Comment ça va depuis ton retour à Clairefontaine ?
Ça va super bien. Je suis super contente d'être de retour. J'essaie de profiter un max.
On t'a vu arriver avec une veste customisée avec différents maillots en bleu dessus. C'était important pour toi de marquer le coup pour ton retour ?
J'avais envie de marquer le coup et de faire un petit clin d'œil à la sélection pour mon retour. Je trouvais ça cool ; en plus j'aime bien m'habiller, donc c'était sympa.
Tu as dit dans une interview pour West Ham que ce retour était comme ta première sélection. C’est un sentiment particulier ?
Oui, c'est particulier parce que c'était un objectif pour moi après cette blessure de retourner en sélection. Je le vis comme un retour, mais aussi un renouveau.
Qu'as-tu ressenti en revoyant le château de Clairefontaine ?
J'étais émue parce que c'était un peu la consécration. Quand on se fait une grosse blessure, on se demande tout de suite si on va pouvoir rejouer et retourner en sélection. Le fait d'y retourner un peu plus d'un an plus tard, j'ai atteint mon objectif. Même si c'est que le début, c'était un peu la boucle bouclée.
Quelle a été ta réaction quand tu as entendu le sélectionneur Laurent Bonadei prononcer ton nom dans la liste ?
Honnêtement, je n'ai pas entendu car je n'ai pas vu la conférence de presse. J'étais à l'entraînement et j'avais même oublié le décalage horaire d’une heure en Angleterre. C'est surtout sur mes réseaux sociaux que j'ai vu les messages en sortant ; j'étais super contente. Ma famille était limite au courant avant moi ! J'ai eu ma famille, ma sœur, tout le monde et on était contents.
Tu t'y attendais un peu ?
J'ai eu des contacts avec le sélectionneur tout au long de ma blessure, on n'a jamais perdu contact. Mais à ce moment-là, non, pas spécialement. Je savais que j'enchaînais les matchs donc c'était une possibilité, mais je n'avais pas reçu de coup de fil ou quoi.
"On se rend compte qu'on est capable de faire plein de choses quand le foot s'arrête"
Tu t'étais gravement blessée au genou le 3 décembre 2024 face à l'Espagne à Nice. Repenses-tu souvent à ce moment-là ?
Franchement, non. Le plus traumatisant, ce n'est pas la blessure en elle-même, c'est vraiment tout le processus qui est long : la pré-opération, l'attente, l'annonce après l'IRM... Même si au fond je savais que j'avais les croisés, avoir la confirmation puis se faire opérer, c'est tout le processus plus que la blessure.
On dit que les blessures font partie du foot, mais est-ce difficile d'encaisser cela sur le long terme ?
Il faut l'accepter. Ma sœur jumelle a fait deux ligaments croisés, donc par son expérience je connaissais un peu les étapes, mais il faut le vivre pour le comprendre. Plus vite tu l'acceptes, mieux c'est ; je pense que ça fait partie de la guérison.
Le fait que ta sœur soit passée par là t'a aidée ?
Déjà, le simple fait de la voir revenir à chaque fois à un très bon niveau m'a rassurée. J'ai pu avoir ses conseils tout au long de ma rééducation, ça m'a donné un avantage.
Qu'as-tu fait en dehors de ta rééducation pendant cette année d'absence ?
J'ai essayé de tester de nouvelles choses. J'ai fait un peu de plateau avec TF1, une conférence avec mes prépas mentaux et j'ai essayé de développer mon image. Ce sont des choses que je ne faisais pas avant. On est très concentrés sur le foot d'habitude, mais là j'ai pu en apprendre plus sur moi-même.
Le design de ta veste customisée est-il aussi un fruit de ta rééducation ?
Oui, c'est une idée que j'ai eue pendant ma rééducation. J'ai envoyé un message à un designer que je suivais sur les réseaux sociaux. C'était plus du relationnel et c'est cool.
Aitana Bonmatí disait au moment de sa blessure qu'elle avait presque besoin de ce temps pour couper mentalement. Tu l'as vécu un peu comme ça ?
Je ne dirais pas que j'en avais besoin, j'aurais préféré continuer à jouer. Mais c'est un mal pour un bien : on voit ses proches et on se développe en tant que personne. On se demande : "Qui suis-je au-delà de la footballeuse ?" On revient grandi de ces expériences parce qu'on se rend compte qu'on est capable de faire plein de choses quand le foot s'arrête.
Cela permet aussi de souffler par rapport au calendrier serré que vous avez vous les internationales ?
C'est ça, se recentrer sur autre chose, voir des gens qu'on n'a pas l'habitude de voir, assister à des événements banals comme un mariage ou des anniversaires.
On dit souvent que les blessures rendent plus fort, toi tu sens que tu es revenue plus forte ?
Oui, il y a une prise de conscience sur plein de choses. Avant, on n'était que focalisé sur le football et on se rend compte qu'il y a autre chose en fait et que quand ça s'arrête, il y a autre chose. Je pense qu'on en revient grandi. De par les nouvelles expériences qu'on acquiert. Déjà, mentalement, c'est sûr que je suis plus forte. Je me sens différente. Je pense que j'ai pris en maturité. Après sur le terrain, déjà je reviens à mon niveau, j'ai la chance d'enchaîner, ce qui me permet de reprendre les bonnes sensations. Mais l'objectif à court terme, c'est de revenir meilleure.
"J'ai préféré demander un prêt pour pouvoir avoir du rythme"
Avec ta blessure tu as vécu l’Euro par procuration dans ce rôle de consultante pour TF1, c’était sympa quand même ?
Franchement oui. C’était très stressant parce que je n'ai pas l'habitude et je ne suis pas super à l'aise devant les caméras, mais c'était un challenge qui m'intéressait. Je suis très contente de l'avoir fait.
Il n’y a pas eu trop de frustration de ne pas avoir été à l'Euro ?
Franchement, non, parce que ça faisait plusieurs mois déjà que je savais. À partir du moment où tu te blesses, tu sais que tu ne feras pas l'euro déjà. Donc j'avais déjà eu plusieurs mois pour digérer l’info. En plus, j'étais en fin de rééducation à ce moment-là, donc ça avançait bien. Il y a eu un peu de frustration, mais pas plus que ça.
À ton retour de blessure à la Juventus, tu étais plus ou moins titulaire et tu as beaucoup joué latérale gauche, ce qui n'était pas forcément ton poste habituel…
C'était un poste différent d'avant ma blessure. C'était un peu compliqué de devoir s'adapter à un nouveau poste en revenant de blessure, mais l'important était de jouer et de prendre le temps de jeu qu’on me donnait.
Pourquoi avoir décidé d'aller à West Ham ?
Tout simplement parce que je n'enchaînais pas assez les matchs à mon goût et quand tu reviens d'une blessure comme ça c'est important d'enchaîner pour pouvoir rapidement retrouver ses sensations. J'avais cette frustration où parfois j'enchaînais un peu, parfois pendant deux trois semaines je ne jouais pas… C'était compliqué et donc j'ai préféré demander un prêt pour pouvoir avoir du rythme.
Était-ce aussi une volonté de jouer dans l'axe ?
À West Ham, on joue à trois derrière, c'est une position dans laquelle j'aime bien jouer. Mais la raison numéro une restait de pouvoir enchaîner.
Tu en avais discuté avec Laurent Bonadei ?
Non, c'était une volonté de ma part. Mais je pense que c'est bien aussi pour le sélectionneur si ça me permet d'enchaîner.
Tu as retrouvé toutes tes sensations ?
Oui, le fait d’enchaîner aujourd’hui… Je vois que c'est ce qui me manquait. Je ne regrette vraiment pas mon choix.
"J'espère que la prochaine fois, on pourra être présentes en même temps"
Ta sœur Delphine t'a rejointe à Londres peu après. Était-ce volontaire ?
Ce n'était pas volontaire de base, mais j'avoue que c'est un plus. C'est moi qui ai choisi d'y aller en premier.
En sélection, c'est toi qui es là et pas elle. Vous n’en avez pas marre de ce chassé-croisé ?
Oui, on en parle, c'est chiant ! Il y a toujours un truc qui fait qu'on n'est pas là en même temps. Là, elle a une petite lésion au mollet. J'espère que la prochaine fois, on pourra être présentes en même temps. Avant la sélection, c'était un peu le moment où on pouvait se voir quand on y est toutes les deux. Mais là heureusement qu'on peut se voir à Londres maintenant.
Avec l'absence de Griedge Mbock, sens-tu qu'il y a une place à prendre dans la charnière ?
Déjà, j'espère avoir un peu de temps de jeu. L'objectif est de prendre du plaisir et d'être prête. Et s'ils font appel à moi, je donnerai le maximum tout simplement. Et je ne me prends pas plus la tête. J'essaie juste de profiter du moment présent.
Comment trouves-tu le groupe ? Il a pas mal changé depuis 2024.
Le groupe a vachement rajeuni. Je fais maintenant plus partie des anciennes, ça me fait un peu bizarre ! Mais c'est cool, ça apporte de la fougue et du peps. Mais sinon je connais quand même une bonne partie des joueuses et j’ai mes marques, donc pas de problème !
On a vu que vous étiez très contente de retrouver Pauline Peyraud-Magnin, qui elle aussi a quitté la Juventus cet hiver.
Oui, on est passées de se voir tous les jours à plus du tout. On est très proches, donc on est super contentes de se revoir ici. Ça fait super plaisir de pouvoir l'avoir en sélection. Surtout maintenant qu'on n'est plus en club ensemble.
C'est dur pour les Françaises de s'installer à la Juve ?
Franchement non. Pauline est restée 5 ans. Moi je suis encore sous contrat pour un an et j’y suis depuis deux ans et demi. Moi je ne regrette pas du tout l’expérience, j’ai passé de super moments à la Juve. Il y a une belle histoire entre la Juve et les Français, que ce soit avec les garçons ou les filles. Pour Maëlle (Garbino) et Ella (Palis), qui ont quitté la Juve dernièrement, c'était juste des choix sportifs différents.
Après, c'est vrai qu'on a d’un côté Popo (le surnom de Pauline Peyraud-Magnin, ndlr) qui part au bout de cinq ans parce que c’est son rêve de jouer aux États-Unis et moi qui pars en prêt. Mais il n'y a pas du tout de problème avec la Juve.
"Il faut se qualifier le plus rapidement possible"
Il n’y a pas de grosse compétition internationale avec les Bleues cet été, cela fait du bien d'avoir du temps pour travailler ?
Ça va faire du bien de se ressourcer et de recharger les batteries. Moi la saison dernière j'étais blessée mais j'avais ma rééducation à suivre donc je n'ai pas eu beaucoup de vacances non plus. On n'a pas trop l'habitude avec les compétitions chaque été ces dernières années. Il faut couper pour mieux repartir, avec le Mondial dans un an et demi.
Et c'est sûr qu'on va avoir plus de temps pour travailler. On va pouvoir prendre plus notre temps aussi, y compris pour travailler les automatismes. C'est bénéfique, je pense.
Quels sont les objectifs pour les matchs face à la Pologne et l'Irlande ?
Les objectifs sont clairs : gagner les deux matchs et se qualifier le plus rapidement possible pour la Coupe du Monde.
Et ta place personnelle dans tout ça ?
Ce n'est pas moi qui vais choisir. Je vais me donner à fond aux entraînements et ce sera au coach de faire ses choix.
