du sélectionneur Didier Deschamps.

"Une toute petite pierre", insiste modestement celui que le staff des Bleus appelle "Titi", âgé de 57 ans. "Nous donnons juste quelques informations, il faut minimiser notre rôle", poursuit celui qui travaille en tandem avec Eric Dubray.

Mais dans un sujet diffusé sur fff.fr, le sélectionneur parle d'un travail "très important". L'image, dit-il, c'est souvent "un argument infaillible pour les joueurs, qui des fois ont besoin d'être confrontés à la réalité", précisant qu'ils "sont friands de retours sur ce qu'ils ont fait, individuellement et collectivement".

"J'aime bien regarder", confirmait Antoine Griezmann après le match de préparation contre le Luxembourg (3-0). "J'ai vu qu'en première mi-temps, je ne donnais pas assez de solutions à Randal (Kolo Muani) ou à Jules (Koundé)." Griezmann explique qu'il veut "revoir les vidéos pour comprendre comment donner de meilleures solutions à (ses) coéquipiers".

"Pas une science exacte"

Youssouf Fofana, auteur de trois buts en quatre matches entre novembre et mars, s'est aussi servi de la technologie. "Même si j'ai horreur de me regarder après un match, en faisant de la vidéo, je me suis aperçu que si j'arrivais à me placer correctement, j'avais plus de temps et d'espace pour tirer", a expliqué le milieu, entré deux fois en jeu à l'Euro.

"La vidéo est un outil de travail pour eux, au même niveau que l'alimentation, les soins, la qualité du sommeil", commente Marszalek. "Ils n'arrivent pas à ce niveau-là par hasard."

Pour cela, il faut une patience de moine copiste. "C'est six heures par match", explique le technicien, qui peut étudier plus de dix matches d'un adversaire.

"Sur chaque match, on fait un montage avec des catégories bien précises. On détaille le système, l'animation, à la fois quand l'équipe a le ballon et quand elle ne l'a pas, etc.", déroule le responsable de la vidéo de la FFF. Mais "le football n'est pas une science exacte, il faut être très humble. C'est un sport où de nombreuses incertitudes persistent", prévient Marszalek.

Par exemple, pour le quart de finale du Mondial 2022 au Qatar remporté face à l'Angleterre (2-1), "on avait travaillé le rôle d'Harry Maguire sur les coups de pieds arrêtés offensifs et défensifs. Malgré tout, on a été quand même en difficulté parce que les Anglais faisaient des blocs", dit-il.

Autre exemple contre la Biélorussie, en qualifications pour le Mondial 2018 en Russie. "Ils avaient joué à quatre en défense pendant les dix matches précédents, et contre nous, ils ont joué à cinq pour densifier leur bloc. Le système qu'on avait prévu ne correspondait pas, il faut toujours tenir compte du rapport de force entre les deux équipes", poursuit-il.

Salle des commandes

Mais "le Brésil en 1998 ou en 2006, on avait bien vu que sur les coups de pieds arrêtés le marquage était dilettante". Et Zinédine Zidane a marqué deux buts de la tête sur corner en finale (3-0).

À cette époque, les outils étaient plus rudimentaires. "On a commencé avec les magnétoscopes, aujourd'hui, avec l'ordinateur, dès la mi-temps, on est capable de sortir des montages", résume cet ancien défenseur central.

À Clairefontaine, il dispose de drones et "31 caméras que je peux piloter à partir de mon ordi ici", montrait-il depuis la salle des commandes en face de son bureau à Clairefontaine avant le départ pour l'Allemagne.

Quel chemin parcouru depuis novembre 1997. Aimé Jacquet lui avait demandé de préparer une vidéo pour France - Écosse (2-1), puis le sélectionneur l'avait même intégré au staff des Bleus à partir du 3-3 contre la Norvège en février 1998.

"J'avais préparé un montage de 20 minutes à peu près", rembobine Marszalek. "La Norvège jouait un peu toujours de la même façon. Deux lignes de quatre et deux attaquants vraiment bien alignés en zone, avec Tore-Andre Flo. Ils ne variaient pas trop leurs jeux, c'était assez prévisible."

Petite anecdote, "j'avais mis de la musique sur le montage, les joueurs avaient bien rigolé parce que ce n'était pas forcément leur style, c'était des morceaux libres de droits. Après j'ai arrêté !" rigole "Titi".

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