Interview Flashscore - Laurine Hannequin : "Si on gagne la Coupe, je fais un gâteau"

Interview Flashscore - Laurine Hannequin : "Si on gagne la Coupe, je fais un gâteau"
Interview Flashscore - Laurine Hannequin : "Si on gagne la Coupe, je fais un gâteau"RCSA

Pour la toute première fois de son histoire, le RC Strasbourg a atteint les quarts de finale de la Coupe de France et y défiera Nantes ce dimanche (14h30). Laurine Hannequin, milieu de terrain du club depuis 2020, raconte cette épopée historique, mais aussi la progression du Racing au fil des saisons, dans une saison où les Strasbourgeoises peuvent rêver grand.

Bonjour Laurine, ça va ? Vous enchaînez beaucoup depuis la reprise de janvier...

Très bien. Maintenant, c'est vrai que, oui, depuis janvier, on enchaîne. Mais sur la période dans laquelle on arrive, on a déjà enchaîné plusieurs matchs. Donc, on a le rythme. Mais non, ça va. On récupère au mieux quand on peut.

Dimanche, vous affrontez Nantes en quart de finale de Coupe de France. Vous étiez montées ensemble en D1 en 2024. Quel regard as-tu sur Nantes ?

Sur Nantes, moi je dirais que c'est une équipe qui est un peu comme nous.  On est parti on va dire un peu des mêmes bases : tout ce qui est construction du jeu... Et c'est vrai que ça va être une rencontre intéressante, comme chaque année, je crois.

Cette saison, vous alternez pas mal entre défaites et victoires sans trop d'entre-deux. Comment faites-vous mentalement pour vous relancer à chaque match et ne pas rester sur une série négative ?

Non c'est vrai, après on se dit souvent les choses. On sait que quand on perd, c'est qu'on a mal fait. Et voilà, on analyse tout ce qu'on peut améliorer. On a cette force de caractère pour réagir assez rapidement quand on est sur une série de plusieurs défaites. On a vraiment une équipe qui est très très solidaire surtout dans les moments difficiles.

Les 5 derniers résultats du RCSA
Les 5 derniers résultats du RCSAOpta Jean // RCSA

Vous restez sur une défaite 3-0 contre le Paris FC. Il y a sans doute l'envie de se relancer avec cette Coupe ?

Oui bien sûr, bien sûr. Puis surtout préparer le match à la Meinau, essayer de gagner et passer ce tour.

Vous allez de nouveau affronter Nantes la semaine prochaine en championnat chez vous, c'est difficile de jouer deux fois la même équipe en une semaine ?

Difficile, oui et non, parce qu'au moins la préparation de match, elle est un peu similaire sur les deux semaines. Mais c'est sûr que gagner un match, je ne veux pas dire qu'on gagnera la semaine d'après.

L'an passé, vous étiez sorties de la Coupe face à Lille aux tirs au but, mais vous vous battiez pour le maintien. Cette saison, as-tu la sensation de pouvoir jouer sur deux tableaux plus sereinement ?

Oui, bien sûr. L'année passée, on est sortis malheureusement au pénalty. Maintenant, c'est sûr que quand on a le maintien en tête, on n'approche pas les matchs de la même manière. Là, on sait que c'est fait. Et se concentrer pour passer ce tour, parce qu'il arrive par la suite c'est intéressant quoi. Jouer par exemple l'OL à la Meinau ça serait cool.

Tu joues un peu plus libérée en ayant moins cette pression du maintien ?

Pas forcément non, pas forcément parce que j'essaye de jouer les matchs de la même manière.

"On va tout faire pour aller au bout de cette Coupe de France"

Vous êtes qualifiées en quart, une première pour le club. Toi qui es là depuis quelques années, comment vis-tu le fait de continuer d'écrire l'histoire de Strasbourg ?

C'est une grande fierté parce que j'ai vécu l'évolution, j'ai vu toutes les années qui sont passées avant. Et non c'est cool parce que d'année en année on s'améliore. Là c'est la première fois qu'on va en quart de finale de Coupe de France, donc c'est une grande fierté.

Il y avait un soulagement après la qualification ? Le coach a tout de suite évoqué cet aspect historique.

Oui, c'est sûr. Après, on savait que quand on est allé à Grenoble, ça allait être compliqué parce que c'est une équipe d'un niveau inférieur. Mais c'est souvent contre les équipes comme ça que c'est un petit peu piège. Donc oui c'était vraiment l'objectif, c'était le quart de finale historique comme on s'était jamais qualifié jusque là aujourd'hui.

Vous vous imaginez aller au bout ?

Bien sûr ! Il faut toujours espérer et on va tout faire pour le faire.

Les garçons sont qualifiés en demi-finale. Est-ce un challenge de faire aussi bien ?

Oui, je pense. Après, on est contentes pour les garçons. On va essayer de nous qualifier pour la demi-finale et après, on verra ce qu'il en est à ce moment-là.

Le Racing progresse d'année en année. Jusqu'où penses-tu que le club peut aller ?

Moi je pense qu'on peut aller chercher au moins les places européennes, chercher un top 3 sur les années qui suivent. C'est l'objectif de toute façon d'amener le club le plus haut possible et pourquoi pas sur le long terme ressembler à une équipe par exemple du PSG, de Lyon, qui sont des top clubs.

On voit que le Paris FC parvient à challenger ces gros clubs avec un budget moindre. C'est un exemple ?

Oui, complètement. De toute façon, là, on a perdu contre le Paris FC mercredi. C'est sur des équipes comme ça qu'il faut un peu s'appuyer parce que c'est elles qui nous montrent un peu l'exemple avec le fait qu'elles ont peut-être un petit peu moins de calibre que l'OL, que le PSG. Il faut s'inspirer de ces équipes-là.

Vous êtes 6èmes en Première Ligue. La saison dépasse-t-elle vos attentes par rapport aux objectifs de départ ?

Les objectifs au départ de la saison c'était le maintien le plus rapidement possible parce qu'en ayant joué le maintien à la dernière journée la saison passée... Là le principal c'était de se maintenir au plus vite et maintenant à voir ce qu'il en est devant, à voir ce que nous on vaut et on va essayer de chercher le haut de partie de tableau. Les équipes qui nous restent à jouer, c'est la première partie de tableau quasiment en championnat. Donc c'est aller se challenger et aller voir un peu ce qu'on vaut par rapport à ces équipes-là.

Les places de play-off sont un peu loin, mais vous en rêvez ?

Oui, toujours. C'est dans un coin de notre tête. Maintenant, on continue à travailler, on s'améliore de jour en jour et on verra ce qu'il en est à la fin de saison.

"J'avais l'impression qu'on sautait un petit peu le milieu de terrain"

Personnellement, ton rôle a évolué. Tu es un peu un "couteau suisse" au milieu. Comment définirais-tu ton rôle par rapport à la saison passée ?

Par rapport à la saison passée, c'est vrai que déjà en termes de système de jeu, on n'évoluait pas forcément à trois devant. On était plutôt à deux. J'étais un peu plus dans les deux de devant. Maintenant, un petit peu plus dans le milieu. Après, j'ai toujours eu cette capacité à m'adapter peu importe là où je joue. J'essaye de faire au mieux. J'essaye d'apporter ce que je peux à l'équipe.

Vincent Nogueira, l'entraîneur, te demande quoi exactement ? Un rôle de milieu offensif ?

Oui, je dirais que je suis un relais entre le milieu de terrain et les attaquantes. Vincent m'offre énormément de liberté offensivement. Défensivement, j'ai des consignes à respecter pour bien défendre, mais offensivement, j'ai énormément de liberté. Après, c'est à moi de faire parler mes qualités, ma créativité et tout ça.

Tes stats ont un peu "inversé" : 3 buts et 5 passes cette saison, contre 5 buts et 3 passes l'an dernier. C'est frustrant de jouer plus loin du but ?

Non, pas forcément. Moi, j'aime bien. Je cours énormément et j'aime bien ce rôle-là. Ce n'est pas plus frustrant. Moi, si je peux donner des bons ballons et qu'on marque derrière, ça me va aussi.

Tu préfères passer ou marquer ?

C'est difficile. Je dirais passer.

Comment juges-tu ta saison personnelle ?

Personnellement, je trouve que j'ai eu un début de saison qui a été un petit peu compliqué, avec pas mal de changements en terme d'effectif, donc de nouveaux automatismes à retrouver avec certaines joueuses. Et puis un style un peu différent par rapport à l'année passée. Donc oui, un début de saison un petit peu plus compliqué. Et puis après, je dirais à partir de la cinquième, sixième journée, j'ai su me mettre dans le rythme. J'ai évolué à un poste où moi-même, je me sentais à l'aise. Et j'ai la confiance du coach. J'ai des bons repères. J'essaye de faire au mieux de match en match. Je suis satisfaite, mais je peux encore faire plus.

Le style de jeu de Strasbourg est devenu plus direct cette saison. Comment cela t'impacte-t-il au milieu ?

Oui, c'est vrai qu'au début de saison, j'avais l'impression qu'on sautait un petit peu le milieu de terrain. C'est un petit peu plus difficile de toucher des ballons. Mais tactiquement, on travaille bien. Et maintenant, je trouve quand même qu'on a un jeu qui est un peu plus direct, un jeu qui est un peu plus aussi en transition. Quand on récupère le ballon, on essaie de se projeter vite. Mais par rapport au milieu de terrain, comme je disais avant, Vincent me laisse énormément de liberté. Donc, si je veux aller devant, alors je vais devant. Si je veux venir un petit peu décrocher pour toucher un peu plus de ballons, je le fais.

Tu es un peu responsable de l'équilibre offensif ?

Oui. Après, Vincent (Nogueira), il a ses bases défensivement. Il sait qu'il veut une sécurité avec trois défenseuses et la numéro 6. Et après, toutes les autres devant, c'est nous qui créons le jeu.

"Strasbourg a des ambitions pour la suite"

Amber Barrett et Ana-Maria Crnogorcevic sont arrivées cet hiver. Comment les avez-vous intégrées ?

Comme d'autres joueuses. Après, ce sont des joueuses qui ont pas mal d'expérience, qui sont capables de s'adapter vite dans un collectif et je trouve que c'est une chose qui a été bien faite. C'est le coach qui a su aussi les intégrer dans le projet de jeu, leur montrer aussi un peu ce que nous on faisait et maintenant, elles sont pleinement avec nous.

Le vestiaire a dû se mettre à l'anglais ?

Oui, c'est vrai que cette année, on parle beaucoup plus anglais que les saisons précédentes. Ça se passe bien. Et puis même, elles font l'effort d'apprendre le français en dehors. Il y a des cours qui sont organisés. Ana-Maria, elle parle un peu toutes les langues. Quand elle parle avec les Portugais, c'est en espagnol, avec les Anglais, c'est en anglais, et elle parle aussi un petit peu le français.

Ces arrivées de joueuses internationales prouvent-elles l'ambition du club ?

Oui, complètement. Quand on voit que ce sont des joueuses qui ont de l'expérience et qui sont passées par des clubs, je pense à Ana-Maria et au FC Barcelone, c'est que Strasbourg a des ambitions pour la suite.

Tu es là depuis plusieurs saisons. C'est gratifiant de voir le club grandir avec toi ?

Oui, c'est vrai que c'est une belle histoire. Je ne dirais pas une enfant du club parce que je n'y suis pas depuis toute petite, mais j'ai vu toutes les étapes : la D2, la montée en D1, le maintien. C'est vraiment des belles choses à vivre.

Vous jouez de plus en plus souvent à la Meinau. C'est une belle récompense ?

Oui, bien sûr. Ça fait plaisir de jouer dans ce grand stade. Ce qui fait d'autant plus plaisir, c'est qu'il y a quand même pas mal de monde qui vient nous voir. C'est une grande fierté. Si on pouvait, on jouerait tout à la Meinau. Mais c'est le club qui décide en fonction de plein de choses.

Un centre d'entraînement est en construction pour vous. Où en est-on ?

Oui, on est actuellement dans nos bâtiments maintenant. C'est au centre de formation, il y a des algécos qui ont été posés. On est très bien où on est et on remercie encore le club. On a nos vestiaires, des salles vidéo, des bureaux et un espace détente, une "cool room". La salle de muscu reste encore dans le centre de formation. C'est proche des terrains.

"Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que je puisse décrocher une sélection"

Le groupe a l'air de très bien vivre quand on regarde sur les réseaux sociaux. Comment l'expliques-tu ?

Déjà, on est dans une bonne position. On a tout pour vivre bien, pour vivre heureuses ensemble. Avant toute chose, on fait du foot pour... on prend du plaisir en faisant du foot. On exerce notre passion sans arrêt.

Quel genre de coéquipière es-tu ? Es-tu une leader ?

Je dirais que je suis dans l'accompagnement. Je ne suis pas du genre à être une leader hors du terrain. Après, sur le terrain, j'essaie toujours de montrer ce qu'il faut faire. En dehors je suis très calme, je ne parle pas forcément, je ne prends pas la parole dans le vestiaire. Je suis assez discrète.

À 22 ans, tu es déjà une "taulière" : titulaire indiscutable, décisive... Comment digères-tu cela ?

Non, c'est sûr que je ne me plains pas de mon statut. Je joue, on me fait confiance, je suis jeune. Je sais que je peux encore apprendre. En deux ans, ça a été très long avec la saison dernière. Mais j'essaie juste de prendre un maximum de plaisir. Je pratique ma passion tous les jours.

On te voit avec l'équipe de France U23. Sens-tu que tu te rapproches des A ?

Je pense qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que je puisse décrocher une sélection. Maintenant ça reste dans un coin de ma tête. Ce qui fera que j'arriverai là-bas, c'est mon travail au quotidien avec Strasbourg. Si ça doit arriver, ça arrivera et je serai la plus heureuse. Quand on est avec les U23, les coachs de l'équipe de France A viennent souvent nous voir. On nous rappelle que les U23, c'est l'équipe réserve des A. C'est une liste de 50 joueuses en tout. Si on est en U23, c'est qu'on n'est pas très loin. C'est un rêve de représenter son pays.

Laurine Hannequin avec les U23 françaises face à l'Allemagne en amical
Laurine Hannequin avec les U23 françaises face à l'Allemagne en amicalCredit: ČTK / imago sportfotodienst / Joaquim Ferreira

En dehors des terrains, tu as commencé un CAP pâtisserie. Où en es-tu ?

Je l'ai commencé, mais je dois faire des stages et avec les matchs, je ne peux pas faire un jour par-ci par-là, il faut des semaines complètes. Donc je suis un peu bloquée pour le moment. C'est quelque chose que je fais à distance, donc je peux m'inscrire en candidat libre quand je pourrai. Le foot reste la priorité.

Qu'aimes-tu dans la pâtisserie que tu ne retrouves pas dans le football ?

C'est complètement différent. C'est cuisiner, manger, goûter, faire bien. Ce qui est similaire au foot, c'est l'exigence. J'aime quand c'est bien fait, quand c'est beau. J'aime aussi le cyclisme, le tennis, la course à pied. Je ne me repose pas beaucoup.

Si vous gagnez la Coupe de France, tu t'engages à faire un gâteau ?

Allez, c'est OK. Un gâteau avec un gros logo du Racing avec la petite Coupe de France à côté.