Gattuso en fusible ?
Nommé sélectionneur en juin en remplacement de Luciano Spalletti, après la déroute d'Oslo (3-0) en ouverture des éliminatoires, Gennaro Gattuso n'a pas rempli sa mission et pourrait logiquement en faire les frais.
Interrogé lundi sur ce que signifierait un échec, l'ancien joueur de l'AC Milan avait laissé entendre qu'il pourrait démissionner de lui-même : "Cela serait pour moi une désillusion, un énorme coup dur et je devrais en assumer les responsabilités."
Mais son bilan à la tête de la Nazionale qui a connu trois sélectionneurs en deux ans et demi (Roberto Mancini, de 2018 à 2023, Spalletti de 2023 à 2025) pourrait le sauver. En huit matches, son équipe s'est imposée six fois et a marqué beaucoup (21 buts avant le match contre la Bosnie). Le champion du monde 2006, connu pour sa rage de vaincre quand il était joueur, semble en outre avoir réussi à créer un esprit d'équipe dans une Nazionale en manque de personnalités.
Cet échec qui devrait susciter comme pour 2018 et 2022 des réactions jusqu'au sommet de l'Etat italien, pourrait coûter son poste au président de la Fédération italienne (FIGC) Gabriele Gravina, élu en 2018 quelques mois après la démission de son prédécesseur suite à la non-qualification pour le Mondial russe.
Un virage manqué après...2006
Le 9 juillet, l'Italie fêtera le vingtième anniversaire de son quatrième sacre mondial au terme d'une finale incandescente contre la France de Zinédine Zidane (1-1 a.p., 5 tab à 3). L'anniversaire sera cruel pour tout un pays en plein Mondial 2026.
Il y a moins de cinq ans, la Nazionale avait remporté l'Euro 2021. Mais ce sacre ressemble à un trompe-l'oeil pour une sélection qui, à l'exception de sa finale à l'Euro 2012 et de son titre en 2021, déçoit ses tifosi : élimination dès la phase de groupes du Mondial en 2010 et 2014, échec en 8e de finale du dernier Euro en 2024, chute au classement mondial de la Fifa jusqu'à la 21e place, en août 2018 (l'Italie est aujourd'hui 12e).
"Les résultats d'aujourd'hui sont la conséquence (de notre attitude) d'il y a vingt ans, à l'époque où nous nous reposions sur nos forces, sur les Buffon, Cannavaro et Totti, en pensant qu'ils seraient éternels", estimait récemment l'ancien gardien de but et désormais manager de la Nazionale, Gianluigi Buffon.
"Déjà à ce moment-là", regrettait "Gigi", "il fallait repenser les modèles techniques et tactiques, mais nous avons été des cigales".
Une formation à réformer
Il a fallu attendre... 2025 pour que la FIGC se dote d'un directeur technique et le diagnostic de Cesare Prandelli, sélectionneur de la Nazionale entre 2010 et 2014, est sans appel : le problème du calcio, c'est sa formation.
"S'il y a dix ans, on avait eu la chance d'avoir un talent comme Lamine Yamal, on l'aurait fait fuir", estimait-il récemment. "Nos entraîneurs lui auraient retiré la joie de jouer et de s'amuser en le saoûlant avec des schémas de jeu ou avec l'occupation du terrain."
La FIGC vient de dévoiler un programme de formation pour les entraîneurs en charge de ses 700.000 licenciés âgés de 5 à 15 ans. Il doit "en faisant descendre la fédération dans les clubs" contrer "l'appauvrissement technique" et augmenter le nombre d'heures passés à jouer avec le ballon, espére son promoteur, l'ancien international Simone Perrotta.
Une rareté, les joueurs italiens en Serie A
Pour beaucoup, la sélection souffre, car la Serie A préfère des joueurs étrangers aux joueurs italiens. Seulement 33% des joueurs évoluant en Serie A cette saison sont potentiellement sélectionnables pour la Nazionale.
Dans le top 5 européen, seule la Premier League anglaise utilise moins de joueurs "locaux" (29,2%) quand la Ligue 1 et la Bundesliga sont plus "protectionnistes", avec respectivement 37,5% de joueurs français et 41,5% de joueurs allemands.
"Cela ne sert à rien de regretter quelque chose contre lequel on ne peut rien", a toutefois balayé la semaine dernière Gattuso.
