Pedri, le joueur clé de l'Espagne pour dompter les Bleus ?

Pedri, le joueur clé de l'Espagne pour dompter les Bleus ?
Pedri, le joueur clé de l'Espagne pour dompter les Bleus ?Reuters

À Dallas, ce mardi 14 juillet, l'Espagne joue sa place en finale face à une équipe de France portée par sa densité physique et sa vitesse de transition. Et au cœur de tous les débats depuis le succès arraché face à la Belgique (2-1) en quarts, une question continue d'agiter le vestiaire espagnol comme la presse ibérique : Luis de la Fuente doit-il rendre les clés du milieu de terrain à Pedri ?

La mise à l'écart du Canarien n'avait rien d'anodin. Titulaire indiscutable lors des matchs de poules puis en seizièmes de finale face à l'Autriche et en huitièmes contre le Portugal, Pedri avait été aligné d'entrée à chaque rencontre de l'Espagne depuis le début de cette Coupe du monde, comme il l'a d'ailleurs toujours été dans les grands rendez-vous internationaux depuis ses débuts en sélection. Le voir démarrer sur le banc contre la Belgique, en quarts de finale, a donc constitué la vraie surprise du tournoi côté espagnol, une décision qui a pris de court les observateurs, voyant en Pedri le successeur d'un Andrés Iniesta champion du monde et buteur en finale. 

"Pedri ne peut pas jouer avec nous comme il joue au Barça"

Interrogé sur El Larguero, sur la Cadena SER, le sélectionneur espagnol Luis De La Fuente a d'ailleurs dû longuement détailler sa vision du rôle de Pedri au sein de la Roja, les journalistes de la station s'étonnant de sa mise au banc : "Pedri ne peut pas jouer avec nous comme il joue au Barça. Notre idée de jeu est différente. On peut avoir certaines similitudes, mais c'est différent. Nous avons Rodri ou Zubimendi, qui conditionne le comportement de celui qui joue à ses côtés. Il ne peut pas jouer comme dans son équipe parce qu'on lui demande autre chose et qu'il y a un autre développement de l'idée footballistique. Pedri, par sa capacité et son talent, peut jouer en 6, en 8 ou en 10."

Le sélectionneur est ensuite revenu sur sa relation directe avec le Canarien et sur les raisons de sa suppléance contre la Belgique : "J'ai parlé avec lui et il se sent très à l'aise quand il a la dernière passe, le tir et l'arrivée. Nous essayons que chacun se sente à l'aise pour développer son potentiel footballistique. J'adore la façon dont il joue au Barça et la façon dont il joue en sélection. Il a été remplaçant contre la Belgique non pas parce qu'il va mal. Dans ce match, nous avions besoin de la force de Fabián, et nous voulions profiter du fait que, quand le match changerait, nous pourrions exploiter le talent de Pedri et avoir plus de possession de balle et une plus grande possession du jeu. Nous voulions son calme, et le match s'est déroulé exactement comme nous l'avions prévu."

Ce choix a d'ailleurs été payant sur le plan comptable : c'est Fabián Ruiz, préféré à Pedri dans le onze, qui a ouvert le score en reprenant une frappe repoussée par Thibaut Courtois, avant que Mikel Merino n'offre la victoire à l'Espagne en toute fin de match (2-1). Pedri, lui, est entré à la mi-temps sans parvenir à peser en deuxième période, sans la passe décisive qui aurait pu valider son entrée.

Un rôle clé dans la possession du ballon

Pourtant Pedri pourrait jouer un rôle clé face à l'équipe de France. Le voir remplaçant face à la Belgique était-ce aussi une façon de faire souffler le milieu de terrain qui n'a manqué qu'un seul match en club depuis mi-février ? Face à la France, De La Fuente le sait, l'Espagne devra avoir "le contrôle" de la rencontre, la possession et surtout le dessus sur l'entre-jeu tricolore pour empêcher les Bleus de combiner trop rapidement pour trouver son quatuor imprenable sur le front de l'attaque.

"Nous connaissons les forces de la France, mais nous devons rester fidèles à nous-mêmes. Nous ne mourrons pas avec nos idées : s'il faut changer quelque chose, on changera. Nous avons gagné les deux derniers matchs contre la France avec notre style", appuie De La Fuente. Cette insistance sur le contrôle du ballon comme antidote à la vitesse française éclaire directement l'importance de Pedri dans le dispositif espagnol, lui dont la gestion du tempo reste une référence continentale.

Sur ce Mondial, Pedri reste, sur le plan de la conservation du ballon, l'un des joueurs les plus décisifs du tournoi. Il est celui qui a réalisé le plus de passes réussies dans le dernier tiers adverse depuis le début de la compétition, avec 122 sur 170 tentées. Seuls deux Espagnols avaient fait mieux sur une même édition depuis 1966 : Isco en 2018 (178) et Xavi en 2010 (228, le record de la période). Sur les passes précises dans le camp adverse, il se classe juste derrière Rodri, avec 271 contre 351, les deux hommes formant le socle de la possession espagnole sur ce tournoi.

Ces données prolongent une saison 2025-2026 déjà très pleine en club. Sous les couleurs du Barça, Pedri a disputé une trentaine de matchs de Liga, avec 9 passes décisives et environ 87 passes tentées par match, pour un taux de réussite proche de 91 pour cent. Il délivre en moyenne 2,74 passes clés par rencontre et affiche une production de passes décisives attendues (xA) de 0,48 par 90 minutes, un total qui le place au-dessus de 99 pour cent des milieux de Liga. Sur le plan des profils de jeu, les statistiques le classe parmi les tout meilleurs de son championnat dans les catégories passes et passes clés, avec des notes également très solides en passes en profondeur et en dribbles, deux qualités qui expliquent sa capacité à faire sortir le ballon sous pression, exactement le registre recherché par De la Fuente face à la vitesse française.

"Je sais quand je joue bien et quand je joue mal"

Le gardien de l'Athletic Club et titulaire de la Roja, Unai Simón, a lui aussi été interrogé, sur COPE cette fois, sur la mise à l'écart surprise de Pedri : "Il l'a bien pris. On veut tous jouer. Fabián est aussi un talent immense. Il a gagné deux Ligues des champions de suite. Au final, il n'y a pas de place pour tout le monde."

Il a poursuivi en élargissant le propos à l'ensemble du groupe, gardiens compris : "Comment doivent se sentir David (Raya) et Joan (García), sachant que ce sont d'immenses gardiens, parmi les meilleurs au monde ? Tout le monde veut jouer, mais tout le monde veut surtout gagner le Mondial. Quand ton tour vient d'assimiler ce rôle et de l'assumer, tu le fais."

De son côté, Juanjo González, le bras droit de De la Fuente, avait tenu à couper court aux interprétations dès l'annonce de la composition contre la Belgique, confirmant l'absence de tout problème physique chez Pedri : "Tout le monde est prêt à jouer. Ce n'est pas une question de Pedri, c'est une question de Fabián. Nous avons le meilleur milieu de terrain du monde."

Le principal intéressé n'a pas éludé la question de son niveau de jeu depuis le début du tournoi, reconnaissant dans une interview que son match contre le Portugal n'avait pas été l'un des meilleurs de sa saison, tout en revendiquant sa propre lucidité : "Je sais quand je joue bien et quand je joue mal, je n'ai besoin de personne pour me le dire."

Une déclaration plus ancienne de De la Fuente, accordée à La Vanguardia à l'époque de l'Euro 2024, résume bien la confiance intacte du sélectionneur envers son numéro 8 malgré les turbulences du moment : "Pedri doit se retrouver lui-même. Mais il peut surgir à tout moment parce qu'il a beaucoup de talent et que c'est un grand joueur. (...) Je le connais très bien, j'ai été l'un de ses soutiens depuis qu'il est tout jeune. Je sais parfaitement ce que Pedri peut m'apporter à tout moment, et lui sait ce que je vais lui demander."

Titulaire ou remplaçant contre la France, Pedri reste le joueur autour duquel se pense tout le plan espagnol. De la Fuente l'a dit sans détour : c'est le contrôle du ballon qui doit permettre à la Roja de neutraliser la vitesse des Bleus. Or personne dans cet effectif ne maîtrise mieux cet exercice que le Canarien. Pour Julien Escudé, les Espagnols veulent voir "Pedri titulaire". Mais ils espèrent surtout le voir sous son meilleur jour. Car un Pedri du niveau de celui de l'Euro 2021, où il avait été élu meilleur jeune de la compétition, peut assurément permettre à l'Espagne de poursuivre sa série de 36 matchs sans défaite.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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